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J'ai rencontré le diable (I saw the devil)

Notre avis
6 10

Centré sur le face-à-face entre un tueur psychopathe cynique jusqu'à l'os et le fiancé vengeur de l'une de ses malheureuses victimes, J'ai rencontré le Diable repose sur un fil rouge simple : le premier est poursuivi par le second qui va lui faire vivre un véritable enfer, au risque de se transformer lui aussi en monstre. Après le western délirant Le Bon, la Brute et le Cinglé, Kim Jee-Woon effectue un virage à 180 degrés et délivre un thriller vigilante ultraviolent, qui repousse les limites du genre jusqu'à l'écœurement et installe un vrai malaise. Si la mise en scène de Kim s'avère toujours aussi efficace, fourmillant de belles idées soutenues par une photographie de toute beauté, J'ai rencontré le Diable manque tout de même d'enjeux dramatiques suffisamment forts pour justifier les 2h24 de bobine, au point que le concept finit par s'épuiser. Un peu vain au bout du compte, J'ai rencontré le Diable est sans conteste le moins bon film de Kim Jee-Woon. Mais il est difficile de ne pas être fasciné par la radicalité et le jusqu'auboutisme de ce jeu enragé du chasseur et de sa proie, dont les séquences de torture, très gores, atteignent une brutalité inouïe comme seuls les Coréens en sont actuellement capables. Un objet extrémiste à ne pas mettre entre toutes les mains. Découvrez ci-dessous la critique de J'ai rencontré le Diable.


Critique : J'ai rencontré le diable

Critique du film j'ai rencontré le diable

 

On ne présente plus Kim Jee-Woon, réalisateur sud-coréen au registre éclectique à qui l'on doit le drame horrifique Deux Sœurs, le thriller noir A Bittersweet Life et le western oriental et délirant Le Bon, la Brute et le Cinglé. Son dernier film en date, J'ai rencontré le Diable (I saw the Devil), suscitait une grande curiosité, ne serait-ce que pour son passif avec la Censure coréenne, qui a entraîne le report de sa date de sortie mais aussi un remontage édulcorant certaines séquences jugées dégradantes pour la dignité humaine. L'autre argument fort susceptible d'attiser l'impatience n'est autre que le face-à-face d'acteurs qui occupe le devant de la scène : d'un côté, Choi Min-Sik (Old Boy) incarne un tueur en série cynique jusqu'au bout des ongles, et de l'autre, Lee Byung-Hun (A Bittersweet Life) campe un agent des services secrets déterminé à venger sa fiancée et faisant preuve d'un certain zèle dans la tâche qu'il s'est attribuée. Le fil rouge du scénario est simple comme bonjour : le premier est poursuivi par le second qui va lui faire vivre un véritable enfer. A l'arrivée, J'ai rencontré le Diable souffre de quelques longueurs et manque d'enjeux dramatiques forts, au point de laisser un léger sentiment de déception, mais demeure un objet unique par sa radicalité.

 

Critique : J'ai rencontré le diable

 

N'y allons pas par quatre chemins : Jeong Gyeong-Chul (Choi Min-Sik) est un monstre de la pire espèce, qui viole et assassine toute personne de sexe féminin un tant soit peu attirante, adultes ou enfants, et qui aurait le malheur de croiser son chemin. Et il le fait avec une brutalité qui n'a d'égal que le sadisme de son mode opératoire puisque ses victimes respirent encore quand il commence à les découper en morceaux. Même si l'on prend position contre la peine de mort, il est difficile de ne pas souhaiter au bonhomme une fin atroce, surtout si elle doit être administrée par Kim Soo-Hyeon (Lee Byung-Hun), le fiancé d'une innocente jeune femme dont la seule erreur est d'être tombée en panne au mauvais endroit et au mauvais moment. Comme dans tout vigilante qui se respecte - et tout thriller coréen qui se respecte aussi -, Soo-Hyeon se montre peu enclin à faire confiance aux forces de l'ordre et décide de prendre les choses en main. Mais contrairement aux habitudes du genre, Soo-Hyeon ne met guère longtemps à retrouver son adversaire et résout en quelques jours le mystère qui laisse les flics sans voix. Le sujet du film n'est pas la manière dont le héros va retrouver l'assassin : c'est la suite de l'histoire que Kim Jee-Woon entreprend de développer. En effet, plutôt que de tuer son ennemi, Soo-Hyeon se contente de l'interrompre dans ses ébats et de le passer à tabac, pour le soigner ensuite et le laisser partir afin de faire durer la traque. Autant dire que la démarche révèle un esprit assez tordu chez notre héros.

 

Critique : J'ai rencontré le diable

 

S'il est un bon point à soulever dans J'ai rencontré le Diable, c'est la volonté de Kim Jee-Woon d'assumer à outrance le genre qu'il explore, à savoir le thriller vigilante, pour le repousser dans ses derniers retranchements, quitte à provoquer l'écœurement du spectateur. J'ai rencontré le Diable est un film extrême, voire extrémiste. Un film qui atteint un degré de violence absolument inouï, une férocité comme seul le cinéma sud-coréen peut nous en proposer actuellement. Couteaux, tenailles, serpes, toute sorte d'arme blanche est employée pour faire passer des moments inoubliables à Gyeong-Chul. Même lorsque celui-ci se réfugie chez son meilleur pote, un cinglé qui garde de pauvres filles dans sa cave pour les martyriser et les balader en laisse, il a tout juste le temps de sauter bestialement la maîtresse de maison avant que Soo-Hyeon ne le rattrape tel un fléau pour mettre le bazar dans cette tranquille demeure (mention au plan excellentissime où Lee Byung-Hun évite de justesse un coup de fusil à pompe dans un couloir). Dégradantes pour la dignité humaine, les tortures mises en scène dans J'ai rencontré le Diable le sont à 100%. A ceci près que la complaisance dans la représentation de la violence se tourne surtout vers les sévices infligés à Gyeong-Chul par son bourreau qui s'avère pour ainsi dire doté d'une imagination sans borne. Au contraire des vigilantes américains qui érigent toujours le vengeur en une sorte de justicier purificateur, J'ai rencontré le Diable soulève une question : à partir de quand le vengeur devient-il un monstre comparable à celui qu'il condamne ? Une question qui taraude de plus en plus douloureusement le spectateur à mesure que Soo-Hyeon dévoile son vrai visage au cours d'une escalade qui finit par provoquer un véritable malaise.

 

Critique : J'ai rencontré le diable

 

Comme à son habitude, Kim Jee-Woon délivre un film haute-gamme tant sur le plan visuel que sonore : outre une réalisation efficace et maîtrisée, J'ai rencontré le Diable s'offre une photographie de toute beauté (la découverte de la tête d'une victime dans un cours d'eau, un plan d'une poésie macabre) et s'accompagne d'une partition musicale inspirée et utilisée à bon escient. Il est décidément impossible de se fatiguer du style de Kim Jee-Woon. Le film possède toutefois un défaut : sa longueur. Dans ce jeu pervers du chasseur et de sa proie, les enjeux dramatiques finissent par s'essouffler au bout des deux tiers du métrage, le personnage de Soo-Hyeon ne bénéficiant pas d'une écriture assez fouillée pour justifier des 2h24 de bobine. En somme, J'ai rencontré le Diable aurait gagné soit à être amputé d'une bonne demi-heure, soit à bénéficier d'un traitement plus en profondeur des personnages, et ce même si l'on ne pourra qu'apprécier le refus de Kim Jee-Woon d'insuffler une quelconque portée mélodramatique à cette sombre affaire (au contraire de The Man from Nowhere, thriller ultra gore sorti en Corée à la même période et récemment chroniqué dans nos colonnes).

 

Critique : J'ai rencontré le diable

 

A force de violence viscérale et de nihilisme sans enjeu dramatique qui tienne la route sur la durée, J'ai rencontré le Diable menace même d'en devenir lassant, n'était la présence de son excellent casting. Choi Min-Sik incarne le tueur démoniaque avec une énergie et un humour salvateurs, face à un Lee Byung-Hun plus glacial que jamais mais qui réussit, par quelques subtilités de jeu qui lui sont propres, à apporter une touche d'humanité à un personnage sans substance sur le papier. Du même réalisateur, on préfèrera tout de même de loin le mélange de violence stylisée et de lyrisme d'A Bittersweet Life, davantage porté à devenir un film culte. Alors oui, avouons-le, J'ai rencontré le Diable est une petite déception. Mais de par son extrémisme assumé, l'expérience demeure fascinante, à conseiller aux amateurs de vigilantes en particulier et d'objets radicaux en général. Répétons tout de même, au cas où le message ne serait pas bien passé, que les âmes sensibles auront intérêt à s'abstenir.


Critique de J'ai rencontré le Diable publiée le 13 décembre 2010.

 

 

 



Par Elodie Leroy 10 commentaires


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Derniers commentaires
Par levieuxdragon il y a 8 an(s)

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tenia a écrit:Juste pour rappeler que le montage international n'est pas du à une quelconque censure, puisque s'il perd une scène de sexe, il gagne beaucoup de plans gores supplémentaires.

Comme quasiment tous les films asiatiques, il y a un montage national et un montage pour l'export. En général, le montage export perd en narration pour se recentrer sur les scènes d'action. Ici, le montage international est devenu une version alternative validée par le réal', et elle est même devenue sa version préférée.


Bonne info, merci.

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Par tenia il y a 8 an(s)

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Juste pour rappeler que le montage international n'est pas du à une quelconque censure, puisque s'il perd une scène de sexe, il gagne beaucoup de plans gores supplémentaires.

Comme quasiment tous les films asiatiques, il y a un montage national et un montage pour l'export. En général, le montage export perd en narration pour se recentrer sur les scènes d'action. Ici, le montage international est devenu une version alternative validée par le réal', et elle est même devenue sa version préférée.

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Par dragonlord il y a 8 an(s)
levieuxdragon a écrit:Excellent duel entre les 2 protagonistes. Le jeu d'acteur de Chi Min Sik (le serial killer) m'a encore bluffé. C'est un génie. Très peu de répit dans ce film, du coup je n'ai pas vu passer les 2H20. Ultra violent, certes, mais une violence exercée sur des serials killers qui m'a poussé à soutenir le héros. Et des affrontements il y en a des belles comme par exemple dans la maison du cannibale. Le réalisateur nous montre tout de même que jouer sur le terrain des psychopathes, quelle que soit la raison, a un prix à payer. Petite distribution pour ce film (il y a eu 17 sorties cette semaine !!) mais j’espère qu'il aura le succès mérité.


je ne connais pas les chiffres mais j'ai le sentiment qu'il y a un bon petit bouche a oreille qui se creé avec ce film... en tous cas c'est tout ce que je lui souhaite, bon avec une distribution pareille ca ne vas pas faire des record surtout que le dvd et blu ray sont deja dispo

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Par levieuxdragon il y a 8 an(s)

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Excellent duel entre les 2 protagonistes. Le jeu d'acteur de Chi Min Sik (le serial killer) m'a encore bluffé. C'est un génie. Très peu de répit dans ce film, du coup je n'ai pas vu passer les 2H20. Ultra violent, certes, mais une violence exercée sur des serials killers qui m'a poussé à soutenir le héros. Et des affrontements il y en a des belles comme par exemple dans la maison du cannibale. Le réalisateur nous montre tout de même que jouer sur le terrain des psychopathes, quelle que soit la raison, a un prix à payer. Petite distribution pour ce film (il y a eu 17 sorties cette semaine !!) mais j’espère qu'il aura le succès mérité.
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Par dragonlord il y a 8 an(s)
a tous ceux qui doutent encore, vraiment n'hésiter plus aller voir ce film en salle, je me suis procuré le bluray uk (tres bon au passage), mais mon dieu que j'aurais voulu le voir au cinoche, vous allé en bouffer vos accoudoirs et rester scotché au fond de votre siège
non vraiment c très réussit, excellent duo d'acteur, bon en effet les âmes sensibles s'abstenir car c assez "jusqu'au boutisme", cela dit il ne procure en rien le malaise que l'on peut ressentir en regardant bedvilled par exemple,
en tout cas long vie a ce Kim Jee-Woon, a chaque film un vrai plaisir (a part deux soeur)

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Par etrangedesign il y a 8 an(s)
Trop long je ne trouve pas,l'ennuie ne s'est pas installé une seconde,la violence un cran au dessus de se que l'on a peu voir dans le film de genre en Corée n'est pas si réaliste que cela et donc très supportable ,pour parler de violence "bedevilled" m'a mis bien plus mal à l'aise .Pour finir le format scénaristique proche de "the chaser" est toujours aussi surprenant.Le réalisateur met en image la souffrance que l'on voudrais infliger si l'on faisait souffrir nos proches ,la mort est trop douce pour certain monstre ,on se l'ai tous dit un jour. Mais on à jamais voulu imaginer jusqu'au bout,se que ça implique,Kim Jee-Woon l'a fait et je l'en remercie ,très bon film!!
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Par kim2 il y a 8 an(s)

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Moi également (pourtant un peu habituée des thrillers coréens ou pas ^^)j'ai trouvé que l'histoire allait un peu loin dans la violence. L'histoire et le réalisateur semble par moments un peu trop à mon gout se complaire dans le glauque. J'ai trouvé aussi que la dernière partie un peu longue et aurait pu être écourtée.
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Par anon-lopercule il y a 8 an(s)
captain-spaulding a écrit:Un peu surpris par la sois disant brutalité du film, un "the horseman" dans le même registre, pousse la chose beaucoup plus loin.
Reste un excellent thriller comme les Coréens savent si bien les faire cela dit.

Le Martyrs Coréen???... Un peu tiré par les cheveux comme comparaison, les deux films ne donnent clairement pas dans le même registre, même au niveau de la violence...


Entierement d'accord avec toi. Assez dérangé habituellement par la violence gratuite (j'insiste sur le "gratuit"), ainsi que par le coté extreme de certains films (incapable de regarder un film comme "martyrs" par exemple) je n'ai pas trouvé le film extreme du tout. Il pousse effectivement le theme de la vengeance assez loin, mais je n'ai en rien été mal à l'aise.

La durée ne me gène pas du tout, mais il est sur qu'il manque un tout petit peu d'enjeux, pour un impact proche de celui de "The Chaser"...

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Par Lady Lae il y a 8 an(s)
Tout à fait d'accord sur le jusqu'au boutisme de KJW qui reste à ce jour un de mes cinéastes préférés tant les domaines qu'il explore ne sont jamais complaisants ni faciles !!

Par contre je n'ai pas trouvé de longueurs malgré la durée du film, au contraire on plonge tellement dans cet univers glauque à souhait que le temps qui s'étire ne fait qu'amplifier ce sentiment tout le long...

En tout cas oui un très bon film de genre !!

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Par captain-spaulding il y a 8 an(s)

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Un peu surpris par la sois disant brutalité du film, un "the horseman" dans le même registre, pousse la chose beaucoup plus loin.
Reste un excellent thriller comme les Coréens savent si bien les faire cela dit.

Le Martyrs Coréen???... Un peu tiré par les cheveux comme comparaison, les deux films ne donnent clairement pas dans le même registre, même au niveau de la violence...

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