Super Mario Galaxy : un bon moment malgré les défauts évidents ? (Critique)
Le 01/04/2026 à 18:04Par Maxime CHAO
Trois ans. Nous sommes seulement trois ans après la sortie du film d’animation Super Mario Bros qui avait littéralement explosé le box office avec ses 1.3 milliard de dollars générés dans le monde, et Nintendo comme le studio Illumination nous sortent déjà une suite. Il faut quand même se rendre compte de la vitesse à laquelle le studio d’animation a réussi à pondre ce deuxième épisode, mais comme chacun sait, il faut battre le fer tant qu’il est encore chaud. Et puis surtout, le film part avec un avantage certain, il n’a pas besoin d’avoir une histoire solide ou d’un semblant de narration pour attirer le grand public au cinéma. Parce que je vous rappelle quand même que le premier film Super Mario Bros a été adulé par les spectateurs, mais vivement critiqué par la presse pour son absence d’histoire, ou même de cohérence narrative. C’est un immense défaut pour certains, ce n’est pas très grave pour d’autres. Est-ce qu’on va avoir droit à la même fracture entre la presse et les spectateurs pour ce Super Mario Galaxy ? Nintendo et Illumination ont-ils corrigé le tir pour nous offrir un deuxième épisode mieux construit et mieux raconté ? C’est ce qu’on va voir ensemble…
L’un des principaux atouts de Super Mario Galaxy réside dans le fait qu’il n’a plus à assumer le rôle d’introduction. L’univers, les codes et les personnages étant déjà bien établis, le film bénéficie d’une liberté narrative accrue. Cette émancipation aurait pu — et dû — permettre une construction scénaristique plus ambitieuse. Et de fait, il serait injuste d’affirmer que le film ne fait aucun effort en ce sens. Contrairement à certaines critiques parfois expéditives, l’intrigue proposée ici se révèle légèrement plus structurée que celle de son prédécesseur. Elle demeure certes imparfaite, parfois décousue, mais elle témoigne d’une intention réelle de proposer autre chose qu’un simple enchaînement de séquences. Le cœur du récit s’articule autour du personnage d’Harmonie, figure emblématique issue du jeu Super Mario Galaxy. Le film entreprend ainsi de retracer ses origines, d’explorer son rôle au sein de cet univers et, surtout, de répondre à une théorie largement répandue parmi les fans : celle de son lien potentiel avec la princesse Peach. Sans dévoiler les détails, il convient de souligner que cette dimension narrative constitue sans doute l’un des éléments les plus réussis du film, tant elle parvient, ponctuellement, à insuffler une forme d’émotion et de mystère.
SHE'S JUST A COSMIC GIRL
Là où ce second opus marque une rupture nette avec le premier, c’est dans son changement d’échelle. Le cadre narratif s’affranchit des limites terrestres pour embrasser une dimension cosmique, en cohérence avec l’esprit du jeu dont il s’inspire. Et forcément, ça change tout. Le film voit plus grand, beaucoup plus grand, avec une volonté assez évidente d’élargir l’univers et de poser les bases de quelque chose de plus vaste, presque une sorte de “Nintendo Cinematic Universe” en devenir. On connaît le MCU avec Marvel, il y a désormais le NCU avec Nintendo et bien sûr, c’est au travers du personnage de Fox McCloud, le héros de Star Fox que les univers peuvent se croiser. Rien de surprenant si on est un N-Sex, Nintendo a déjà réalisé son propre cross-over avec Super Smash Bros et il n’est pas interdit qu’un jour Nintendo aille plus loin dans le délire. Pour l’heure, ce n’est pas le cas, même si vous verrez du Pikmin et donc du StarFox. D’ailleurs, parlons-en de ce cameo incroyable, qui aurait pu avoir un impact considérable dans la salle si Nintendo ne s’était pas amusé à spoiler la présence du goupil dans sa campagne promotionnelle. Très sincèrement, je ne capte pas ce move marketing, car Fox McCloud a un rôle assez important dans le film, bien plus que Yoshi d’ailleurs, et on va parler du traitement nul à chier de Yoshi dans quelques instants, mais quoi qu’il arrive, Fox McCloud dans le film, il fallait en parler après la sortie du film, laisse la surprise aux spectateurs et les laisser faire le bouche-à-oreille sur les réseaux sociaux. Nintendo aurait dû attendre au moins une semaine que le film soit en salle pour l’évoquer officiellement. Personnellement, je trouve qu’ils ont gâché la surprise et saboter eux-mêmes leur propre film.
YOSHI, LE FIGURANT ?
Autre grosse déception : le personnage de Yoshi. Là aussi, comment ne pas être déçu du traitement apporté dans le film ? C’était littéralement le personnage teasé dans la scène post-crédit du premier film et qui est finalement relégué au rang de figurant dans ce Super Mario Galaxy. L’introduction du personnage est expéditive, son développement quasi inexistant, et son rôle se limite à quelques interventions anecdotiques. Il ne bénéficie d’aucune véritable scène marquante, ni d’une caractérisation digne de ce nom. Cette sous-exploitation est d’autant plus regrettable que Yoshi constitue l’un des personnages les plus iconiques et appréciés de la franchise. Un peu à la manière de la rencontre entre Mario et Toad dans le premier film de 2023, l’amitié entre Mario, Luigi et Yoshi se cristallise en l’espace de 30 secondes dans une pyramide issue d’un niveau de Mario Odyssey. Déjà, j’estime que le lieu où Yoshi est déniché est un peu hors sujet, mais surtout, passé la rencontre, le personnage ne se distingue jamais dans le film. Alors oui, le voir avaler certains persos pour ensuite les déféquer en oeuf est assez amusant, mais son rôle de fidèle destrier de Mario n’est jamais assumé dans le film. Je crois qu’il n’y a qu’une seule scène où Mario monte sur son dos et c’est juste pour éviter le château de Peach qui s’écroule et rien de plus. Yoshi n’a pas de scène marquante dans le film et je cherche encore l’intérêt d’avoir casté Donald Glover pour faire sa voix. Parce que non seulement, la voix a été entièrement modifié pour ressembler à celle d’un dino qui parle et surtout, à part dire “ ou 4 fois Yoshi dans le film, Yoshi ne parle absolument pas. A ce stade, c’est presque de la publicité mensongère...
LESS IS MORE
Et c’est précisément ce qui rend l’ensemble d’autant plus regrettable, puisque tous les éléments étaient réunis pour accorder une véritable place à Yoshi ainsi qu’aux nouveaux personnages introduits dans Super Mario Galaxy, d’autant que Mario et Luigi se trouvent ici légèrement en retrait, ce qui constituait, sur le papier, une orientation particulièrement pertinente. L’intention semblait en effet de construire un univers plus vaste, plus riche et plus équilibré, où la narration ne reposerait plus exclusivement sur les deux figures centrales de la franchise. Dans cette logique, le film amorce même une tentative d’approfondissement thématique, en abordant des sujets plus personnels tels que la famille, les origines ou encore les relations entre les personnages, une démarche louable qui laissait entrevoir un véritable enrichissement de l’écriture. Toutefois, ces promesses demeurent en grande partie inabouties : si certaines idées sont pertinentes, elles restent trop souvent à l’état d’ébauche, à peine esquissées, comme si le récit ne s’accordait jamais le temps nécessaire pour les développer pleinement. Ce constat renvoie à une problématique plus globale qui traverse l’ensemble du film, à savoir une volonté constante d’en faire toujours trop, au risque de saturer la narration. Le rythme adopté est particulièrement soutenu, voire épileptique, ne laissant que peu d’espace au spectateur pour respirer, assimiler ou simplement apprécier les différentes séquences. Très vite, le film enchaîne les scènes spectaculaires, les couleurs flashy, les musiques ultra présentes, les personnages qui défilent… et ça ne s’arrête quasiment jamais pendant 1h40. C’est impressionnant, oui, mais aussi assez fatigant à la longue, parce qu’on a à peine le temps de digérer une scène qu’on est déjà passé à la suivante. On sent d'ailleurs une vraie influence des formats courts des réseaux sociaux, avec des séquences pensées comme des moments forts, presque faits pour être isolés ou partagés. Pris individuellement, ça fonctionne bien, mais une fois assemblé, ça donne un ensemble parfois un peu brouillon. Du coup, même si le film reste fun, il perd un peu en lisibilité et en impact émotionnel.
PEPITE VISUELLE
En revanche, s’il est bien un aspect sur lequel Super Mario Galaxy parvient à faire l’unanimité, c’est indéniablement sur le plan visuel. Illumination démontre ici une maîtrise technique particulièrement impressionnante : l’animation se révèle à la fois riche, colorée, d’une grande fluidité et constamment dynamique, portée par des environnements variés et un souci du détail manifeste, notamment dans les séquences spatiales qui comptent parmi les plus réussies du film. On y perçoit non seulement un réel savoir-faire, mais également une volonté tangible de renouvellement esthétique. Par ailleurs, la mise en scène des affrontements — particulièrement nombreux — se distingue par son efficacité et son inventivité : la composition des plans, le rythme des séquences et le travail de la caméra, souvent mobile et immersive, accompagnant les protagonistes au plus près de l’action, contribuent à produire un spectacle particulièrement saisissant, capable, à plusieurs reprises, de susciter un véritable sentiment de fascination.
Que retenir, au fond, de ce Super Mario Galaxy ? Qu'il s’agit avant tout d’une suite conçue pour satisfaire son public, et cela ne fait aucun doute : un public venu chercher un divertissement simple, agréable, surtout en famille, sans prise de tête. Super Mario Galaxy se présente ainsi comme un film spectaculaire, généreux, parfois même grisant, qui réconforte et laisse un souvenir plaisant, à l’image d’un petit bonbon sucré que l’on savoure sur l’instant. Toutefois, si l’on prend le temps d’une analyse plus approfondie, on constate que cette suite manque d’une véritable histoire et d’une narration pleinement construite pour pouvoir prétendre rivaliser avec des références du cinéma d’animation telles que Pixar, DreamWorks ou Studio Ghibli. Ce n’est peut-être pas l’objectif premier de Nintendo et Illumination, mais les deux sociétés auraient beaucoup à gagner à canaliser leur énergie et à structurer davantage leur récit. Pour l’heure, le film reste un peu surchargé et gagnerait à lever le pied pour mieux respirer, mais malgré tout, il parvient à offrir un moment agréable et divertissant.
(Maxime Chao, JeuxActu)
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