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THE FURIOUS : oui, il surclasse The Raid 1 et 2, c'est bien réel ! (CRITIQUE)

Le 10/06/2026 à 10:32
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Notre avis
10 10 The Furious est bien la claque martiale qu'on attendait tant, et même plus encore. Le film réalisé par Kenji Tanigaki ne se contente pas d’aligner les combats spectaculaires, il réussit à sublimer chacun de ses acteurs venus avec leur bagage culturel et leurs compétences propres à leur style martial. Sur le papier, cela ressemblait déjà à une réunion de rêve pour les amateurs du genre. À l’écran, c’est encore plus ébouriffant. C’est d’ailleurs ce qui rend le film si particulier, car il comprend avant tout ce qui rend un combat mémorable. La force brute ne suffit pas, la vitesse non plus, du moins plus en 2026. Ce qui compte, c’est la manière dont les corps dialoguent entre eux, occupent l’espace, racontent quelque chose. Dans The Furious, chaque affrontement possède une identité unique dans son exécution et sa mise en scène. Et à une époque où les fonds verts, les images de synthèse et maintenant l'IA occupent une place toujours plus importante dans l’industrie, il est presque rassurant de voir qu’un film peut encore provoquer autant d’émerveillement avec des outils aussi fondamentaux. Des vrais cascadeurs. Des vrais artistes martiaux. Des vrais impacts. Des risques réels. C’est sans doute pour cette raison que The Furious marque et marquera autant les esprits. Parce qu’il nous rappelle que le cinéma d’arts martiaux reste avant tout un cinéma du réel, un cinéma où la performance existe réellement devant nos yeux. Un cinéma où l’on ne peut pas tricher. Chef d'oeuvre. Point.

Depuis plusieurs mois, on ne cesse de nous bassiner que The Furious est le film de combat ultime, celui qui repousse les limites du genre, qui les réinvente, capable de renvoyer The Raid 1 et 2 au placard. Pour beaucoup, c'est du simple marketing, de l'esbroufe et de l'ordre du fantasme. Maintenant qu'on a vu le film de Kenji Tanigaki (par deux fois même), on peut vous le dire droit dans les yeux : tout est bien réel. "Believe the hype" comme disent nos voisins anglo-saxons. C'est même assez maboule.
 
John Wick Chapter 4
 
Il y a quelque chose de fascinant et d’unique avec le cinéma d'arts martiaux. Contrairement à beaucoup d'autres genres, son évolution ne dépend pas forcément de la qualité de ses scénarios, de ses dialogues ou même de ses personnages. Bien sûr, tous ces éléments comptent, mais lorsqu'on regarde l’évolution de ce pan cinématographique, on se rend compte que les films qui ont véritablement changé les règles du jeu sont souvent ceux qui ont inventé une nouvelle manière de filmer le mouvement et surtout les corps. On se souvient de Buster Keaton parce qu'il a transformé le corps humain en machine à cascades. On se souvient de Bruce Lee parce qu'il a donné une nouvelle dimension physique et philosophique au combat à l'écran. On se souvient de Jackie Chan parce qu'il a compris que le décor pouvait devenir un partenaire de jeu à part entière. On se souvient de Jet Li et dans la foulée de Donnie Yen parce qu'il ont modernisé la chorégraphie martiale en la rendant plus rapide, plus réaliste. On se souvient de Tony Jaa parce qu’il a apporté une brutalité jamais vue à l’écran auparavant, avec l'impact, la douleur et l'engagement total du corps au centre de ses cascades. Et plus récemment, on se rappelle de Joe Taslim, Iko Uwais et Yayan Ruhian parce qu'avec The Raid, ils ont augmenté la brutalité introduite par Tony Jaa en y ajoutant une réflexion extrêmement poussée sur la mise en scène, le découpage, et l'utilisation de l'espace. C’est pourquoi le film est devenu depuis une référence pour tout le cinéma d'action moderne. De toutes les façons, que ce soit le cinéma chinois, hongkongais, thaïlandais ou indonésien, à chaque fois, le principe est le même, à savoir provoquer l'émerveillement auprès du spectateur, et c’est exactement ce qui s’est passé avec The Furious. Car derrière son intrigue simple, derrière ses personnages volontairement clichés et derrière son apparence de série B musclée se cache en réalité un film qui réfléchit profondément à la manière dont l'action peut être filmée aujourd'hui. Un film qui ne cherche pas seulement à accumuler les combats, mais qui tente de pousser plus loin certaines idées développées au cours des 20 dernières années par les plus grands artisans du genre.
 
 
UN FILM DE BASTON MULTI-CULTUREL

La première chose qui frappe lorsqu'on découvre The Furious, c'est son identité très hybride, à la croisée des mondes, et surtout des nationalités. En effet, The Furious est un film produit à Hong Kong, tourné en Thaïlande, réalisé par un cinéaste japonais (qui parle le cantonais couramment cela dit) et qui est interprété par des acteurs venus de différents pays asiatiques. Rien que sur le papier, le projet ressemble déjà à maelstrom entre plusieurs traditions du cinéma d'arts martiaux. Et cette diversité n’est pas simplement un argument marketing, c’est carrément le cœur même du film. Lorsque l'on observe le casting, on comprend rapidement ce que cherche à accomplir le réalisateur Kenji Tanigaki. On a Xie Miao qui représente une certaine tradition du cinéma martial chinois, lui qui a été le protégé de Jet Li pendant de nombreuses années. Joe Taslim apporte quant à lui toute l'influence du cinéma d'action indonésien moderne popularisé par The Raid et The Night Comes for Us. C’est aussi lui qui incarne Sub-Zero dans Mortal Kombat. Il y a aussi Yayan Ruhian, véritable légende du Penchak-Silat à l'écran, qui est devenu l'un des visages les plus emblématiques du renouveau du cinéma de combat asiatique, au point où il a été embauché dans John Wick 3 pour être l’un des boss que Keanu Reeves devait abattre. Et puis, il y a aussi Joey Iwanaga qui apporte une énergie différente, davantage ancrée dans le jeu de jambes avec l'utilisaton du karaté et du taekwondo, deux arts qu’il pratique, tandis que Brian Le semble apprtient à une nouvelle génération de performers dont les capacités physiques défient parfois toute logique. Le mec a la puissance d’un ours, mais l’agilité d’un singe, c’est ouf.
 
John Wick Chapter 4
 
Et le résultat est fascinant parce qu'il ne s'agit pas simplement d'aligner des combattants talentueux devant une caméra, Kenji Tanigaki utilise ces différences en les transformant en langage cinématographique. Chaque combattant possède une identité physique propre, un style de combat précis et au lieu de vouloir créer un ensemble unique, il va utiliser chaque style pour les confronter. Alors c’est sûr qu’en matière de préparation et d’inventivité, il a fallu faire plus que les autres, mais c’est pour cette raison que The Furious va beaucoup plus loin. Là où beaucoup de films cherchent à caractériser leurs protagonistes par les dialogues, The Furious les caractérise par le mouvement. Et c'est une idée beaucoup plus ambitieuse qu'elle n'en a l'air. Pour comprendre ce que tente de faire The Furious, il faut s'intéresser à son réalisateur, à savoir Kenji Tanigaki. Le grand public le connaît mal ou pas du tout même. Pourtant, pour les amateurs de cinéma d'action et d’arts martiaux, son parcours est impressionnant. Avant de devenir réalisateur, il a travaillé comme cascadeur, coordinateur d'action et chorégraphe sur certains des projets les plus importants du cinéma asiatique contemporain. Mais surtout, c’est un collaborateur de longue date de Donnie Yen, il a construit sa carrière avec lui, notamment en réfléchissant aux possibilités narratives qu’on peut faire avec le corps en action. Et cette expérience transparaît constamment dans The Furious. Lorsque certains réalisateurs pensent d'abord à l'histoire avant de réfléchir à la manière de la mettre en scène, Kenji Tanigaki semble fonctionner dans l'ordre inverse. Chez lui, le mouvement est souvent le point de départ de la réflexion.
 
John Wick Chapter 4
 
VISCERAL, BRUTAL, BESTIAL, GENIAL !
 
Le film raconte finalement très peu de choses par les mots et ce n’est pas un hasard si le personnage de Xie Miao est muet, c’est aussi une façon pour lui de se concentrer sur ce qui lui paraît essentiel dans un film de combat. Du coup, les dialogues sont souvent fonctionnels, et les motivations des personnages sont simples. Malgré cela, The Furious raconte énormément de choses par l'action. On a la colère de Wang Wei, notre héros donc incarné par Xie Miao, la détermination de Navin, le perso de Joe Taslim, l'arrogance des antagonistes notamment le perso joué par Joey Iwanaga. On a aussi la peur, l'épuisement, la souffrance, toutes ces émotions passent par le corps, et je tiens à saluer la performance de Xie Miao qui parvient à nous retranscrire toutes sortes d’émotions à travers ses yeux et son corps. Franchement, bravo à lui.
 
John Wick Chapter 4

De toutes les façons, soyons honnêtes : personne ne regardera The Furious pour son intrigue, mais ce serait une erreur de dire qu’on s’en fiche, bien au contraire, car le récit apporte un background solide, voire même sordide, car c’est ça qui va justifier toute la violence qui s’en découle. Et puis, c’est un thème qui touche tout le monde puisqu’il est question de trafic d'enfants. Et vous le savez, dans les films asiatiques, même les enfants ne sont pas épargnés… Donc, on suit un père de famille qui va chercher sa fille enlevée par un réseau de trafiquants d'êtres humains, sauf qu'il est muet, qu'il n’est pas dans son pays d’origine, et qu'il est seul surtout, ce qui va compliquer les choses évidemment. En parallèle, un mari dévoué (Navin joué par Joe Taslim), tente de retrouver sa femme journaliste disparue après avoir enquêté sur cette même organisation criminelle. Leurs trajectoires vont naturellement se croiser et les conduire vers une série d'affrontements toujours plus violents. Si l’histoire parait simple et racontée mille fois, elle permet surtout à son réalisateur de se focaliser sur ce qu’il veut nous montrer, à savoir du combat, du combat, et rien que du combat. c’est simple, le film dure 1h50 et il y a littéralement 1h20 de fights. Il y a une générosité à l’écran qui est folle et totalement assumée en plus. Le film sait exactement ce qu'il veut être, et il refuse de s'en excuser et ça c’est génial.
 
John Wick Chapter 4
 
L'HERITAGE THE RAID
 
Impossible de parler de The Furious sans évoquer The Raid. Depuis sa sortie en 2011, le film de Gareth Evans continue d’être cité en référence, et pourtant, son influence est souvent mal comprise. Beaucoup de spectateurs retiennent avant tout sa brutalité, mais la véritable révolution de The Raid n'était pas la violence, c'était la lisibilité des actions. Le cinéma d’action de Hong Kong des années 80 et 90 l’avaient déjà compris avec ses longs plans sans aucune coupe, Gareth Evans va apporter autre chose, à savoir un montage plus dynamique, mais avec bien plus de coupes et de changements de plans. Mais Gareth Evans a justement conservé l'énergie et la nervosité du montage moderne tout en préservant la lisibilité et la précision des chorégraphies héritées de Hong Kong et c’est ce mélange qui qui donne au film son identité. L’une des qualités fondamentales de The Furious est justement de comprendre cette leçon. Même lorsque les combats deviennent extrêmement complexes, le spectateur ne perd jamais le fil de l’action. L’exemple parfait est le combat final, entre 4 personnes. On démarre avec du 2v2 pour y intégrer à la fin une 5ème personne, sauf qu’à partir de ce moment-là, compte-tenu des circonstances du scénario, tout le monde se bat avec tout le monde. Ça devient alors un bordel à l’écran, mais un bordel ultra lisible, ultra compréhensible. Parce que Kenji Tanigaki a accordé une attention constante à la direction des mouvements, à la géographie des lieux et surtout à la circulation des corps dans l’espace. Chaque affrontement possède une logique qu’on peut facilement identifier.
 
John Wick Chapter 4
 
Il y a un autre exemple justement de cette compréhension des corps et de l’espace, notamment dans le premier grand combat, dans lequel on intègre une course-poursuite. On débute avec une confrontation relativement simple dans un marché désaffecté, puis ça se transforme progressivement en combat mobile qui utilise différents espaces, différents niveaux et différents accessoires. La scène ne cesse de se réinventer au fur et à mesure de son déroulement. Même chose pour la baston qui se déroule dans cette zone illégale avec cage de MMA au milieu. Dès les premiers plans, la mise en scène identifie les éléments qui seront exploités par la suite : la cage, les niveaux supérieurs, les espaces VIP, les couloirs périphériques. On comprend instinctivement que chacun de ces éléments jouera un rôle dans la chorégraphie à venir, avec pas mal de verticalité et des objets mis à disposition. Et cette capacité à faire évoluer une séquence d’action sans jamais rompre sa cohérence, on la retrouve dans chaque grande scène d’action, avec en plus des références à d’autres grands films. La baston dans l’usine à glaçons est évidemment une référence au big boss de Bruce Lee.
 
John Wick Chapter 4
 
CORPS & ÂMES
 
Mais ce qui distingue véritablement The Furious de tous les autres films, c’est sa compréhension du corps comme spectacle. Chaque combat est conçu comme une démonstration de virtuosité, mais qui ne repose pas uniquement sur les techniques des mouvements exécutés, mais aussi cette manière à voir ces corps se mélanger entre eux, s’empiler entre eux, aussi parce que Joe Taslim peut enfin faire parler son art martial à lui : le judo. Non seulement Joe Taslim était membre de l'équipe nationale indonésienne de judo, mais il est aussi médaillé d'or aux Championnats nationaux de judo de 2008. Et enfin, dans un film de tape, le judo est mis en avant. On sait que cet art martial n’est pas le plus spectaculaire visuellement parlant, parce qu’on est sur des prises et non des coups de savate, mais Kenji Tanigaki a su être inventif pour en faire quelque chose de jamais vu au cinéma. C'est pour cette raison que The Furious est un film majeur, qui risque de devenir une nouvelle référence, parce qu’il prouve que le cinéma d'arts martiaux n'a pas encore atteint ses limites. Il prouve que l'action peut encore évoluer, qu'il existe encore des cinéastes capables de réfléchir à la manière dont le mouvement peut raconter une histoire. Et surtout, il rappelle quelque chose d'essentiel : à l'heure des effets numériques omniprésents, il n'existe toujours rien de plus spectaculaire que le corps humain lorsqu'il est filmé par quelqu'un qui comprend réellement comment le mettre en scène.
 
John Wick Chapter 4
 
John Wick Chapter 4





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