Interview de Junko Kawakami
Le 18/09/2008 à 22:30Par Caroline Leroy
Junko Kawakami était invitée à la Japan Expo 2008 à l'occasion de la publication du premier tome du manga It's Your World, édité par Kana. La première particularité de ce titre tient à son sujet même : la vie quotidienne d'une famille japonaise en France, à Paris. Plus précisément, le manga adopte le point de vue d'un adolescent de 13 ans, Hiroya, qui doit intégrer une école parisienne alors qu'il ne parle pas un mot de français. L'occasion pour l'auteure de porter un regard inédit et plein de fraîcheur sur les us et coutumes de notre pays. Junko Kawakami a gentiment accepté de répondre à nos questions, levant le voile sur cette initiative originale.Filmsactu : Pourriez-vous nous retracer brièvement votre parcours ? D'où vous viennent votre passion pour le dessin et votre intérêt pour la France ?
Junko Kawakami : Je suis née à Tokyo et j'ai grandi dans le département d'Ibaragi à 2 heures de la capitale. J'ai été jusqu'au lycée à Ibaragi, puis j'ai emménagé à Tokyo pour suivre des cours dans une école spécialisée en graphisme. J'ai commencé à travailler dans le milieu du manga en devenant assistante d'auteurs de manga. Puis, je suis devenue auteur. Cela fait environ 10 ans. Je suis venue en France en 2004. J'ai toujours aimé dessiner. Dès 3 ans, je dessinais tout le temps. Mon père aime aussi dessiner. Il m'a peut-être influencé. J'adorais aussi les dessins animés à la télévision. Je n'avais pas une prédilection particulière pour la France. Mais je voyageais en France quand j'ai rencontré mon futur mari qui est français. En habitant Paris, je trouve que c'est une ville qui est bien mieux que ce j'avais imaginé.
Quelle a été la genèse de ce projet original qu'est It's Your World ? Est-il publié simultanément en France et au Japon ?
Les premiers chapitres d'It's your world ont d'abord été publiés sur Mang'arte, le webmagazine du site Arte. Puis, l'éditeur Kana a souhaité que je continue et a souhaité publier la suite de l'histoire. La publication au Japon est actuellement en cours de discussion.
Vous vivez actuellement en France. Concernant les personnages eux-mêmes, y a-t-il une part autobiographique dans ce manga ou vous êtes-vous inspirée d'expériences que l'on vous a racontées ?
Il y a un peu de ça. Mais j'ai choisi un personnage éloigné de moi : un garçon de 13 ans. Je m'amuse en lui faisant vivre des chocs culturels que je n'ai pas forcément vécus. Il y a aussi un peu des expériences d'autres personnes aussi.
Quels sont les personnages qui vous sont venus en premier lors de l'élaboration du scénario ? Avez-vous une préférence pour l'un d'eux ?
C'est Hiroya qui est venu en premier. Dès le début, je voulais que le personnage principal soit un garçon. Mais Bambi est peut-être ma préférée, car elle est assez proche des personnages que je dessine dans mes mangas qui sont publiés au Japon. J'ai le plus de facilité à la dessiner.
Malgré le ton souvent humoristique du manga et l'ambiance chaleureuse qui s'en dégage, vous abordez des sujets plus délicats comme les difficultés d'intégration scolaire de Hiroya, qui viennent de son faible niveau de français.
Vous trouvez que j'ai de l'humour ? (Rires). J'ai choisi un garçon de 13 ans comme personnage principal, car à cet âge on ne peut pas passer tout son temps à des réflexions sérieuses. C'est un garçon qui se confronte aux problèmes de façon positive avec la vitalité de ses 13 ans.
Lumi tient beaucoup à son look fashion. Peut-elle rester une vraie "Japanese Girl" à Paris ? Nous réserve-t-elle des surprises dans la suite de l'histoire ?
Que va devenir Lumi ? Lumi pense qu'elle appartient à la génération qui construit son époque, qu'elle fait partie des leaders. Au Japon, les filles sont très méticuleuses. Elles font attention aux points noirs, à ne pas bronzer. En France, les filles sont plus « wild ». Peut-être que Lumi va devenir un peu plus « à la française ».
Le manga, en particulier au début, fourmille de petites observations amusantes mettant en exergue les différences entre le quotidien de la France et celui du Japon. Avez-vous eu des retours à ce sujet ?
Un journaliste français m'a dit que je n'avais pas encore montré les mauvais côtés de la France. Que mon manga était un peu comme le film Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain. Quand il m'a dit ça, je me suis dit : « C'est vrai ! Hiroya n'a pas encore marché sur une crotte de chien ».
Paris est une ville très cosmopolite et cela ressort nettement dans It's Your World. Aviez-vous à cœur de montrer cette facette de la France à votre public, japonais et français ?
Cela s'est fait naturellement. Pour moi, c'est normal qu'il y a toutes sortes de nationalités en France. Je suis étonnée qu'on me fasse toujours cette remarque.
Y a-t-il des auteurs de bande-dessinée européens ou japonais que vous admirez particulièrement ?
Il y en a beaucoup. En manga, Hagio Motoo. En ce qui concerne la BD européenne, je suis en train de la découvrir.
Même s'il est tôt pour en parler, souhaiteriez-vous voir un jour It's Your World adapté en série, live ou animée ?
Ce serait amusant. J'aimerais dans ce cas, quelque chose de différent du manga.
Avez-vous déjà en tête le dénouement de l'histoire ? Combien y aura-t-il de tomes ?
Je n'en sais rien. Je ne peux pas encore vous répondre.
Propos recueillis par Caroline Leroy
Remerciements à Marie Fabbri de Kana.
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