Mutiny : critique d’une Stathamerie en haute mer
Le 19/08/2026 à 13:20Par Pierre Champleboux
Une chose est sûre : Mutiny ne trahit pas sur la marchandise. Jason Statham distribue des mandales en pleine mer, et il le fait sacrément bien ! Certes, le film de Jean-François Richet ne révolutionne pas le genre… mais ce n’est pas ce qu’on lui demande. Des bastons qui cognent fort, du gore juste ce qu’il faut, des séquences inventives et un héros indestructible : cette série B décomplexée assume son programme de bout en bout et remplit sa mission avec un savoir-faire réjouissant. Prévisible ? Complètement. Efficace ? Tout autant. Les amateurs de Statham et de cinéma d’action à l’ancienne peuvent embarquer les yeux fermés : ces 95 minutes de pur divertissement sont pour eux.
Pendant que les blockbusters de l’été se disputent le box-office à coups de super-héros, de voyages sur des îles malfamées et d’invasions de dinosaures à plumes, Jason Statham continue tranquillement de creuser son sillon : celui du dernier vrai Action Man old school, capable d’enchaîner les films de bagarre avec une régularité de métronome.
Pour cette nouvelle virée musclée, le comédien retrouve un metteur en scène qu’on connaît bien par chez nous : Jean-François Richet, le réalisateur du diptyque Mesrine, désormais spécialisé dans les actionners qui sentent bon la sueur et la tôle froissée.
Au programme de Mutiny : Cole Reed, ancien des forces spéciales reconverti dans la sécurité privée, se retrouve accusé du meurtre du milliardaire qu’il était justement censé protéger.
Traqué de toutes parts, notre homme embarque discrètement à bord d’un gigantesque cargo pour se faire oublier… avant de comprendre que le navire n’a rien d’un refuge : ceux qui l’ont piégé sont à bord.
Un pitch qui tient sur un ticket d’embarquement, et c’est très bien comme ça. Tôt ou tard, il faudra peut-être que Statham cesse de jouer « le mec bien peinard qui déchaîne les enfers en révélant son statut d’ancien flic / agent secret / tueur à gage parce qu’on a fait du mal à quelqu’un qu’il aimait bien »… mais pour l’instant, tout va bien : on en veut encore.
PIÈGE EN HAUTE MER
Impossible de ne pas penser au Piège en haute mer de la grande époque de Steven Seagal devant ce nouveau Die Hard flottant, et c’est exactement le terrain de jeu qu’il fallait à Richet.
Comme il l’avait déjà démontré par le passé, le bonhomme adore transformer les espaces confinés en arènes : ici, les coursives étroites, les compartiments métalliques et les cales plongées dans la pénombre deviennent autant de pièges où chaque cloison peut cacher un ennemi.
Le cargo n’est pas qu’un simple décor : c’est un personnage à part entière, et le film exploite sa géographie avec une vraie gourmandise.
Et puis il y a Statham. On a beau avoir l’habitude de le voir distribuer allègrement les bourre-pifs depuis plus de vingt ans, sa crédibilité dans l’exercice reste bluffante.
Chaque coup semble peser son poids, chaque mouvement paraît calculé, et l’acteur n’a toujours pas son pareil pour vendre une chorégraphie brutale sans jamais donner l’impression d’être un imposteur.
Les affrontements privilégient d’ailleurs l’efficacité à l’esbroufe : peu de fioritures numériques à l’exception de quelques giclées de sang, et essentiellement de la castagne pure et dure, bien lisible comme on l’aime.
Richet ne se contente pourtant pas d’aligner les corps-à-corps : son inventivité fait de plusieurs séquences un vrai régal.
On pense évidemment à cette scène complètement folle où notre héros défouraille une dizaine de mercenaires dans une cage d’escalier, morceau de bravoure qui devrait faire son petit effet en salle. Ou encore au duel final, qui démarre sur le pont du navire, se poursuit sur une passerelle avant de continuer vingt mètres plus bas et… nous n’en dirons pas plus, mais sachez que les amateurs de bagarres innovantes y trouveront carrément leur compte.
Le tout est saupoudré d’un gore bien senti, jamais gratuit mais suffisamment généreux pour rappeler que Richet ne tourne pas pour les enfants de chœur, et que chez lui, la bagarre laisse des traces qui nécessitent de passer la serpillière.
A CROISIÈRE, ÇA COGNE
Soyons clairs pour autant : Mutiny reste une Stathamerie dans les règles de l’art, avec tout ce que ça implique. L’intrigue est cousue de fil blanc, les retournements se voient venir à des kilomètres nautiques, et Cole Reed a beau changer de nom d’un film à l’autre, il reste fondamentalement Le Transporteur : même crâne rasé, même flegme, même costard (au début) et même incapacité chronique à perdre un combat.
Ceux qui espéraient voir l’acteur sortir de sa zone de confort peuvent passer leur chemin.
Le film assume par ailleurs un côté bis franchement décomplexé qui ne parlera pas à tout le monde : certains spectateurs risquent de ricaner devant les excès du dernier acte, quand d’autres (dont nous sommes) y verront précisément le sel de la proposition.
Car c’est bien là que Mutiny rejoint l’énergie du récent Mayday : cette générosité de série B qui préfère en faire trop que pas assez, sans jamais basculer dans le ridicule. Autour de la star, le casting remplit son office : entre une Annabelle Wallis en alliée précieuse et un Roland Møller en antagoniste suffisamment imposant et flippant pour qu’on croie au danger, on peut dire que notre héros est plutôt bien entouré.
Rondement mené, jamais mollasson, Mutiny fait exactement ce qu’on attend de lui : offrir 95 minutes de divertissement musclé, artisanal et décomplexé, comme on en produisait à la chaîne du temps béni des vidéoclubs.
Ce n’est ni le film le plus surprenant de l’année ni le meilleur Statham de la décennie, mais c’est un actionner solide, mis en boîte par un réalisateur qui sait filmer la castagne et porté par une star qui n’a rien perdu de son aura de cogneur. Si John McClane et Casey Ryback vous manquent, montez à bord : la traversée vaut son billet.
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