Making-of : Vaincre le Temps (16/9, 1h16)
Réalisé par Sean Stone, fils d'Oliver, ce making-of devrait plus être qualifié de film pour sa structure narrative particulière. Intrigué par le métier de son père et ce projet "Alexandre" qui le hantait depuis si longtemps, Sean Stone nous explique avoir arrêté la fac le temps d'un semestre pour l'accompagner dans son périple, sachant qu'il aurait besoin de soutien, mais aussi persuadé que son père ne ferait un tel film qu'une seule fois dans sa vie. Si l'on ne regarde que les éléments détaillant la fabrication du film, on tient là sans aucun doute l'un des documentaires les plus honnêtes et riches réalisé sur une telle production. Il faut voir Oliver Stone dans une chambre d'hôtel avec son producteur en train de discuter de la date de sortie du film, regardant semaine après semaine quelle est la meilleure pour le film : "Non là c'est Thanksgiving, les gens vont moins au cinéma" ; "Non là il y a Ocean's Twelve qui sort, Le Pôle Express, Blade je sais pas combien, et après il y a Aviator", etc jusqu'à arriver à la date du 20 Décembre qui met Stone dans tous ses états tellement il a l'impression que son film va être sacrifié dans une période où les gens vont peu au cinéma. "C'est du capitalisme dans toute sa splendeur" rétorque-t-il en riant jaune. Finalement le film sortira le 24 Novembre.

On assiste également à quelques réunions de production nous dévoilant la face cachée du cinéma, ainsi qu'une séance houleuse de montage où Oliver Stone se rend compte de quelques défauts ("J'ai trop utilisé la steady-cam dans cette scène ! C'est toi qui m'a fait faire ça ! Quelle gâchis !") mais surtout du nombre de plans qu'il allait devoir jeter (deux bonnes heures sur cinq). Le tournage en lui-même nous est aussi dévoilé, montrant l'atmosphère sur le plateau, le travail avec les acteurs, leurs hésitations, leur implication, leur direction, le tout parfois accompagné des commentaires de Stone père ou fils. Mais à ces images d'exception dévoilant l'envers du décor avec une absence de pudeur troublante, c'est surtout la relation entre les deux hommes mise en parallèle qui donne une dimension supplémentaire à ce "making-of". Le tournage devient alors un véritable voyage initiatique pour les deux. Au détour de ce making-of, Stone évoque sa crainte de dévoiler un film à son public, car il se dévoile lui-même. Ce film/documentaire magistral en dévoile les raisons, prouvant que tourner un film ne se résume pas à enchaîner des plans et les monter ensemble, mais en une véritable implication émotionnelle. Franchement, on n'avait jamais vu ça, et quiconque s'intéresse au cinéma se doit d'être témoin de ce tournage par le biais de ce film.
Test technique : Arnaud Mangin
Test interactivité : Kevin Prin