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Spider-Man Brand New Day : critique d'un comic book grandeur nature

Le 28/07/2026 à 22:12
Par
Notre avis
7 10

Avec Brand New Day, le Spider-Man de Tom Holland retrouve enfin l'énergie brute des comics dont il est tiré. Destin Daniel Cretton signe des séquences de voltige parmi les plus grisantes de la saga et le duo formé par le Tisseur et le Punisher fonctionne du tonnerre. Les trente à quarante premières minutes de ce quatrième opus comptent probablement parmi ce que l'ère MCU/Holland a produit de mieux. Dommage que le scénario laisse ensuite plusieurs de ses excellentes idées en plan : mutation arachnéenne expédiée, quelques scènes qui ne tiennent pas franchement debout et un dénouement trop facile empêchent le film de viser plus haut. Reste un très bon moment de cinéma super-héroïque, et surtout le premier vrai film « solo » (ou presque) de ce Spider-Man. 


Films de Super Héros
 

À la fin de Spider-Man: No Way Home, Peter Parker prenait la décision la plus douloureuse de sa jeune existence : demander à Doctor Strange d'effacer son identité de la mémoire du monde entier pour protéger ceux qu'il aime. Brand New Day reprend l'histoire une poignée d’années plus tard, et le constat pique. Spider-Man n'a jamais été aussi populaire auprès des New-Yorkais. Peter Parker, lui, n'existe plus pour personne. MJ et Ned ont refait leur vie sans lui, Tante May est morte, et les mentors d'hier, de Tony Stark à Doctor Strange, ne sont plus dans les parages.


C'est dans ce contexte que débarque une menace d'un genre nouveau : une force invisible capable de sauter d'un esprit à l'autre et de contrôler plusieurs personnes à la fois. Un adversaire que Spider-Man ne peut ni frapper ni poursuivre, au moment précis où son propre corps se met à évoluer d'une manière qu'il ne comprend pas. Pour orchestrer tout ça, Destin Daniel Cretton (Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux) succède à Jon Watts derrière la caméra. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le changement se voit à l'écran.

 

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SEUL SUR SA TOILE

 

La plus grande réussite de Brand New Day tient en une sensation : pendant ses trente à quarante premières minutes, on a réellement l'impression d'ouvrir un numéro de Spider-Man déniché chez le marchand de journaux, à la grande époque où c’était grâce à nos bonnes vieilles maisons de la presse qu’on pouvait, chaque mois, découvrir de nouvelles aventures des héros Marvel dans Strange, Nova, et tout le tralala. 

 

Et comme ça arrivait souvent à l’époque, on ne nous prend pas forcément par la main pour tout nous expliquer, et c’est tant mieux : on arrive au milieu d'une continuité déjà bien remplie. 

 

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Des super-vilains débarquent sans qu'on nous déroule leur CV, des aventures passées sont évoquées au détour d'un dialogue sans jamais être montrées, et le film assume tranquillement l'idée que Spider-Man a continué à vivre pendant qu'on ne le regardait pas. 

 

Aucun flashback, aucun tunnel d'exposition : le spectateur est traité comme un lecteur de comics, invité à prendre le train en marche sans réclamer le mode d'emploi. Après des années de blockbusters qui prennent un peu trop leur public par la main, ça fait un bien fou. Les connaisseurs apprécieront d'ailleurs le titre, emprunté à la période qui suivait le très controversé One More Day et imposait déjà un nouveau départ radical à Peter Parker.

 

Surtout, cette approche règle enfin le problème récurrent de l'ère Holland : après quatre films passés à jouer les stagiaires des Avengers sous la surveillance de baby-sitters de luxe, Peter est enfin seul maître à bord. Il était temps.


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Enfin, seul... pas tout à fait. Car sur sa route se dresse Frank Castle, alias le Punisher, incarné par un Jon Bernthal en très grande forme. Le clin d'œil est savoureux quand on sait que le personnage a fait ses tout premiers pas dans un épisode d'Amazing Spider-Man en 1974 : cinquante ans plus tard, le voilà enfin face au Tisseur sur grand écran. Et quel plaisir ! 

 

D'un côté, un type capable de transformer la moindre filature en opération militaire, arsenal compris. De l'autre, un gamin devenu adulte qui s'obstine à vouloir sauver tout le monde, y compris ceux que Frank aimerait cordialement balancer six pieds sous terre. Ils ne sont d'accord sur rien, s'envoient des vannes en pleine baston, et pourtant, on sent derrière chaque engueulade deux personnages qui se connaissent par cœur et qui tiennent sincèrement l'un à l'autre. Gros point fort du longs-métrage, ce duo file la banane du début à la fin, et il réserve même une des scènes les plus touchantes du film… Mais on n'en dira pas plus : cette critique est garantie sans spoiler.

 

UNE ARAIGNÉE AU PLAFOND

 

Côté mise en scène, le changement de pilote se ressent immédiatement. Jon Watts avait rarement réussi à donner aux voltiges de son Spider-Man une véritable sensation de hauteur et de vitesse. Cretton, lui, jette enfin le héros dans le vide et accompagne réellement ses mouvements : sa caméra plonge, remonte, épouse chaque changement de direction, et pour la première fois depuis longtemps, on ressent physiquement l'élan et le petit vertige au creux du ventre quand Spider-Man se laisse tomber entre deux immeubles.

 

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Certaines séquences de voltige comptent tout simplement parmi les plus immersives jamais vues dans une adaptation du personnage. Le réalisateur multiplie aussi les plans composés comme des cases de bande dessinée, avec un sens du cadre qui rappelle d'où vient ce héros, et l'affrontement contre les ninjas de la Main en est la démonstration la plus éclatante : on croit voir une double page de comic book qui prend vie. 

 

Les scènes de “possession”, elles, installent une menace presque horrifique. Voir cette force invisible passer de corps en corps et resserrer son étau sur le héros donne lieu à une vraie montée en tension, servie par le personnage incarné par Sadie Sink, convaincante dans un rôle plus tourmenté que réellement malveillant. Mention également à la flic jouée par Liza Colón-Zayas, confidente au bout du fil qui comble une partie du vide laissé par la disparition de Tante May, sans pour autant chercher à la remplacer.

 

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Et puis il y a la mutation. Sur le papier, c'est peut-être la meilleure idée du film : privé de ses attaches et de son identité civile, Peter devient littéralement plus « Spider » que « Man », son corps répondant à sa solitude en développant des instincts de plus en plus animaux. Les lecteurs de l'arc The Other reconnaîtront la parenté. 

 

Sauf que le film… n'en fait pas grand-chose. Peter consulte Bruce Banner, se découvre de nouvelles capacités, se transforme à vue d'œil... et ne semble jamais vraiment inquiet ni curieux de comprendre ce qui lui arrive. Est-ce vraiment un simple choc psychologique qui est à l’origine de tout ça ? Si oui, pourquoi n’est-ce pas arrivé lorsque Tante May a été tuée ?

 

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À force de ne jamais creuser le phénomène, le scénario finit surtout par utiliser cette mutation comme un cheat code à activer et désactiver lorsque ça s’avère nécessaire. Sacrément frustrant, parce qu'on tenait peut-être là le vrai sujet du film.

 

QUELQUES TROUS DANS LA TOILE

 

Et malheureusement, cette frustration n'est pas le seul souci de ce quatrième épisode des aventures du Tisseur de Tom Holland. L'intrigue autour de Mary Jane, aussi essentielle soit-elle à l'ADN du personnage, prend trop de place. 

 

Comprenons-nous bien : ce n'est pas son existence qui pose problème. Zendaya offre même à cette relation impossible quelques scènes d'une vraie dureté, et le film a le cran de refuser les solutions magiques… Mais ces passages hachent régulièrement l'élan de la trame principale, au point de donner parfois l'impression de regarder deux films collés maladroitement l’un à l’autre, chacun tirant la couverture de son côté. Sur 2h25, ces allers-retours font traîner une intrigue qui aurait mérité d’être mieux traitée.

 

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Parce qu’il y a un autre souci : le film abat ses cartes trop tôt. Dès qu’on comprend qui se cache derrière la menace, quiconque connaît un minimum l'univers Marvel devine la suite avec pas mal de longueurs d'avance. 

 

L'idée de fond est belle, et parfaitement raccord avec ce que représente Spider-Man : plutôt l'empathie que les mandales. Le problème n'est pas là. Le problème, c'est qu'après une telle montée en puissance, tout se règle beaucoup trop vite et beaucoup trop facilement. 

 

Sans divulgâcher, disons que certaines actions du climax ne tiennent pas franchement debout : la géographie des lieux devient incompréhensible et une scène clé semble avoir été bricolée sans que personne ne se demande comment les personnages pouvaient matériellement faire ça. Et ça… bah c'est pas un détail.

 

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Les effets spéciaux restent en revanche sacrément irréguliers. Probablement confiés à différents studios, certains plans de voltige, on l’a vu, sont magnifiques, mais d'autres nous ramènent une bonne vingtaine d’années en arrière. Le film reste globalement spectaculaire, avec notamment l’une des plus belles apparitions de Hulk à ce jour en termes de VFX, mais cet écart de qualité d'un plan à l'autre fait parfois un peu tâche.

 

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Imparfait, inégal, parfois trop timide avec ses propres idées, Spider-Man: Brand New Day réussit malgré tout l'essentiel : offrir au Spider-Man de Tom Holland sa première aventure véritablement personnelle, celle d'un héros adulte qui n'a plus besoin qu'on lui tienne la main. Ce n'est pas le meilleur film Spider-Man, ni même le mieux écrit de l'ère Holland. Mais c'est probablement celui qui ressemble le plus à un authentique comic book du Tisseur, avec sa continuité mystérieuse, ses seconds rôles hauts en couleur, ses fulgurances et ses raccourcis d'écriture. On en ressort comme après un bon vieux numéro du comic lu d'une traite, avec l'envie de savoir ce que nous réserve la suite. Tout n'y tient pas parfaitement debout, mais pour la première fois, ce Spider-Man donne enfin l'impression de vivre entre deux films.







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