La Fin d’Oak Street : critique d’un blockbuster à l’ancienne qui a du mordant
Le 11/08/2026 à 22:52Par Pierre Champleboux
Sacrée bonne surprise que cette Fin d’Oak Street ! David Robert Mitchell, qu’on n’attendait pas du tout sur le terrain du gros divertissement estival, signe un pur blockbuster à l’ancienne, dans la droite lignée des productions Amblin de la grande époque. Famille attachante, dinosaures (à plumes !) très cools, humour qui fait mouche et suspense tenu de bout en bout : le film rafraîchit et fait un bien fou dans un été dominé par les héros tout en muscles. Pas le long-métrage le plus révolutionnaire de l’année, mais probablement l’un des plus généreux.
Révélé par le petit bijou horrifique It Follows avant de dérouter son monde avec le génialement parano Under the Silver Lake, David Robert Mitchell s’était fait bien discret ces dernières années, enlisé dans des projets qui ne voyaient jamais le jour. On l’attendait au tournant avec They Follow, la suite d’It Follows actuellement en préparation… mais on ne l’attendait certainement pas avec un blockbuster de dinosaures produit par J.J. Abrams. Et pourtant, le voilà.
Le pitch pourrait presque tenir sur un ticket de cinéma : au début des années 80, la famille Platt (Ewan McGregor et Anne Hathaway en parents au bord de la crise conjugale, Maisy Stella et Christian Convery en ados du foyer) mène une petite vie tranquille dans une banlieue pavillonnaire américaine. Jusqu’à la nuit où une étrange lueur illumine le quartier… et où Oak Street tout entière se retrouve transportée à une époque où les résidents dominants ont des écailles, des crocs et très faim. La Fin d’Oak Street débarque dans nos salles le 12 août, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il détonne dans le paysage.
RETOUR VERS LE JURASSIQUE
Dès ses premières minutes, le film annonce la couleur : nous sommes en plein territoire Amblin. La banlieue proprette, les vélos, les secrets de famille, les gamins livrés à eux-mêmes pendant que les adultes se déchirent… On pense aux Goonies, à E.T., à Gremlins, à Retour vers le futur, bref à tout ce cinéma d’aventure familial qui nous faisait rêver quand on avait huit ans. Et c’est exactement la sensation que procure La Fin d’Oak Street : celle de retrouver, le temps d’une séance, le môme qui s’émerveillait devant ces films-là en se disant « et si ça m’arrivait à moi ? ». Sauf que Mitchell n’a pas oublié d’où il vient, et son conte estival cache de sacrées dents.
Le scénario a l’intelligence de prendre son temps avant de lâcher ses bestioles. On s’attache d’abord à cette famille imparfaite, à ce couple qui se ment poliment devant les voisins, à ces enfants qui sentent bien que quelque chose cloche à la maison. Si bien que lorsque le quartier bascule dans le chaos, on tremble réellement pour eux. Anne Hathaway impressionne en mère de famille qui passe du désenchantement au mode survie hardcore, tandis qu’Ewan McGregor lui donne la réplique avec un flegme attendrissant. Face aux dinosaures, ce sont eux, les vraies attractions du film.
Autre excellente idée d’écriture : le film ne s’embarrasse jamais d’explications capillotractées sur l’origine du phénomène. Pas de savant fou dont l’expérience aurait mal tourné, pas de tunnel d’exposition pseudo-scientifique de dix minutes... Un événement cosmique a eu lieu, le quartier entier s’est retrouvé plongé dans la préhistoire : et ça fait des Chocapic ! Une confiance accordée au spectateur qui permet au récit de foncer et au mystère de conserver son pouvoir de fascination jusqu’au bout.
D’autres s’y seraient cassé les dents, mais David Robert Mitchell en fait un tigre dans son moteur.
LES DENTS DE LA BANLIEUE
Car une fois les créatures lâchées dans les jardins, La Fin d’Oak Street se transforme en véritable train fantôme. Pour un film à l’ambiance aussi familiale, voir des dinosaures aussi carnassiers est une vraie bonne surprise.
Les bestioles croquent, déchiquettent et sèment une panique très premier degré dans les allées pavillonnaires, avec un sens du suspense qui rappelle que le bonhomme derrière la caméra a quand même signé l’un des meilleurs films d’horreur des années 2010.
Les séquences s’enchaînent avec une inventivité réjouissante, la tension monte, redescend (juste ce qu’il faut) grâce à un humour bien dosé, puis repart de plus belle. Savamment rythmé, le film n’a pratiquement aucun temps mort, faisant l’effet d’une bonne vieille montagne russe ouverte aux grands comme aux petits.
Visuellement, c’est d’autant plus bluffant que David Robert Mitchell ne dispose pas du budgets pharaonique des mastodontes du genre. Ses créatures n’ont pourtant pas à rougir de la comparaison, et certaines de leurs apparitions flanquent de vrais frissons.
On sent un cinéaste qui s’amuse comme un fou avec ses nouveaux jouets, tout en gardant son regard d’auteur : sous le grand huit, il y a une vraie mélancolie, celle d’une famille qui doit réapprendre à se connaître pour survivre.
Pur blockbuster à l’ancienne, généreux, drôle et étonnamment féroce, La Fin d’Oak Street est le genre de récréation dont l’été 2026 avait besoin : un film qui ne cherche pas à lancer un univers ou à préparer une suite, mais juste à nous offrir deux heures d’aventure comme on n’en fait (presque) plus.
Et quand arrive la dédicace finale de David Robert Mitchell à son père, on comprend que ce retour aux films de notre enfance n’avait rien d’un simple exercice de style : c’est une histoire de transmission, et elle tape dans le mille.
Une chose est sûre désormais : le réalisateur d’It Follows est capable de dingueries de grande envergure. Autant dire qu’on attend son They Follow de pied ferme.
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