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Blaxploitation, 70's Soul Fever

Blaxploitation, 70's Soul Fever de Julien Sévéon Y a-t-il dans l'esprit des cinéphiles genre cinématographique plus contestataire que la blaxploitation ? Ce cinéma issu des quartiers défavorisés, dont les thèmes prenaient racines dans la dure réalité subie par la communauté noire américaine depuis des décennies, entassés qu'ils étaient dans des quartiers malfamés en proie au chômage et à l'injustice. La blaxploitation a en effet permis de renverser la hiérarchie sociale et humaine qui plombait le cinéma d'alors, tout en clamant haut et fort "Black is beautiful !" Et pourtant, on oublie un peu trop vite que ce cinéma-là est le pur produit d'un Hollywood dominé par les Blancs, de producteurs qui réalisèrent du jour au lendemain que produire des films à destination des Afro-Américains, comme ils disent là-bas, pouvait être extrêmement rentables.

Voilà en substance ce que rappelle Julien Sévéon dans son ouvrage Blaxploitation, 70’s Soul Fever que vient d'éditer Bazaar&Co. Second ouvrage du journaliste de Mad Movies après Le cinéma enragé au Japon qui proposait un état des lieux de la production underground de l'archipel nippon (punk, gore, érotique, trash...), Blaxploitation, 70’s Soul Fever retrace l'historique de ce "non-genre" comme le précise Sévéon (la blaxploitation ayant touché au polar, à l'horreur, au kung-fu etc...), met en lumière ses héros et ses icônes, aussi bien les personnages que les acteurs et réalisateurs, sans oublier de dresser un bilan sur la façon dont ce "non-genre" a fait évoluer la représentation des Noirs et de leurs préoccupations à l'écran.

Blaxploitation, 70 s Soul Fever


Après avoir retracé avec beaucoup de précision l'évolution de l'image des Noirs dans le cinéma américain, de la représentation profondément, parfois inconsciemment, raciste (éritée des minstrels show) à l'arrivée salutaire de Sidney Poitier, en passant par les race movies (ces films dont le casting n'est quasiment composé que de comédiens noirs) qui font fureur durant les années 40, Sévéon revient sur l'explosion qu'ont été la claque Sweet Sweetback's Baadasssss Song (1971) (réalisé en totale indépendance par Melvin Van Peebles) et Shaft (produit par Warner, une major). Deux incontestables succès qui incitèrent à la production d'une série de films puant la testostérone, avec des héros hauts en couleurs qui en ont sacrément dans le cigare. Trois noms. Fred Williamson, Jim Brown et Jim Kelly Trois black action heroes domineront largement la production blax.
Les femmes ne sont pas en reste. On citera bien entendu Pam Grier, la reine d'entre toutes, que Jack Hill immortalisera dans Coffy et Foxy Brown, ou la moins connue Tamara Dobson (Cleopatra Jones), deux femmes qui ont des couilles et qui manient leur arme comme un maton manie son gourdin, avec classe et assurance.

Sans doute moins glorieux que les polars blax, les diverses ramifications du courant blax, à savoir le fantastique, l'horreur (Blacula, Blackenstein, Sugar Hill...) ou l'érotisme (Africanus Sexualis) ne font cependant pas l'objet d'une aussi grande attention de la part de Julien Sévéon.
L'auteur préfère se consacrer à l'évolution du cinéma noir après la blaxploitation, certains cinéastes s'éloignant des codes du cinéma d'exploitation pour des sujets socio-politiques plus "sérieux" : grandir et survivre aux Etats-Unis et plus particulièrement à Harlem (Combread, Earl and me), éviter à tout prix la drogue (Johnny Tough, The Spook who sat by the door), aimer, fonder une famille... En un mot : vivre quand on est noir. Finalement, s'il est indéniable que la blaxploitation a été conçue et dirigée par des Blancs peu scrupuleux et avides d'argent, elle n'en a pas moins été bénéfique pour la communauté afro-américaine. Sans la blaxploitation, Spike Lee aurait-il fait Do the Right Thing ou Jungle Fever ? Boyz in the hood ou Menace 2 Society auraient-ils vu le jour ? Rien n'est moins sûr.

Blaxploitation, 70 s Soul Fever


Une filmographie complète du courant, une discographie et une cinquantaine de pages regroupant photos et affiches promotionnelles provenant des quatre coins du globe complètent cet ouvrage.

Julien Sévéon signe avec Blaxploitation, 70’s Soul Fever un ouvrage plutôt complet sur le courant cinématographique, riche en informations et en anecdotes. On regrettera simplement parfois que l'auteur ne pousse pas plus loin son étude, préférant la description à l'analyse filmique. Cependant, Blaxploitation, 70’s Soul Fever étant (à notre connaissance) le tout premier ouvrage français sur ce "non-genre", on pardonnera à l'auteur les menus défauts dus à son impératif de défrichage.

On en profite pour ajouter Black Hollywood : Blaxploitation And Advancing An Independent Black Cinema, un documentaire tourné en 1984 consacré aux réalisateurs, comédiens et le public black du cinéma américain.

Black Hollywood : Blaxploitation And Advancing An Independent Black Cinema


Blaxploitation, 70’s Soul Fever de Julien Sévéon
Edité par Bazaar&Co, collection CinExploitation

Numéro ISBN : 978-2-917339-02-2
Numéro EAN : 9782917339022
Nombre de pages : 192
Format : 16 x 24 cm
Couverture : Souple, pelliculée
Illustrations : N&B et couleurs
Prix : 19,50 euros


Par Yann Rutledge Réagir


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