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The Wrestler

Le 15/01/2009 à 14:09
Par
Notre avis
7 10

Drame humain et drame social, The Wrestler rend un hommage vibrant au dur métier de Catcheur, dépeint ici avec une tendresse palpable, pour ébaucher le portrait d'un homme vieillissant, blessé physiquement et intérieurement, dans toute sa complexité et sa fragilité. Si Darren Aronofsky semble avoir voulu tempérer ses fantaisies formelles, le film reste à l'instar de ses précédents porté par une volonté de pousser très loin la subjectivité pour faire vivre une expérience forte. Pourtant, le résultat n'est peut-être pas la claque attendue. Très écrit, voire hollywoodien dans son traitement des personnages, le scénario adopte un ton trop didactique et révèle un peu vite ses ficelles, ce qui n'est guère en accord avec les prétentions réalistes de l'oeuvre. Mais grâce à la virtuosité de la mise en scène, la magie Aronofsky opère et The Wrestler recèle quelques moments dotés d'une grande charge émotionnelle. Il faut dire que le personnage incarné par Mickey Rourke inspire une empathie inconditionnelle grâce à la prestation bouleversante de l'acteur qui se révèle et s'expose avec une authenticité désarmante. Un film sincère et touchant.

 


Critique The Wrestler

Darren Aronofsky est un véritable expérimentateur du cinéma. En dix ans, il n'a signé que quatre longs métrages mais chacun d'eux s'est imposé comme une expérience marquante laissant une empreinte indélébile. Depuis ses débuts, le cinéaste se renouvelle constamment et s'aventure dans des genres cinématographiques, des thématiques, des partis pris esthétiques différents. Il y a eu tout d'abord le thriller paranoïaque Pi (1998) qui révélait son talent, puis la descente aux enfers junkie de Requiem for a Dream (2000) qui le popularisait. En 2006, le cinéaste explorait avec originalité et intensité le thème du deuil dans The Fountain. Pourtant, si uniques soient-elles, toutes ces œuvres ont un point commun : pousser le plus loin possible l'expérience subjective. Avec The Wrestler, Aronofsky change une fois encore de registre en se rapprochant sensiblement du réel et signe une œuvre moins introspective que les précédentes. La première conséquence est que son style semble s'être tempéré par volonté de démocratiser le sujet abordé. Pourtant, le drame touchant qui en résulte reste mu par le même objectif que les autres films de l'auteur, nous faire ressentir de manière viscérale le point de vue d'un individu. Le pari est réussi même si l'aboutissement n'est peut-être pas aussi brillant que la rumeur le laissait supposer.

 

Critique Critique The Wrestler

 

 

Couronné à Venise et dans bon nombre de festivals, lauréat de plusieurs récompenses aux Golden Globes (notamment meilleur acteur) et bien parti pour reproduire l'exploit aux Oscars, The Wrestler esquisse le portrait de Randy (Mickey Rourke), un Catcheur vieillissant et usé qui parvient à peine à joindre les deux bouts, enchaînant les petits jobs la semaine pour se livrer le week-end à des tournois de Catch dans des centres sportifs de seconde zone. Sa vie bascule lorsqu'il fait une attaque cardiaque et que son médecin lui apprend qu'il risque de mourir s'il retourne sur le ring. Brutalement mis en face de sa solitude, il tente de renouer avec sa fille qui le rejette. Une fois n'est pas coutume, Darren Aronofsky adopte une narration quasi linéaire pour suivre le quotidien de Randy et nous faire voir le monde avec ses yeux. Multipliant les plans très rapprochés, plaçant de façon récurrente sa caméra juste derrière l'épaule de son personnage, The Wrestler tente de coller au plus près des émotions de Randy en évitant les artifices de montage. Ce parti pris fonctionne à merveille puisque le Catcheur inspire une empathie spontanée et inconditionnelle tout au long du film, dans les scènes de combat comme dans les tranches du quotidien. Il faut dire que la rencontre entre Aronofsky et Mickey Rourke fait des étincelles, puisque celui que l'on percevait encore récemment comme un acteur obsolète se révèle sous un jour entièrement nouveau - et ce même si sa prestation dans Sin City laissait déjà penser qu'il pouvait toujours créer la surprise. Cette image has been, Aronofsky l'exploite merveilleusement puisqu'elle fait partie intégrante du personnage de Randy, ancien champion qui s'accroche à son rêve et tente constamment de revivre les frissons de ses débuts. Même si l'on sait que le cinéaste mûrissait ce projet de film depuis longtemps, on croirait le rôle écrit sur mesure pour l'acteur et ancien boxeur. Mickey Rourke semble littéralement habité par son personnage et s'expose avec une sincérité désarmante, apportant énormément de nuances à ce Catcheur blessé par la vie et en quête de rédemption. Sur ce plan, la réputation du film n'était en rien surfaite.

 

Critique Critique The Wrestler

 

 

Pourtant, si l'on y regarde de plus près, The Wrestler s'appuie sur un scénario qui révèle vite ses ficelles. L'évolution des personnages et des situations s'avère en fin de compte très prévisibles, ce qui ne serait en rien dommageable si l'œuvre ne se voulait pas aussi proche du réel. Comme si Darren Aronofsky avait voulu se rapprocher d'une certaine forme de cinéma, la tranche de vie filmée de manière la plus naturelle possible, sans en accepter entièrement les implications. The Wrestler souffre d'une sorte d'inadéquation entre son parti pris formel qui cherche le réalisme à chaque instant, et le fond qui suit un cheminement trop hollywoodien. En somme, il s'agit d'un film qui joue un peu à ce qu'il n'est pas. Si cet aspect n'entame en rien l'authenticité du portrait occupant le centre de l'attention, les rapports entre Randy et les autres personnages s'en ressentent parfois quelque peu. Ainsi, les échanges avec la strip-teaseuse sonnent dans l'ensemble très justes, ne serait-ce que grâce à la belle interprétation de Marisa Tomei, mais n'évitent pas la facilité en fin de parcours. En fait, Darren Aronofsky se repose totalement sur ses talents de réalisateur et sur ses acteurs pour donner vie à des dialogues trop écrits. Et le pire, c'est qu'on a beau s'en rendre compte, la magie finit tout de même par faire son effet. On le constate lors des scènes avec Stephanie (Evan Rachel Wood), la fille de Randy, qui explicitent sans finesse les sentiments des personnages mais qui, il faut l'admettre, se chargent bel et bien d'une forte intensité émotionnelle. De même, l'insistance sur l'usure de l'homme et ses conditions de vie difficiles frôle souvent de très près le misérabilisme mais on se laisse tout de même gagner par l'empathie. Arriver à amender une base scénaristique faiblarde pour toucher aussi directement au cœur ne peut-être que l'oeuvre d'un grand metteur en scène.

 

Critique Critique The Wrestler

 

 

The Wrestler vaut aussi pour sa manière inédite de dépeindre avec un respect non feint le milieu du Catch. S'introduisant caméra à l'épaule dans les vestiaires des gymnases où Mickey Rourke côtoie de vrais catcheurs professionnels, Darren Aronofsky insuffle au moins sur ce plan à son film une touche d'authenticité frisant la dimension documentaire. Porté par une bande son rock aux accents eighties, The Wrestler rend hommage à ce sport à risques souvent méprisé pour sa qualité de pur spectacle, saisissant la complicité fraternelle entre les Catcheurs et la tension avant les matchs, tout en allant très loin dans le déballage des blessures physiques, assez éprouvant. L'hommage pourra tout de même paraître un peu trop didactique dans certaines scènes, notamment lorsque Aronofsky filme sans subtilité aucune les handicaps des Catcheurs lors de la convention. Mais la démarche respire tellement la sincérité qu'elle remporte tout de même là encore l'adhésion. Le cinéaste parvient à nous faire ressentir de manière vibrante l'amour des Catcheurs pour le spectacle, à saisir leur rapport à leur corps échappant à la compréhension du profane et relevant d'une dévotion absolue à leur discipline. A ce titre, le film atteint l'un de ses temps forts lors d'un combat d'une brutalité presque insoutenable, un flash-back monté en parallèle avec "l'après", dévoilant ainsi par avance les blessures et faisant naître chez le spectateur une véritable appréhension de la violence crade sur le point d'éclater à l'écran.

 

Critique Critique The Wrestler

 

 

The Wrestler laissera tout de même un léger arrière-goût de déception, peut-être parce qu'on en attendait trop. Mais cette nouvelle expérimentation signée Darren Aronofsky n'en demeure pas moins un film sincère et touchant qui confirme le pouvoir de la mise en scène de l'auteur, permet de découvrir l'univers méconnu des Catcheurs et révèle sous un jour totalement nouveau l'acteur Mickey Rourke. Et rien que pour la performance de ce dernier, le film mérite largement le déplacement.









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