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Cédric Klapisch "Je ne voulais pas d'un Chacun cherche son chat 2.0" interview Deux Moi

Deux ans après Ce qui nous lie, Cédric Klapisch retrouve Paris qu'il aime tant filmer, ainsi que François Civil et Ana Girardot pour Deux Moi, un conte urbain entre deux trentenaires dépressifs, repliés sur eux-même et accros aux réseaux sociaux. Un film touchant, spleenesque et drôle sur la jeunesse d'aujourd'hui. 

La sortie de Deux Moi (le 11 septembre) a été l'occasion pour nous de discuter avec le réalisateur de l'Auberge Espagnole, d'en apprendre plus sur le cinéma qu'il adore, sur sa passion pour Paris, sur ce qui le terrifie et le fait pleurer et sur la raison pour laquelle il aime tant faire courir ses acteurs.


Cinéma Français


Vous prenez toujours autant de plaisir à filmer Paris ?

Cédric Klapisch : Oui. (Rires). On discute en ce moment sur une terrasse avec vue sur Paris. Avec l'équipe, on se disait que cette journée est complètement changée juste par le fait d’être au milieu de cette vue et de cette ville. Depuis que je suis né à Paris, je me dis que j’ai de la chance. C’est un privilège de connaître cette ville.


A force vos films sont quasiment des témoignages de Paris à travers les années..

Oui c’est vrai. Le Péril Jeune, c’est les années 70 à Paris. Chacun cherche son chat, c’est une époque très précise, c’est le début du terme bobo, de la boboisation. C’était un film sur l’évolution du quartier de Bastille. Puis par la suite, j’ai toujours eu un regard sur Paris. Même dans la série 10 Pour Cent. On tenait à tourner vers le Palais Royal, au centre de Paris avec des plans de la rue de Rivoli et des images plus touristiques ou carte postale par rapport à ce que j’avais l’habitude de faire. A chaque projet, il y a un un aspect différent de Paris.

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Qu’est-ce qui vous tient le plus à cœur : le scénario ou la réalisation ? 

Pour être très honnête, je suis plus un réalisateur qu’un scénariste. Au début, j’étais vraiment un mauvais scénariste. Mais j’ai appris d’une part en côtoyant des gens comme Santiago Amigorena avec qui j’ai écrit cinq scénarios, ou Alexis Galmot. On était au lycée tous les trois ensemble. Mon premier scénario, je l’ai écrit avec Jackie Berroyer qui m’a beaucoup appris sur la notion de narration et de récit. Puis j’ai eu la chance de collaborer avec Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui sur un Air de Famille. C’était encore une étape où j’ai compris des choses sur la narration, les dialogues ou le rapport entre la structure et la dialogue. Je me sens meilleur scénariste aujourd’hui mais je sais que mon talent est de mettre en scène. Chacun cherche son chat, ce scénario avait une fille qui cherche son chat, c’est tellement basique que c’est presque un mauvais scénario. C’est la mise en scène qui rend le film intéressant. Là je vais être plus gentil sur Deux Moi car Santiago Amigorena l’a écrit avec moi, pourtant c’est encore minimaliste. Mais on a fait des progrès en narration, lui et moi. Deux Moi est à la fois simple et sophistiqué. Mais une fois encore, la stylisation du film, son esthétique, la façon de raconter l’histoire, le choix des acteurs, la mise en scène, est plus importante pour moi que le scénario.

 

Quels sont les réalisateurs qui vous impressionnent aujourd’hui ?

J’ai récemment vu Parasite de Bong Joon Ho. C’est clairement un réalisateur qui est toujours intéressant. Il y a aussi Alfonso Cuaron, Christopher Nolan, Alejandro González Iñárritu même si je n’ai pas complètement aimé ses derniers films. Ce sont des réalisateurs qui croient dans la narration et dans l’esthétique et qui mélangent les deux. Il y a vraiment quelque chose de cinématographique qui sort de leurs films.

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Vous citiez Chacun cherche son chat. On y pense en regardant Deux Moi de par la trame avec le chat de François Civil. C’était un clin d’œil volontaire ?

Au début, on refusait d'utiliser cette histoire à cause de Chacun cherche son chat. Puis on s’est dit que c’était dommage. On a fini par assumer. On s’est dit "trouvons le moyen de faire des échos intéressants entre les deux films". Chacun cherche son chat, c’était il y a 24 ans. Entre temps, Paris a vraiment changé. On n’utilise pas le chat pour les mêmes raisons. Cela nous a peu débridé.


Dans un sens, Deux Moi est votre film le plus désenchanté et spleenesque...

Oui et non. C’est un film très optimiste. Il y a de la mélancolie, ça c’est sûr, cela parle de deux personnages dépressifs et bien dépressifs. On traverse un tunnel mais il y a vraiment une lueur au bout. J’aime l’affiche du film car elle exprime bien cette dualité. Il y a un côté ciel bleu et en même temps, on voit que les personnages ne vont pas bien.

 

Qu’est ce qui a provoqué Deux Moi ?

J’avais envie de faire un film sur le Paris d’aujourd’hui. Paris a beaucoup changé et cela faisait un moment que je n’avais pas filmé ma ville. Puis je cherchais un film simple sur deux célibataires à l’heure des réseaux sociaux. Est-ce que la solitude est la même qu’avant ? Est-ce que l’usage d’internet et des réseaux sociaux fabrique du lien social ?


Avez-vous un film culte dont vous ne vous lassez jamais ? Quel est le film qui vous a donné envie de devenir réalisateur ?

Il y en a évidemment plusieurs. De plus j’ai collaboré à la création de la cinematheque.com, la plateforme qui permet de voir des vieux films. J’ai eu le temps de revisiter les films qui étaient importants pour moi. Je me suis rendu compte que quand on vous demande quels sont les 50 films qui comptent pour vous, il y en a une bonne dizaine qui sont ceux que l’on voit quand on a 15 ans. C’est peut-être les premiers que l’on découvre seul sans ses parents. Pour moi, il y a Amacord (Frederico Fellini), les Valseuses (Bertrand Blier), Vol au-dessus d’un nid de coucou (Milos Forman), les Septs Samouraïs (Akira Kuriosawa), Annie Hall (Woody Allen). Tous ces films avec leur diversité ont énormément compté pour moi. Milos Forman avec Vol au-dessus d’un nid de coucou peut-être encore plus que les autres. C’est un film qui est politique, c’est une comédie, c’est un drame, c’est tragique et cela met en joie. On rit, on pleure. J’adore que l’on ressorte d’une salle de cinéma en se demandant ce qu’il s’est passé. C’est ce que j’ai cherché à faire avec Deux Moi. Je voulais un film qui fasse rire et pleurer. 


Quel chef d’œuvre présumé n’avez-vous jamais compris ?

India Song (de Marguerite Duras, 1975). Je n’ai jamais compris ce film. Il ne fonctionne pas sur moi. A sa sortie, je m’étais dit 'je ne comprends pas' mais je voyais des gens plus intellos que moi déclaraient qu’ils adoraient. Je me dis 'ok je ne suis pas assez intello'. Puis avec les années je l’ai revu et je comprends encore moins. On en parle quand même moins aujourd’hui qu’à l’époque où c’était le film qu’il fallait avoir vu. C’est marrant comment le temps fabrique une hiérarchie différente. Je me souviens que Peau d’Âne ou les Demoiselles de Rochefort étaient catalogués comme des films pour enfants. Ils avaient été un peu ridiculisés. Alors qu’avec le temps, ils ont bien mieux tenu que d’autres. La hiérarchie que l’on met sur les grands films bouge avec le temps.


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Dans la plupart de vos films,  il y a une scène où quelqu’un court. Y a –t-il une scène de course au cinéma qui vous a plus marqué qu’une autre ?

Oui. Une scène avec Steve McQueen dans Bullitt. McQueen courait tout le temps. Trintignant aussi à une époque. J’aime les scènes de course. J’ai fait de l’athlétisme plus jeune. Je courrais le 100 mètres. J’aimais courir. Si j’ai beaucoup fait courir Romain Duris dans mes films, c’est parce que j’aime la course. J’aime ce que cela indique. Cela m’ait parfois arrivé de ne pas prendre des acteurs dans un de mes films parce qu’ils ne savaient pas courir. Il y a des gens que l’on ne peut pas filmer en train de courir. On dirait des canards. Ils peuvent avoir une beauté plastique mais quand vous les faites courir, ce n’est pas filmable. C’est atroce. Quand un acteur court bien, il y a quelque chose qui s’imprime dans le mouvement qui est autre chose que la beauté plastique et que j’adore filmer.

C’est vrai que Romain Duris court très bien et continue de courir dans d’autres films que les vôtres.

Oui. Il court très bien.


Il vous manque Tom Cruise dans votre palmarès en fait ?

Oui (rires).
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Quel est votre film préféré sur Paris ?

Il y en a plein. Tous les films période Marcel Carné ou Renoir que j’adore. Je ne pourrais même pas choisir. La Nouvelle Vague a particulièrement bien filmé Paris. Mon choix se porterait entre Truffaut et Godard. J’adore les Quatre Cents Coups même si ce n’est pas qu’à Paris. J’adore A bout De Souffle. Dans ces deux films, il y a une manière de filmer Paris qui est très réussie.


Quel film vous fait pleurer à chaque fois ?

Ceux de Douglas Sirk. Tous ses films sont des mélo et sont destinés à faire pleurer. C’est le champion toutes catégories. Si je dois citer un film, je dirais Le Mirage de la Vie, Imitation Of Life (1959 avec Lana Turner).


Quel film vous a terrifié ? 

J’en ai pas vu beaucoup de films d'horreur car je n’aime pas ça ! Après 2-3, j’ai compris que ce n’était pas pour moi. Mais je peux citer Poltergeist (Tobe Hooper) et L'Exorciste (William Friedkin). Mais je n’aime pas avoir peur au cinéma.


Avec quel réalisateur rêveriez-vous de discuter ?

J’ai eu la chance l’année dernière à Cannes d’être parmi 5 réalisateurs à parler avec Martin Scorsese. J’avoue que j’aurai bien voulu continuer (rires). C’est quelqu’un de tellement monumental. Il a traversé plein de choses, il a fait des films, des comédies, je lui ai posé des questions sur le côté cauchemardesque de la Valse des Pantins et de After Hours. Il a répondu « Moi je pensais que c’était une comédie, mais les gens ont vécu ça comme un cauchemar ». Cela me fait super rire et je comprends que l’on perçoit ça comme un cauchemar. C’est ce qui est intéressant avec son cinéma. Scorsese parle admirablement bien du cinéma et on a très envie de le faire parler.

 

 La dernière série que vous avez binge-watché, c'était laquelle ?

Je viens de voir le premier épisode de Years and Years et j’ai très envie de vous quitter pour voir la suite (Rires).

 


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Par Olivier Portnoi Réagir


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