Insidious : L’Invasion du Lointain - critique d’un train fantôme qui déraille
Le 19/08/2026 à 13:17Par Pierre Champleboux
Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce sixième Insidious ne fait pas dans la dentelle : c’est de très loin l’épisode le plus fou et le plus spectaculaire de la saga, avec de vraies idées de mise en scène et un scénario qui ose faire débarquer les créatures du Lointain en masse dans le monde réel. Le problème, c’est que cet élan de générosité écrase tout le reste : à force d’empiler les délires, le film oublie de faire peur, et son scénario multiplie les décisions absurdes qui auront tendance à régulièrement sortir le spectateur de la séance, cherchant désespérément à comprendre pourquoi tel ou tel personnage agit de la sorte. Reste une tentative culottée de sortir la franchise de sa routine intimiste… et rien que pour ça, on ne va pas complètement bouder notre plaisir.
Quinze ans après le premier film de James Wan, la saga Insidious remet le couvert avec L’Invasion du Lointain (Out of the Further en VO), en salle le 19 août. Et sur le papier, le programme a de quoi intriguer : cette fois, fini les allers-retours feutrés dans le plan astral. Les habitants du Lointain ont décidé de venir nous rendre visite, bien déterminés à entrer dans le monde réel… et à y rester.
Alors autant prévenir d’emblée les habitués de la franchise : ce sixième chapitre n’a pas grand-chose à voir avec le style discret et volontairement old school des épisodes précédents. Ici, on lâche littéralement les démons dans le salon, provoquant un zbeul à côté duquel les dégâts causés par les fêtards de Projet X passeraient pour du pipi de chat.
LE LOINTAIN SORT DE SES GONDS
Commençons par ce qui fonctionne, parce qu’il y a de quoi faire.
L’Invasion du Lointain est sans discussion possible le Insidious le plus zinzin de la saga, et il assume son grain de folie avec une gourmandise qui rappelle par moments la folie du Malignant de James Wan : même goût du bis décomplexé, même plaisir à envoyer valser le sérieux du cahier des charges horrifique moderne. Quand on connaît la retenue relative des cinq films précédents, la surprise est totale.
Le film aligne ainsi quelques idées de mise en scène franchement réussies, avec une mention toute particulière pour la scène de la cabane de coussins : la fille de l’héroïne construit un fort de fortune dans le salon, sa mère se penche à l’intérieur… et se retrouve à ramper dans d’interminables tunnels molletonnés, comprimée entre des parois souples, quasiment en vue subjective. Simple, ludique, étouffant : c’est le genre de trouvaille qu’on retient longtemps après la séance, et de loin LA séquence qui risque de provoquer quelques cauchemars post-traumatiques chez les spectateurs les plus sujets à la claustrophobie.
On a aussi beaucoup aimé le concept des Acolytes, ces humains cradingues qui vouent un culte aux démons et gravitent autour de la menace principale. Le film s’amuse d’ailleurs avec eux jusque dans les détails les plus improbables (on n’en dira pas plus, mais ceux qui rechignent à aller chez le dentiste et les phobiques de la "roulette" sont prévenus).
Quant au climax, c’est du jamais vu dans la saga : une véritable invasion de créatures qui transforme la maison familiale en grand huit démoniaque, quelque part entre un train fantôme bien vnr et une resucée de Gremlins version démons. C’est spectaculaire, c’est généreux, c’est complètement barré et c’est du jamais vu dans la saga Insidious.
UN TRAIN FANTÔME SANS FRISSONS
Alors où est le problème ? D’abord dans une évidence embêtante pour un Insidious : on n’a pas eu peur.
Pas une seule fois nous n’avons ressenti cette bonne vieille trouille que la saga savait si bien distiller, ce nœud au ventre qui nous faisait redouter le moindre coin d’ombre.
En ouvrant grand les portes du Lointain, le film sacrifie ce qui faisait sa force : le mystère. Des démons partout, c’est impressionnant… mais c’est aussi beaucoup moins effrayant qu’un démon entrevu au bout d’un couloir obscur.
Ensuite, et surtout, le scénario fait souvent n’importe quoi. Les personnages enchaînent les décisions absurdes au point de nous sortir régulièrement du film pour nous poser des questions qui n’ont rien à faire là.
Petit exemple sans trop divulgâcher : le compagnon de l’héroïne est policier, il se retrouve confronté à des événements d’une gravité assez phénoménale… et n’envisage pas une seconde de prévenir qui que ce soit, préférant gérer la situation avec des méthodes qui feraient bondir n’importe quel flic.
Et quand le fait est que quand on passe une partie de la séance à se demander "mais pourquoi il fait ça, lui ?", c’est que quelque chose coince dans l’écriture.
Enfin, cette surenchère permanente finit par ressembler à une liste de fantasmes de fan cochée case après case : "et si les monstres sortaient pour de vrai ?", "et s’il y en avait plein, partout ?", "et s’ils envahissaient la maison ?"…
Chaque idée, prise séparément, est amusante. Mais mises bout à bout, elles donnent moins l’impression de regarder un film d’horreur que de traverser une attraction à la période d’Halloween, aussi divertissante soit-elle.
On était venu voir un long-métrage qui fait peur, mais on a parfois eu la sensation qu’on nous servait un film destiné à alimenter la prochaine maison hantée Insidious des "Halloween Horror Nights" des parcs Universal.
Faut-il pour autant jeter cet Insidious sous le bus ? Clairement : non. Malgré ses grosses failles d’écriture et son incapacité à faire réellement monter le trouillomètre, L’Invasion du Lointain a le mérite de tenter quelque chose : bousculer une franchise qui tournait en rond dans son registre intimiste et l’emmener vers un spectacle plus fou, plus grand, plus bis. Le résultat est bancal, souvent frustrant, parfois réjouissant, mais il a le bon goût de ne ressembler à aucun autre épisode de la saga. Et dans une série qui en est à son sixième chapitre, ça change. Maintenant, il ne reste plus qu’à retrouver la peur.
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