Dexter : Saison 2
Le 03/10/2007 à 19:15Par Thierry Cuirot
Véritable surprise sortie des ondes restreintes d'une chaine câblée américaine (Showtime), la série « Dexter » nous a fait découvrir dans sa saison 1 le « gentil » héros le plus ambigu et le plus improbable qui soit. Ce cher Dexter cumule en effet les ambivalences : policier et serial killer, gentil et insensible, serviable et égoïste, fort et fragile, victime et bourreau, héros et antihéros. En totale osmose avec son personnage principal, c'est toute la série, à commencer par le générique, qui montre à merveille un univers tout en faux semblants avec Miami pour toile de fond. Dans le générique donc, une succession d'images violentes suggestives ne montre qu'un vulgaire déjeuner tandis que le ballet artistique et gracieux d'une lame cache un meurtre de sang froid. La seule constante dans cette première saison, c'est la jubilation du spectateur à accompagner les tribulations diurnes et nocturnes de Morgan Dexter. Parce qu'on l'aime, ce cher Dexter, ange exterminateur des temps nouveaux qui assouvi sa soif de sang en débarrassant la terre de ceux qui ne méritent pas de vivre.
On l'aime d'autant plus que finalement, narration à la première personne aidant, on finit rapidement par s'identifier au personnage remarquablement interprété par Michael C. Hall (Six feet under). L'épilogue de la première année levait le voile sur l'origine du « mal » dont souffre notre héros, révélant son statut de victime même au moment de commettre l'inconcevable : tuer son frère de sang.
Au-delà de la propension de la chaine Showtime à trouver des thèmes qui violent certains tabous de l'Amérique puritaine (Weeds, The L Word, Californication, etc.), Dexter n'est pas que l'histoire d'un policier serial killer. Loin d'être décadente ou inconvenante, cette nouvelle série jette un regard lucide sur l'âme humaine sans tomber dans le grandiloquent et pose ouvertement des questions d'actualités auxquelles elle répond à sa façon. Faut-il se fier aux apparences ? Ou commence la moralité ? Qui sommes nous vraiment ? Qu'est-ce qui fait ce que nous sommes ?
La narration se révèle aussi humoristique que poétique, parfois en complet décalage avec les images, évitant l'interprétation au premier degré. La mise en scène sans faille est magnifiquement servie par une photo très colorée, souvent de rouge ... sang. Composée par Rolfe Kent (Serial noceur), la musique latino, chaude comme une cubaine qui danse la salsa, contribue à désamorcer tout sentiment néfaste. Du grand art. Au point d'attendre la saison 2 avec une impatience non dissimulée.
« Je ne suis pas humain »
Marqué par la mort de la seule personne de qui il n'avait pas à se cacher, Morgan Dexter voit progressivement sa vie bien ordonnée lui échapper. Sa sœur met à mal son besoin de solitude en s'installant chez lui, un collègue soupçonneux l'empêche d'œuvrer pour le bien de l'humanité, sa petite amie trouve des brèches dans sa carapace, la police découvre son cimetière marin et, pire que tout, il devient incapable de tuer à nouveau. Le spectre de son frère, mort de ses propres mains, devient un fardeau dont il faudra faire le deuil pour s'en débarrasser. Quand Dexter souffre, on souffre avec lui. Et c'est là toute la force du show. La narration toujours aussi lyrique met en exergue les états d'âme du tueur en proie au doute, peut-être même à la peur alors qu'on le pensait insensible à toute émotion. Contrairement à ce qu'il prétend, Dexter serait-il finalement humain ?
« Suis-je une bonne personne qui fait le mal, ou une mauvaise personne qui fait le bien ? »
Reprenant tous les ingrédients qui firent le succès des 12 premiers épisodes, la seconde saison casse le rythme meurtrier sans rien concéder à son ton sanguinaire et recentre absolument toute l'intrigue sur Dexter lui-même. On attend malgré tout avec impatience l'arrivée annoncée de Jaime Murray (la fille de Bill) dans le rôle d'un personnage qui semble avoir tous les atouts pour perturber encore un peu plus ce cher Dexter.
Casting irréprochable, interprétation toute en nuance, écriture délicieuse, mise en scène efficace, intrigue solidement ficelée, rien ne manque à Dexter pour rencontrer le succès qu'elle mérite. La première saison a été la révélation de l'année dernière. Gageons que la saison 2 n'aura rien à lui envier.
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