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The Grandmaster : la critique du film

Le 15/04/2013 à 10:00
Par
Notre avis
8 10

The Grandmaster marque le retour en grande pompe de Wong Kar Wai. Plus qu'un biopic sur Ip Man, il signe un portrait de la Chine dans une mise en scène impeccable et d'un esthétisme époustouflant, ponctué de scènes de combat étourdissantes. Seulement, en hissant son cinéma à son apogée esthétique, il noie son histoire et oublie de l'accompagner d'une charge émotionnelle. Découvrez ci-dessous la critique de The Grandmaster de Wong Kar Wai.


Critique  : The Grandmaster de Wong Kar Wai

Le retour de Wong Kar Wai était attendu avec impatience. Après les très réussis In The Mood for Love et 2046 et sa malheureuse escapade américaine pour l'insipide My BlueBerry Nights, son projet de réaliser un film sur le maître du Kung-fu, Ip Man, provoquait les spéculations les plus folles. La genèse du film est étonnante et témoigne des ambitions du réalisateur : six ans de préparation et trois ans de tournage. Une préparation titanesque pour un film hors du commun ?

 

Wong Kar Wai a déjà témoigné de son enthousiasme pour le kung-fu dans un précédent film Les Cendres du temps. Ses qualités n'ont cessé d'être vantées au fil de ses films. On le sait virtuose quand il s'agit de mettre en scène la mélancolie, on le sait en mesure d'irradier chaque plan d'une beauté crépusculaire et sa mise en scène frôle la perfection. Le voir à la tête d'un film sur le kung-fu a de quoi enthousiasmer. Ne nous y trompons cependant pas : The Grandmaster n'est pas uniquement un film de kung-fu. 

 

BIEN PLUS QU'UN BIOPIC

 

En s'interéssant à la vie d'Ip Man, maître légendaire de Wing Chun (l'un des divers styles de kung-fu) et futur mentor de Bruce Lee,  Wong Kar Waï nous livre, un film sur le kung-fu, sur sa pensée, ses enseignements et sur ses différentes techniques. Mais en suivant son histoire, des années 1930 jusqu'au début des années 50, c'est également la Chine que Wong Kar Way filme. Le destin du héros se confond avec celui de son pays. Alors qu'il mène une vie fastueuse dans le sud de la Chine en 1936, lui permettant de se consacrer entièrement à son art, Ip Man voit sa vie bouleversée par l'occupation japonaise qui plonge le pays dans le chaos et le contraindra, en raison de ses appartenances à un parti nationaliste, à s'installer à Hong-Kong.

 

Wong Kar Wai ne s'intéresse pas uniquement à Ip Man. Il suit également les parcours et les destinées d'autres personnalités comme Gong Er, maître du style Ba Gua ou encore La Lame, maître du Ba Ji. A travers ces personnages, c'est un âge d'or du kung-fu qu'il entend montrer, une époque révolue, un univers disparu. On retrouve l'un des leitmotivs du réalisateur : montrer l'empreinte du temps sur les destinées et la disparition de mondes. Son film emprunte aux codes des films chorales. Les personnages évoluent dans des univers repliés sur eux-mêmes. S'ils se croisent, ils restent éperdument seuls. En filmant cette période charnière de l'histoire de son pays, Wong Kar Way dresse le portrait de la Chine.

 

The Grandmaster

 

VIRTUOSE DE L'ACTION

 

The Grand Master est également l'occasion de revoir sous la caméra de Wong Kar Wai des acteurs déjà vus dans ses précédents films : Tony Leung Chiu Wai dont c'est ici la septième collaboration avec le réalisateur chinois, Zhang Zihi et Chang Chen. On ne peut que saluer et être époustouflé par le travail mené par ces acteurs. Le réalisateur a souhaité que les scènes de combat soient vraisemblables et témoignent d'une parfaite maîtrise des arts martiaux. Les acteurs ont ainsi dû s'entraîner pendant plusieurs mois. Le résultat est à la hauteur des efforts engagés. The Grandmaster émerveille par ses scènes de combat. Les chorégraphies signées Yuen Wo Ping (Matrix, Kill Bill, Tigres et dragons) sont époustouflantes. Le réalisateur devient virtuose. Elles sont parfaitement rythmées – entrecoupées de ralentis en gros plans sur d'infimes détails (la pluie, la poussière, etc) et d'accélérations judicieuses-. Quatre combats parsèment le récit. Tous mués par des motivations différentes. Première scène : un portail se ferme – préfiguration d'un monde qui se replie – sur une cour, alors qu'une pluie battante s'abat sur Ip Man (on retrouve la poésie de la pluie d'In the Mood for love). Le ballet commence. Cette scène d'ouverture nous plonge dans une ambiance particulière. L'image, composée de teintes jaunes et de noirs subjugués ,accompagnée d'une lumière scintillante ,est particulièrement impressionnante. Rien n'a été laissé au hasard. Tous les plans, les mouvements et la composition des cadres témoignent d'une parfaite maîtrise du réalisateur.

 

The Grandmaster

 

The Grandmaster mérite définitivement d'être vu pour ses scènes d'actions. Si la première est une démonstration de force du réalisateur mais aussi du personnage d'Ip Man, les autres sauront également séduire le spectateur. Wong Kar Wai excelle lors de la scène de la gare (voir ci-dessous). Enfin, celle qui réunit Tony Leung et Zhang Zihi se transforme en une parade amoureuse, faite de champ-contrechamp qui laisse entrevoir quelques émotions.

 


TECHNIQUE OU ESTHETISANT ?

 

Nul ne doutera du savoir-faire technique de Wong Kar Wai. Nul reproche à faire sur la qualité de la photographie à la hauteur de la grammaire développée par le réalisateur, ni sur les costumes particulièrement soignés. Dans ces domaines, Wong Kar Wai atteint la perfection. The Grandmaster n'en reste toutefois pas exempt de défauts,  loin de là.

 

Peut-être trop esthétisant, The GrandMaster a-t-il mis l'émotion de côté ? En voulant embrasser vingt ans d'histoire de son pays, suivre plusieurs personnages et expliquer les différences entre chaque école de kung-fu, il finit par nous perdre. Le réalisateur charge son récit d'éléments didactiques qui nous assomment. Les émotions sont rares, trop rares pour nous convaincre. On est presque surpris d'entendre, en conclusion du film, les confessions de Gong Er à Ip Man tant la relation entre ces deux personnages manquait de substance.

 

Il ne parvient pas à renouer avec ce qui avait fait le succès d'In the Mood for love. Si l'arrivée de l'actrice Zhang Zihi permet de donner de l'air au récit et apporte une touche féminine, on sent que le réalisateur s'englue dans son récit. En abordant le conflit sino-japonais et les idéaux politiques de ces protagonistes, le réalisateur alourdit son propos. A trop vouloir nous en mettre plein la vue, il oublie nos émotions. L'histoire devient bancale et oscille entre une histoire d'amour (à laquelle nous ne pouvons croire), un souhait de vengeance, un film d'action (pour le coup, c'est réussi), un récit historique et une réflexion sur les traditions et leur transmission. Trop de genres pour un seul film ? Malheur à qui a les yeux fixés sur deux chemins...

 

 

The Grandmaster


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