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Interview le 27/09/2011

Interview : Rémi Bezançon nous parle d'Un Heureux évènement

Un heureux évènement : interview de Rémi Bezançon Dans la courte histoire de Filmsactu, Rémi Bezançon est certainement le réalisateur français qui aura le plus souvent vu son nom dans notre rubrique "Interview". Après un entretien accordé pour la sortie de son précédent film, Le premier jour du reste de ta vie, et un autre pour la sortie DVD de ce même film (en compagnie de Pio Marmaï et Déborah François), le voilà de retour pour Un heureux évènement. Un film sur la maternité avec Louise Bourgoin, en salle le 28 septembre prochain.

Un heureux évènement : interview de Rémi Bezançon

 

Après avoir été auteur de tes deux précédents films, pourquoi t'es-tu tourné vers une adaptation du livre d'Eliette Abecassis ?

Ce livre, c'est ma productrice qui m'en a parlé. Au départ c'était juste pour que je lui donne mon avis car, à ce moment-là, elle cherchait une réalisatrice - si possible avec des enfants - pour faire l'adaptation. Or, il s'est avéré que j'ai beaucoup aimé le livre. C'était vraiment le genre d'histoire que j'avais envie de raconter. Une histoire avec un personnage féminin fort, ca me plaisait. Bref, j'ai fini par dire à ma productrice que ça serait mieux si c'était un homme qui réalisait le film. A l'époque, je ne savais pas trop pourquoi. Aujourd'hui, je commence à comprendre.

 

Pourtant, à l'époque du Premier Jour, tu m'avais dit que la journée la plus compliquée à écrire avait été celle de la mère (Zabou Breitman) ...

C'est vrai que j'avais eu du mal sur cette partie du scénario. Et tout s'était décanté lorsque je m'étais dit qu'il fallait que je traite cette journée sur le ton de la comédie.

 

Là, c'est tout le film qui tourne autour de la mère !

Oui. C'est en cela que ma coscénariste Vanessa Portal (ndla : également compagne de Rémi Bezançon dans la vie) m'a été d'une aide précieuse. Elle me disait souvent : "non, là une femme ne dirait jamais ça". Ou, "non, elle ne peut pas agir comme ça".

 

C'est la première fois que tu coécris un film. Comment ça s'est passé ?

On a vraiment écrit à quatre mains. Et avec un seul ordinateur. Par rapport au livre, notre principal ajout a été ce personnage du mari de Barbara, Nicolas. On a donc donné naissance à couple sur le papier. C'était drôle car, du coup, cela faisait un peu comme une mise en abîme de notre propre couple et notre envie à nous d'avoir un enfant s'est confondue avec l'histoire d'Un heureux évènement.

 

Un heureux évènement : interview de Rémi Bezançon

 

"Mon envie d'avoir un enfant s'est confondue avec l'histoire d'Un heureux évènement"

 

Pas trop dur d'adapter un roman très philosophique comme celui-là ?

En fait, pas trop non. Au contraire, comme le livre s'articule énormément autour de réflexions "philosophiques", il n'y a pas vraiment d'histoire. On avait donc le champ libre pour imaginer ce qui allait arriver à nos personnages, en termes de dramaturgie.

 

Et pour donner corps à tes personnages, tu as donc choisi Pio Marmaï et Louise Bourgoin.

Pio, j'avais très envie de retravailler avec lui après Le premier jour du reste de ta vie. Son physique me plait bien. Il a un physique un peu semblable à celui de Vincent Elbaz. Je suis à l'aise avec ce genre de visages. Louise, quand je l'ai rencontré, on a parlé d'Art - elle a fait les beaux Arts, moi l'Ecole du Louvres - très peu de cinéma. Comme je suis très instinctif, je me suis dit qu'elle ferait un très bonne Barbara. En plus, à l'époque, elle n'avait eu que des rôles de femmes extraordinaires (dans Adèle Blanc Sec ou La Fille de Monaco) ou d'icône geek (L'Autre Monde). Pas de rôle de femme "normale" d'aujourd'hui. Et ça me plaisait de lui donner un rôle très proche de ce qu'elle est réellement.

 

C'est rare ça ! Généralement, les réalisateurs cherchent plutôt le contre-emploi.

Sur le plateau, Louise me disait souvent qu'elle trouvait qu'elle ne "jouait" pas assez, dans le sens où elle avait l'impression d'être simplement "elle" et pas Barbara. Moi, c'est exactement ce que je voulais.

 

Tu soignes toujours autant tes personnages secondaires. D'ailleurs, le personnage de Thierry Frémond ressemble à celui de Gilles Lellouche dans Ma vie en l'air !

En beaucoup moins présent ! J'aime bien ce genre de personnage car même si on les voit peu, on peut facilement imaginer leur vie. 

 

Et Josiane Balasko ?

J'ai adoré tourné avec elle ! Dans le professionnalisme, je crois que je n'ai vu que Marion Cotillard à ce niveau.

 

La relation entre Balasko et Bourgoin ressemble un peu à celle de Breitman et François dans Le premier jour ... pourquoi les mères et les filles sont toujours obligés de s'engueuler ?

C'est comme ça la famille ! Il y a toujours des petites tensions.

 

Un heureux évènement : interview de Rémi Bezançon

 

"Le forum de Doctissimo ! C'est fabuleux, une vraie mine d'or"

 

Est-ce qu'on peut dire qu'Un heureux évènement commence là où s'arrêtait Le premier jour ?

Oui. Et même, on peut aller plus loin. Le premier jour commençait déjà là où s'arrêtait Ma vie en l'air, qui se terminait par la formation d'un couple, sur une plage. Et les premières images du Premier jour, c'est justement des images en Super 8 d'un couple, sur une plage !

 

D'ailleurs, puisqu'on en est à faire des comparaisons, j'ai l'impression que le couple d'Un heureux évènement, c'est le personnage de Déborah François dans Le premier jour du reste de ta vie qui rencontre celui que Vincent Elbaz dans Ma vie en l'air ...

C'est un peu ça oui. Ce sont deux personnages qui ne sont pas forcément près à avoir un enfant. Ils ont des métiers pas très stables (ndla : elle est thésarde, il est loueur dans un vidéo-club) et ils se prennent la naissance comme un coup de bambou. Ils veulent faire un enfant par amour, et lorsque ce dernier arrive, c'est du concret. Il faut s'en occuper !

 

C'est pas un peu contradictoire avec ce que disait Jacques Gamblin dans Le premier jour du reste de ta vie. Qu'être parent, c'était la plus belle chose au monde.

Non, car le personnage de Gamblin, pour moi, c'est l'ancienne génération. La génération de nos parents. Cette phrase, je l'ai entendue dans la bouche de mon père. Lui, il n'a jamais changé mes couches. Il ne s'est jamais occupé de moi bébé. Ni de mes deux frères, ni de ma petite sœur. Il laissait ça à ma mère. La génération de parents actuelle est beaucoup plus proche de ses enfants. A Paris, combien de papas voit-on en train de porter des bébés ?

 

Pour autant, on a toujours le sentiment que c'est la mère qui a la charge première de s'occuper des enfants. Dans le film, il y a cette scène très dure où Barbara se permet d'aller faire la fête un soir. Et le lendemain, les gens la regardent comme si elle était irresponsable !

Je me suis beaucoup renseigné pour écrire ce film. Et en particulier sur un site internet qui est merveilleux pour cela, c'est le forum de Doctissimo ! C'est fabuleux, une vraie mine d'or ! J'ai découvert que les femmes culpabilisent énormément dans notre société. Elles ont cette image des magazines, où la maman doit avoir le sourire tout le temps et où elle ne peut pas dire qu'elle en a marre, qu'elle est fatiguée. Et pourtant, il y en a plus d'une qui le sont ...

 

Un heureux évènement : interview de Rémi Bezançon

 

"Je voulais faire un film qui sonne juste ..."

 

En fait, je pense que film va surtout parler à ceux qui ont des enfants...

Tu as des enfants toi ?

 

Non.

Et le film t'a parlé, non ?

 

Parce que ça m'a rappelé certaines étapes de la vie de potes à moi qui en ont eu.

Et tu as des parents ?

 

Oui, deux.

Je pense que le film est à voir aussi sous cet angle.

 

N'as tu pas peur de faire peur à ceux qui veulent avoir un enfant ?

Pour tout te dire, j'avais envie de faire un film qui sonne juste et qui soit informatif, en plus d'être divertissant. Je ne voulais pas faire l'autruche ou mettre les choses sous le tapis. Je montre des choses assez crues dans Un heureux évènement. Mais pas pour en rajouter. Juste parce que ça se passe vraiment comme ça. Malgré tout, je pense qu'avoir un enfant reste la plus belle aventure humaine. Même si cela entraîne de devoir faire une croix sur certains rêves.

 

Du genre ?

Le personnage de Nicolas (Pio Marmaï), qui rêve d'être Tarantino et qui va finir dans un bureau. Pour pouvoir être papa, il va mettre son rêve dans un carton.

 

Son couple aussi ?

C'est compliqué. En France, 25% des couples se séparent après l'arrivée du premier enfant. C'est une minorité, c'est vrai, car il y a quand même 75% des couples qui restent ensemble. Mais ça prouve bien qu'il peut y avoir des choses dures qui se passent après une naissance. Encore une fois, je voulais parler de ces choses-là.

 

Un heureux évènement : interview de Rémi Bezançon

 

"Je n'aime pas qu'on me mâche le boulot ..."

 

Tu le dis toi-même, ton film est très réaliste...

C'était une volonté de départ que j'assume totalement. Je ne voulais pas de triche. On a mis le paquet sur les faux seins, les faux ventres, les allaitements et les scènes de sexes aussi, pour que tout ait l'air vrai ... C'est bizarre car par rapport à ces scènes de sexe, j'ai un peu le cul entre deux chaises. Un côté de ma famille est protestante. Et de par ce côté, je suis très pudique. Mais de par l'autre côté de ma famille, qui est plus cool, plus soixante-huitarde, je suis très cru. Je dis les choses quand je dois les dire. Je ne prends pas de pincettes !

 

Moi non plus. C'est pour ça que je voulais te dire que je trouvais la fin ultra pessimiste !

Moi au contraire je la trouve très optimiste !

 

Comme dans Le premier jour en fait ...

Exactement. En fait, j'aime les fins en forme de miroir où chacun voit ce qu'il veut y voir, en fonction de ce qu'il a retenu du film, ou de ce qu'il a envie d'en retenir. Moi j'ai une vision de la fin, mais je comprends – et je trouve ça bien même – que d'autres personnes en aient une autre.

 

Mais ce regard final !?

Je sais : on peut le voir comme un truc hyper positif, ou hyper négatif. Moi j'aime quand je sors d'un film et que j'ai encore de la matière à réflexion. Je n'aime pas qu'on me mâche le boulot, qu'on m'explique trop ... Je trouve ça bien de ne pas tout dire. Plus ça va, plus je me permets de laisser des choses en suspens dans mes films. Au spectateur ensuite de se faire son propre cheminement pour trouver une réponse.

 

C'était déjà le cas dans Le premier jour ...

Tout à fait ! Dans les ellipses du Premier Jour, chaque spectateur pouvait imaginer ce qui était arrivé aux héros. Je pense que c'est un peu la même chose dans l'effet "miroir" d'Un heureux évènement. Cette naissance, elle va forcément parler à tout le monde. Parce qu'on a été bébé. Parce qu'on a eu des parents. Et parce qu'on a des enfants, ou qu'on connaît des gens qui en ont. Cette histoire nous ramène toujours à une autre histoire, plus personnelle.

 

Un heureux évènement : interview de Rémi Bezançon

 

"J'adore les films de Judd Apatow !"

 

Les gens ont aimé Le premier jour. Sens-tu une attente particulière de la part du public pour Un heureux évènement ?

Ce qui est marrant avec Le premier jour, c'est sa carrière en vidéo. Normalement, pour sa sortie DVD, un film fait 5% de ce qu'il fait en salle. Du coup, on aurait du en vendre 60.000, quelque chose comme ça. Mais on a dépassé les 300.000 ! Ce qu'il s'est passé - en tout cas ce qu'on me dit quand je suis en tournée province pour Un heureux évènement - c'est que beaucoup de gens ont eu envie d'offrir le DVD du Premier jour. Et ça, c'est une chose dont je suis très fier. Du coup, avec Un heureux évènement, je n'ai pas envie de décevoir.

 

Et justement, par rapport au Premier jour, comment situerais-tu Un heureux évènement ?

C'est difficile de répondre à cette question. Le sujet est fort. C'est un sujet de société. Mais le film n'est pas consensuel. Le premier jour était très nostalgique, car il évoquait l'enfance, le paradis perdu ... Celui-là touche des cordes un peu différentes. Les cordes graves, un peu plus enfouies, un peu plus dérangeantes.

 

Pourtant, le film commence de manière très légère, avec une jolie scène de drague.

Oui, ça commence comme une vraie comédie romantique. J'aime le fait que ça commence de cette manière, puis bascule progressivement. Les comédies romantiques s'arrêtent souvent avec la formation du couple. Là, c'est le lendemain. C'est le quotidien d'Harry et Sally ! Les contes de fées se terminent souvent par "Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants". Moi j'ai toujours eu envie de voir cette partie là de l'histoire !

 

Est-ce important pour toi d'avoir cette même emprunte visuelle sur tes films !

Très ! J'adore quand je vois une image d'un film et que je peux dire en un quart de seconde : "ça c'est un film de Scorsese, ou ça c'est un film de Spielberg".

 

Encore une fois, c'est rare d'entendre ça. Certains réalisateurs ont au contraire la peur de se répéter...

Bon, je suis encore jeune aussi ! Je n'ai fait trois films pour le moment. Mais c'est vrai qu'à la place du mec qui a fait des films pendant 20 ou 30 ans, et qui voit tous les jeunes qui arrivent avec leurs nouvelles idées et leur générosité, je ne dirais peut-être pas la même chose. C'est très dur de se renouveler visuellement sur une longue carrière.

 

Et thématiquement ? Après trois films qui évoquent (de près ou de loin) les rapports parents-enfants, tu as dis tout ce que tu avais à dire sur le sujet ?

Dans Le Premier jour du reste de ta vie, Un heureux évènement et dans quelques scènes de Ma vie en l'air, j'ai abordé des thématiques très proches. J'ai dit pas mal de choses au sujet de la transmission et de la famille. Des choses que l'on retrouvera aussi dans Zarafa (ndla : son prochain film, un dessin animé en salle le 8 février 2012).

 

Dans Zarafa aussi ?

Oui. Le film parle d'un orphelin qui va se créer une famille. Du coup, j'ai le sentiment que ces quatre films forment un tout. Je pense être arrivé à la fin d'un cycle et j'ai envie de passer à autre chose.

 

Et là, tu as envie de te tourner vers un autre genre de cinéma ?

Très sincèrement, je ne sais pas du tout. J'aime beaucoup le cinéma de genre, un cinéma avec lequel j'ai grandi. Par exemple, lorsqu'on me demande quel est mon film préféré sur la maternité, je réponds Alien de Ridley Scott. Va savoir pourquoi, je me suis tourné vers un cinéma plus intimiste ... 

 

Et une grosse comédie ?

Ca c'est vrai que ça me dirait bien. J'adore les films de Judd Apatow. Ses films et ses productions. J'aimerai bien aller dans cette direction. Des films avec des petits budgets, des bons comédiens...

 

Ton film a quelques affinités avec En cloque mode d'emploi !

Excellent film. Le seul reproche que je pourrais faire sur les films d'Apatow, c'est qu'ils durent à chaque fois 20 minutes de trop. J'ai vu Mes meilleures amies, qu'il a produit et que je trouve super bien. Et bien c'est pareil, il aurait peut-être fallu couper 20 minutes !

Propos recueillis par Pierre Delorme.

 

 



Par Pierre Delorme 1 commentaires

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Derniers commentaires
Par MatrixTrilogy le Mardi 27 Septembre 2011, 11:03

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Super boulot pour l'interview, j'ai beaucoup aimé. En revanche pour moi le point faible du film est l'actrice principale que j'ai du mal a trouver convaincante dans la peau de ses personnages.
Après je pense que c'est plus un film a voir en DVD qu'au cinéma !

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Sortie : N.C.
De : Rémi Bezançon
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