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Ne te retourne pas : interview de Marina De Van

Interview de la réalisatrice Marina de Van à propos de Ne te retourne pas

A l'occasion de la sortie en DVD de Ne te retourne pas chez Wild Side Video, l'occasion nous fut donnée de rencontrer la réalisatrice Marina de van afin de revenir sur l'accueil froid reçu par le film à Cannes, ses aspirations de cinéaste et son avenir dans la profession après le (relatif) échec public du film.

 

 

Ne te retourne pas est le premier film que vous n'avez pas écrit seule. Qu'elles sont les raisons de votre association avec Jacques Akchoti ?

Il arrive un moment où on s'enlise seule avec ses propres obsessions. J'ai contacté d’abord Jacques Akchoti non pas pour écrire avec moi, mais afin qu'il puisse en tant que script doctor m'aider à approfondir et mieux cerner mon sujet. Ce n'est que peu à peu que le dialogue avec lui est devenu quotidien et qu'il est donc devenu mon co-scénariste. Ayant souvent besoin d'écrire moi-même les choses, je n'ai jamais cessé d'écrire. Mais je n'aurai pas fait ce film là, ni même aboutit le scénario, sans son regard et sa collaboration active.

 

A quel moment du développement est-il entré en scène ?

Il est entré en scène très rapidement dès que j'ai eu une bourse pour l'écriture, c'est-à-dire en 2004.

 

Ressentez-vous dorénavant le besoin de quelqu'un qui vous renvoie la balle ?

Aujourd'hui, j'ai besoin d'une discussion, oui. J'ai surtout besoin de quelqu'un qui écrive désormais beaucoup plus, qui me décharge complètement de l'écriture, autant que possible, et que je puisse guider comme un scénariste, plutôt qu'un co-scénariste.

 

Aviez-vous déjà lors de l'écriture décidé de vous entourer de Sophie Marceau et Monica Belluci ?

J'écris d'abord sans penser à un casting. Penser à un comédien en écrivant ne m'inspire rien du tout. C'est une fois que les choses sont sur papier que le casting peut me faire rêver.


Interview de la réalisatrice Marina de Van à propos de Ne te retourne pas

Désirez-vous, malgré "l'échec" du film, poursuivre dans cette veine "populaire" en vous entourant de comédiens bankables, ou pensez-vous retourner à un cinéma plus modeste, celui de vos débuts ?

Trouvez-vous que ça m'ait réussi ? Ne te retourne pas a été vendu comme un film populaire - et j'aurai sans doute fait la même chose - - mais cela n'était pas un film populaire, au sens où il restait un film d'auteur, avec un univers singulier, donc peu consensuel. S'entourer d'acteurs bankables ou populaires n'a rien à voir avec la volonté de faire un cinéma populaire, même s'il cela permet de convoiter plus de public.

D'un point de vue budgétaire, cela concerne les budgets nécessaires à certains films, même d'auteurs, qui coûtent cher, et d'un point de vue artistique, un choix de travail et de goût. Pensez-vous que les films d'auteur doivent être pauvres, c'est-à-dire renoncer à un travail d'image et à toute forme de spectaculaire, à peu près, faute de temps et d'argent ?!!

Un film d'auteur n'est pas forcément un dialogue entre deux acteurs dans une chambre… Et cette conception, par préjugé, par diktats de rendement, nous nuit beaucoup.

Ma voie, ce sont les films d'auteur. Et puis si je peux accéder à des actrices populaires tant mieux. Ce qui me dérange en revanche, c'est qu'on confonde et réduise Sophie Marceau et Monica Belluci à des icônes de beautés qui n'auraient pas d'autre valeur que leur pouvoir de séduction et leur valeur financière, bankables. Ce qui est terriblement insultant quand on considère leurs talents de comédiennes. On se prive de leur talent en les rabaissant au rang de poupées Barbie qui ramènent des millions.

Je ne considère pas non plus que mon cinéma est lié à la mise en scène de moi-même par moi-même, telle que je l'ai faite dans mon premier film. Ce n'est pas mon souhait. Il y a des rôles tenus par des metteurs en scène qui prolongent leur regard. Woody Allen par exemple qui prolonge à l'écran son humour et son aspect critique. En revanche lorsqu'il s'agit d'un rôle très émotionnel comme celui que je tenais dans Dans ma peau, cela devient complètement antagoniste avec mes enjeux de metteur en scène et mon regard. Cela devient beaucoup trop lourd pour moi. Si je peux m'offrir de petits rôles de temps à autres, j'en serais bien évidemment ravie.

 

On ne vous verra donc à l'écran que dans les films d'autres réalisateurs ?

Non, ça ce n'est pas possible. Je ne suis pas bankable justement ! C'est tragique le cinéma. Ce n'est pas le metteur en scène qui choisit son casting. Ni pour les rôles principaux, ni pour les secondaires, car les instances financières ont d'autres choix ou nécessités, qui ne laissent aucune place à l'exploitation de talent même confirmés, mais pas assez bankables, pas dans la liste étroite de ceux qui potentiellement rapporteront des entrées et de l'argent. Les seuls réalisateurs qui arrivent à se débrouiller dans le choix d'acteurs non bankables font des films choraux. De mon côté, je fais en général des films centrés sur deux ou trois personnages. Voire un. Ca ne s'y prête donc pas.

 

Votre prochain film s'éloignera donc de toutes ces "strass et paillettes" ?

Je vais tout d'abord éviter d'y passer sept ans. J'écris actuellement, contre ma veine naturelle, plus fantastique, quelque chose qui puisse être réalisé pour par cher, de plus naturaliste donc. J'aime l'image, j'aime le spectacle, mais manifestement il n'est pas possible de produire ce genre de film en France. Je vais essayer d'autres voies. Et puis si ce n'est pas possible, je changerai de métier.


Interview de la réalisatrice Marina de Van à propos de Ne te retourne pas

Dans ma peau et Ne te retourne pas oscillent entre le thriller froid et le film fantastique. Avez-vous le désir de mettre en scène à l'avenir un film purement fantastique ?

Vous raisonnez comme si j'avais à l'écriture un programme qui dominerait les genres cinématographiques et qui me dicterait où je dois me situer. C'est beaucoup plus simple. Certains réalisateurs fonctionnent sur la manipulation du public, au bon sens du terme, et la manière mise en œuvre pour les mener dans tel sens, pour finalement les débusquer. Et ça peut donner de très beaux films.

Ce n'est pas ma façon de travailler. Je traite mon sujet de la manière qui me semble la plus naturelle. Ce sont mes sujets qui dictent les genres qu'ils traversent. Etant donné que mes thèmes favoris sont le rapport au réel et à l'identité (Le réel est-il réel ? Suis-je en rapport avec quoi que ce soit existant en dehors de moi ? Est-ce que moi-même j'existe ?), je me retrouve forcément à la frontière du réel et du fantastique. Ce qui devient donc un handicap lorsqu'il s'agit de vendre le scénario, puisque le fantastique n'est pas dans les habitudes et préférences françaises. Je reste fidèle à mes obsessions et ce qui m'habite, la question des genres m'étant véritablement secondaire - sauf dans la mesure, que je viens de citer, où la réalité du contexte économique stérilise d'elle-même mon inspiration initiale et me contraint à essayer des récits qui ne sont pas tout à fait dans mes cordes les plus viscérales.

 

Mais on peut avoir une envie de cinéphile, l'envie de se frotter à un genre

Certainement. Mais je ne suis pas cinéphile. Je ne connais aucune tradition de cinéma. Je suis plus ancré dans la littérature et la peinture, sans avoir non plus trop de culture dans ces domaines. Jamais je ne me suis dit devant un film : « Tiens, ça m'exciterai de faire ça ». Mais cela viendra peut-être.


Interview de la réalisatrice Marina de Van à propos de Ne te retourne pas

Abordons maintenant la photographie, qui participe énormément à l'élaboration de cette inquiétante étrangeté qui fait votre film. Qu'est-ce qui vous a poussé à vous tourner vers le numérique ?

Le numérique était nécessaire, indispensable même, étant donné la masse des effets spéciaux qui fallait entreprendre. Le directeur de la photographie Dominique Colin (NDLR : chef op sur Les Poupées Russes, Le Convoyeur, Les beaux gosses) avait des rapports déjà installés avec le directeur technique de l'image, ce qui permettait de gagner du temps. Il était important à mes yeux que l'équipe ait une cohésion interne qui éventuellement me précède.

 

Comment s'est déroulée votre collaboration avec Dominique Colin ?

J'ai des idées de cadre et de lumière qui sont aux antipodes du réalisme, contrairement à Dominique qui garde un pied bien ancré dans le réaliste. Il m'a ramené, sans dommage, à des manières plus subtiles d'appliquer mes idées picturales, qui étaient initialement plus radicales. Et également à des impératifs de chronologie et d'espace qui n'étaient pas mon premier souci, mais que le manque de temps et d'argent pouvaient aussi d'elles-mêmes imposer. Quant au cadre, ce n'est pas avec Dominique Colin que j'ai travaillé cela, mais avec mon cadreur Georges Diane, puisque j'avais souhaité dissocier lumière et cadre sur ce film, sur la base d'un découpage que j'avais intégralement rédigé.

 

Rétrospectivement, regrettez-vous que Ne te retourne pas ait été sélectionné au Festival de Cannes?

Oui. Si c'était à refaire, jamais je ne retournerai dans ce cauchemar, et dans une hystérie qui ne rehausse pas le niveau des critiques.

 

On vous sent affectée par l'échec de votre film...

C'est peu dire... Après sept années de travail, c'est effectivement un peu difficile. Mais je pense que nombre de réalisateurs sont également passés par là, je n'ai pas à me plaindre. Et de mon point de vue, mon film n'est pas un échec. C'est l'objet qui prime à mes yeux, pas son destin extérieur.


Interview de la réalisatrice Marina de Van à propos de Ne te retourne pas

Et en ce sens, n'avez vous pas saisi la sortie DVD comme une seconde chance ?

J'espère que ce le sera. Il est très important que le DVD sorte et soit vu. Mais de là y voir un moyen de guérir les blessures… Non.

Une réelle seconde chance aurait signifié que je puisse achever mon film sur les points où nous n'avions pas eu le temps d'aller jusqu'au bout de certaines choses (des effets spéciaux avant tout, du doublage, et des ajustements de montage qui en auraient découlé, puisque j'ai découvert mes images truquées 48h avant Cannes, sans possibilité de retravailler ce qui ne fonctionnait éventuellement pas), sur le personnage masculin par exemple.

 

Accompagner le film d'un commentaire audio comme ce fut le cas sur le DVD de Dans ma peau, ou même d'un module qui vous aurait donné l'occasion de vous expliquer ne vous tentait pas ?

Ce n'est pas moi qui choisit les bonus à intégrer au DVD, et je fais confiance à ceux dont c'est le métier s'ils ne me demandent pas ce genre d’exercice. Mais nous avons déjà des bonus suffisamment intéressants je crois. Ne te retourne pas sera peut-être à l’avenir estimé avec plus de sérénité. Mais je me refuse pour autant à faire l'auteur incompris qui explique son film et qui geint. Au-delà de la réception pseudo-publique de journalistes qui pendant dix jours sont abreuvés de films et les détruisent ou les encensent au gré de leurs digestions ou de leur temps de sommeil (ou de leurs intérêts plus politiques à saisir l'occasion de critiquer systématiquement une sélection, ou de prendre un film pour taper sur un autre ou le mettre en avant), j'ai eu des retours merveilleux de gens qui ont été touchés. Le DVD s'adresse à ces gens là. Il s'adresse à tous ceux qui ont une curiosité.

 

Comment vous situez-vous aujourd'hui dans le cinéma français ? Vous sentez-vous proche du cinéma de genre français ?

Je ne sais pas de quoi vous parlez. Ce n'est pas par prétention. Je ne me sens pas appartenir à un mouvement ou une famille quelconque, que je connais d'ailleurs très peu et avec qui je n'ai noué que peu de rapports.


Interview de la réalisatrice Marina de Van à propos de Ne te retourne pas

Vous écrivez votre prochain film. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Ma préoccupation principale est le coût du film. Il ne doit pas coûter cher afin de ne pas "perdre" à nouveau sept années de ma vie. Il faut également que je me plie aux lois du marché. J'ai un cahier des charges donc éloigné de mes élans vers le fantastique. J'essaie d'abandonner mes obsessions quant à la réalité ou à l'identité au profit d'une histoire d'amour, que je vais essayer de traiter au mieux bien qu'elle ne fasse pas partie de mes intérêts premiers. J'essaye aujourd'hui de voir comment je peux me frayer un chemin dans le "cinéma viable"... Mais peut-être est-ce un mal pour un bien? Peut-être vais-je découvrir d'autres choses merveilleuses ? J'ai par exemple très envie de filmer des hommes. Je l'ai déjà fait dans un court-métrage antérieur à Ne te retourne pas, La Promenade (NDLR : réalisé en 2007 avec Gilbert Melki). La difficulté étant que je me projette mieux dans une psychologie féminine. Je suis vite désarmée faute de connaissance.

Car c'est effectivement difficile de comprendre les réactions des hommes lorsqu'on est imprégnée de réactions féminines. Je n'ai pas envie de trahir leur réelle beauté en les filmant comme des hommes objets de mon regard et de mon désir. Et c'est paradoxalement parce que c'est l'autre que j'ai d'autant plus envie de filmer cet homme.




Par Yann Rutledge Réagir


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Ne te retourne pas
Ne te retourne pas
Sortie : 4 Novembre 2009
Éditeur : Wild Side Video

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