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Confession d'un commissaire de police au procureur de la République

Notre avis
8 10 Méconnu en France, le film de Damiano Damiani révèle une autre facette du talent du cinéaste transalpin, surtout réputé chez nous pour sa collaboration avec Sergio Leone pour Un génie, deux associés, une cloche. Confession d'un commissaire de police... est une oeuvre âpre et sans ambage sur les relations étroites liant la politique à la mafia italienne, doublée d'une réalisation exceptionnelle.

Critique Confession d'un commissaire de police au procureur de la République

Confession d'un commissaire de police au procureur de la République. Derrière ce titre à rallonge se cache un film percutant qui près de quarante ans après n'a rien perdu de son impact et de son efficacité. L'histoire est celle du commissaire de police, Bonavia, qui ne réussit pas à faire inculper un promoteur immobilier véreux, Lomunno, en raison de ses accointances politiques. Poussé à bout, Bonavia fait libérer un ennemi personnel de Lomunno, qui a juré de le tuer. L'affrontement sanglant qui s'ensuit, auquel Lomunno échappe, fait intervenir le juge d'instruction Traini. Les deux enquêteurs s'affrontent tout en poursuivant le même but. Mais Bonavia envisage une action désespérée...

 

Damiano Damiani est plus connu en France pour la comédie produite par Sergio Leone, Un génie, deux associés, une cloche, avec le casting improbable Terence Hill, Miou-Miou et Robert Charlebois ou pour avoir réalisé la suite d'Amityville en 1983. Pourtant, pour les cinéphiles qui sont toujours curieux de voir ce que les réalisateurs ont fait d'autre à côté, il se trouve que le cinéaste italien s'impose comme un metteur en scène contestataire et engagé. Confession d'un commissaire... est l'exemple type du genre issu du cinéma citoyen créé dans les années 60 avec des films comme Salvatore Giuliano ou Main basse sur la ville tous deux dirigés par Francesco Rosi.

 

Le film de Damiani repose sur les dialogues acérés et le jeu monumental des deux comédiens principaux. Franco Nero, rendu célèbre par le Django de Sergio Corbucci en 1966 et surtout grâce à A l'aube du cinquième jour de Giuliano Montaldo (1969), trouve ici un de ses rôles les plus marquants. L'acteur rend à merveille toute la complexité de son personnage, un justicier incorruptible, et son regard dans la scène finale est de ceux qu'on n'oublie pas. Le commissaire Bonavia est incarné par l'illustre Martin Balsam dont la filmographie est émaillée d'œuvres telles que Sur les quais, Douze hommes en colère, Psychose (le fameux Arbogast !), La Grande pagaille, Diamants sur canapé, Les Nerfs à vif (l'original et le remake de Martin Scorsese), Little big man, Le Crime de l'Orient Express, Les Hommes du président, etc. Partagé entre les Etats-Unis et l'Italie, Martin Balsam tourne avec Vittorio de Sica, Mauro Bolognini et bien sûr Damiano Damiani. Dès la première image, on est tour à tour désarçonné par ce commissaire qu'on apprend à connaître petit à petit. Fait-il lui-même partie d'un clan adverse ? Pourquoi agit-il ainsi ? Que cache t-il ? Au fur et à mesure que la tension va crescendo, son affrontement avec le juge d'instruction se fait plus virulent à chaque altercation, jusqu'à la fameuse confession du titre, troublante et violente, où le juge d'instruction Traini voit éclater en morceaux toutes ses illusions et doit alors faire face à la dure réalité... sans pour autant s'écarter de la légitimité. Deux personnages, l'exécutif et le législatif affrontent la corruption mais usent de moyens opposés pour y remédier. Du point de vue technique Damiano Damiani connaît son affaire et enchaîne à la fois les morceaux de bravoure grâce à un montage au cordeau, des dialogues affûtés, des acteurs formidables et un sens indéniable du suspense.

 

Confession d'un commissaire de police... dénonce sans détours le pouvoir de la mafia sicilienne sur certains ministres et grands financiers. Damiano Damiani ne cache rien, assassinats, corruption, détournements, tout y passe, et livre une réflexion amère sur le monde politique, le pouvoir législatif et exécutif de l'Italie d'alors qui n'était pas si éloignée de celle d'aujourd'hui. Un fleuron du cinéma italien engagé, révolté et séditieux.



Par Sabrina Piazzi Réagir


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