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The Art Of Television saison 2 : dans la tête de Michel Gondry, Judd Apatow, Barry Levinson.. interview

La passionnante saison 2 de The Art Of Television est actuellement disponible sur OCS.

 

La journaliste Charlotte Blum y expose avec réussite les coulisses des séries télés en allant à la rencontre de ceux qui sont dans l'ombre et qui transposent la magie sur nos écrans, qu'ils soient showrunners ou réalisateurs.

 

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Au sommaire des quatre épisodes de cette saison 2, Judd Apatow (40 ans, toujours puceau, Girls, Love, Crashing, Freaks and Geeks), Vincenzo Natali (réalisateur de The Cube, et de nombreux épisodes de Hannibal, American Gods Westworld), le français Michel Gondry (Eternal Sunshine of the Spotless Mind, Kidding) et Barry Levinson (réalisateur, scénariste, producteur à qui l'on doit Rain Man mais aussi Homicide et Oz).

 

4 portraits intimistes absolument passionnants, émouvants, enrichissants et parfois drôles.
 
On a pu poser quelques questions à Charlotte Blum.
 

 

"Le showrunner est le patron. C’est une forme de chef d’orchestre. C’est celui qui va décider de tout jusque dans les moindres détails."

 

Qu’est ce qu’un showrunner ? Quelle définition donnerais-tu à cette fonction finalement assez récente mais devenue essentielle dans la série télé actuelle ?
Charlotte Blum : Globalement, le showrunner est le patron. C’est une forme de chef d’orchestre. C’est celui qui va décider de tout jusque dans les moindres détails. Ce sont souvent des maniaques. C’est à dire qu’un showrunner peut décider de la musique dans une scène très précise, il choisit le cast, les réals, les scénaristes, il négocie avec les chaînes, les producteurs. Tu peux avoir 15 producteurs sur une série mais il n’y a qu’un showrunner. Le showrunner c’est lui qui décidera s’il faut te prendre ou te virer. C’est aussi lui qui se fera démonter par la chaîne si la série ne prend pas. C’est un métier qui a une quinzaine d’années maintenant.

 

Qui a été le premier showrunner marquant ?
Je dirais David Chase (Les Soprano). Il a été une figure de proue qui faisait peur à tout le monde. Ce statut de showrunner a un peu changé depuis. On va aujourd'hui laisser de jeunes auteurs devenir des showrunners et créateurs de leur série. Lena Dunham (Girls) était showrunneuse, Issa Rae (Insecure) aussi. Au début, c’était un métier qui faisait peur. Le showrunner c’était le grand patron homme blanc. Maintenant c’est n’importe qui qui a une super idée de série et qui porte la responsabilité de son projet.

 

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Dans tes interviews pour The Art Of Television, on constate que même les réalisateurs qui ont un nom travaillent au service du showrunner. On le voit avec Vincenzo Natali (réalisateur de The Cube qui a entre autre travaillé avec Bryan Fuller sur Hannibal et American Gods)

Comme je le disais, le showrunner est le boss. Les réalisateurs sont là pour donner vie à sa vision. Le showrunner est un visionnaire. Il a une vision très précise de ce qu’il veut. Quand tu es showrunner, il faut être capable de communiquer tes envies. Mais parfois des binômes se créent. Comme entre Vincenzo et Bryan Fuller. Même si Vincenzo explique que Bryan Fuller c’est le patron, en vérité , ils sont un binome. Il y en a d’autres. Comme Alan Taylor qui était sur les Soprano avec David Chase ou encore Tim Van Patten avec Terence Winter sur Boardwalk Empire. Dans certains cas, ton patron peut devenir ton meilleur allié.

Le concept de showrunner existe-t-il en France ?
Eric Rochant peut-être considéré comme un showrunner sur Le Bureau des légendes. Ou Fanny Herrero pour Dix Pour Cent même si je ne crois pas qu’elle utilisait ce terme. Showrunner n’est pas un terme que l’on ose trop utiliser en France. Rochant, si je ne dis pas de bêtise, a été envoyé sur le tournage de Bloodline des frères Kessler afin qu’il apprenne ce métier. Fanny Herrero se dit directrice de collection et directrice d’écriture. Mais elle a chapeauté intégralement les 3 saisons de Dix Pour Cent. C’est la définition d’une showrunneuse. Il est difficile quand ce n’est pas dans notre culture de dire qu'il y a une personne qui va tout gérer et qui sera au dessus des réalisateurs. En France, c’est vu comme une hérésie de mettre quelqu’un au dessus du réal. Dans la mentalité française, c’est compliqué. On est le pays du réal. Pourtant si on veut être au niveau des américains, pourquoi ne pas s'inspirer de ce modèle qui n'a plus à faire ses preuves ?

 

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Comment a-tu choisi tes intervenants pour cette saison 2 de The Art Of Television ?
On fait une "A-list" qui était longue parce que l’on savait que l’on aurait de nombreux refus. Vincenzo Natali, on le voulait déjà sur la saison 1. Judd Apatow, c’était un rêve et on pensait que jamais cela ne serait possible. On a mis neuf mois à l’avoir. Cela a été un vrai parcours du combattant. En France, on le voit comme Apatow le réalisateur de 40 ans toujours puceau. Aux Etats-Unis, c’est le producteur de comédie le plus puissant. Il a 15 projets en même temps, il est vénéré là bas. On ne prend pas conscience de l’ampleur de ce qu’il représente chez lui. Du coup, il n’est jamais dispo. Et après l’avoir rencontré, j’ai le sentiment que quand il accepte quelque chose c’est pour le faire bien. Il est humain et absolument sincère et authentique tout en étant quelqu’un d’Hollywood. Pour Barry Levinson... quand tu regardes les 4 épisodes d’une saison, il ne faut jamais entendre deux fois la même histoire. Il nous fallait un master. Le boss de la fin comme dans un jeu vidéo. C’est Barry Levinson pour moi. Il a à la fois décroché des Oscars au cinéma et a complètement déconstruit l’audiovisuel en faisant Homicide qui a fait l'effet d'une bombe. Alors que son parcours cinéma est très classieux et traditionnel, en série il a été expérimentateur.

 

Concernant Michel Gondry, tout le monde rêve de le rencontrer pour avoir grandi avec lui. Que l'on puisse intégrer un français dans cette saison était magique. C’est un vrai artiste. Un vrai mec de l’imaginaire. Quand tu voies une oeuvre de Gondry, tu te demandes toujours comment elle peut exister. Tu vois que c’est le bordel, que c’est improbable. Mais cela fonctionne. J’avais cette curiosité de savoir comment il réfléchit, comme il travaille, comment il s’intègre dans une équipe américaine de série. Ils sont rares les artistes comme lui. Tu sens qu’il a halluciné devant le fonctionnement d’une série américaine. C’est l’épisode qui raconte le mieux la vison du spectateur français face à la machine US.

 

Il n'y a pas de femmes par contre...
C'est mon grand regret... On voulait des femmes mais on n’en a pas eu. On en a contacté 12. C’est beaucoup. Il y en a pas tant qui sont passées de cinéastes à la série télé. C’est assez dramatique. Pour 100 hommes, il y a 10 femmes. On les a toutes contactées et on a eu soit des non, soit pas de réponses. J’essaie de comprendre pourquoi car cela me blesse beaucoup. Je travaille avec une cadreuse et une monteuse, on est une équipe majoritairement féminine, et je leur expliquais dans mes mails que c’était important pour moi de les rencontrer. Je ne peux pas continuer à ne faire parler que les hommes même si j’adore ceux que l’on a rencontrés. Dans la saison 1, j’avais eu 2 femmes sur les 6 invités.

 

Peut-être pour une saison 3…
Non, je crois que l’on va arrêter là. Il y a deux raisons qui me feraient faire une saison 3. Que cela soit une saison 100% féminine ou une saison 3 100% David Lynch. C’est la personne qui me fascine la plus depuis toujours. Je travaille dessus depuis deux ans mais bon, c’est très compliqué de pouvoir décrocher une rencontre.

 

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Vous êtes allés chez Judd Apatow pour son interview ?
On a été invité dans ses bureaux à Los Angeles. Pendant 9 mois, on lui a couru après. On est même allés à New York pour se rendre compte sur place que l’interview ne se ferait pas et que tout le monde nous avait oubliés. Puis un dimanche soir, tu es à Paris et on te dit c’est mardi à Los Angeles. On a tout lâché pour partir 12 heures à Los Angeles afin de le rencontrer une heure et demie. On a eu rendez-vous dans son bureau. Il est tellement cool qu’il nous a laissés l’accès à son bureau et nous a permis de tout déménager pour notre cadre. Une fois que tu es sur place, il s'en fout quand ty dépasses l'horaire.


Qui a été le plus impressionnant ?
Michel Gondry Parce qu’il a formaté ma façon de réfléchir au cinéma. J’avais l’impression de rencontrer un monument. Il n'est pas facile. Ce n’est pas à la ricaine où on se tape dans le dos. C’est tout le contraire. Il ne parle jamais pour dire quelque chose d’inutile. Il réfléchit à tout ce qu’il dit. C’est une autre forme d’interview. Il est super occupé. C’est le seul où je me suis dit il me fait un cadeau. Les américains sont habitués à faire constamment de la promo. Michel Gondry n’était pas obligé de le faire. Il était de passage en France entre deux tournages. Sa parole est finalement assez rare. Surtout pour un documentaire d'autant plus que lui en fait. On avait tous dans l’équipe un de ses films en tête quand il était là.

 

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Pour toi, c’était quel film de Gondry ?
The We and The I. Tout le monde cite The Eternal Sunshine and The Spotless Mind, mais celui que je regarde le plus souvent est Be Kind Rewind. Mon préféré est The We and The I.

En plus de The Art Of Television, tu as une émission hebdomadaire sur OCS…
Oui une émission de 15 minutes toutes les semaines qui traite des séries. Je l’anime depuis 7 ans. Elle a changé de forme depuis l’année dernière. Désormais, elle est surtout constituée de longs entretiens. On essaie pendant 15 minutes de rester avec quelqu’un afin d’approfondir son travail. Quand on a Thandie Newton de Westworld ou Stephen Dorff pour True Detective, cela nous permet de faire des interviews plus poussées que des formats courts.

Tu animes aussi des masterclass ?
Oui. C’est OCS qui m’a mis le pied à l’étrier en m’imposant littéralement Lena Dunham un jour. J’ai été en panique au premier d’abord mais cela s’est avéré être une expérience géniale. Cela te fait vivre des moments vraiment dingues. Je me souviens de celle avec Marti Noxon à Series Mania où l’on était toutes les deux au bord des larmes. Là je vais faire Kyle MacLachlan et je pense perdre tous mes moyens tellement je suis fan de lui et de Twin Peaks (rires).

 

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Quelles ont été tes séries coups de coeur cette année ?
The Virtues, la nouvelle série de Shane Meadows que j’ai vu à Series Mania. Elle traite d'un alcoolique en rédemption joué par Steven Graham, un acteur tellement sous estimé (Boardwalk Empire, Rocketman, This Is England). Cette série’est une claque dans la gueule. Vraiment. Mais mon gros gros choc de cette année a été Miraculo qui est passée sur Arte et a gagné le prix de la meilleure série l’année dernière à Series Mania. Cette série de 8 épisodes est extraordinaire. Je ne vois pas qui pourrait faire mieux cette année même si j’attends énormément Watchmen de Damon Lindeloff pour HBO.

 

Maintenant que Game Of Thrones est fini, que va-t-on pouvoir regarder ?
The Handmaid’s Tale. La saison 3 arrive début juin. Il y a aussi la saison 2 de Big Little Lies puis il y a de The Righteous Gemstones, la nouvelle série HBO de Danny McBride sur des prédicateurs avec aussi John Goodman. On dirait une série des frères Coen.

Retrouvez The Art Of Television sur OCS.


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Par Olivier Portnoi Réagir


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