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Toei Animation Europe : l'interview

Toei Animation Europe : l'interview

La Toei Animation fait partie du patrimoine japonais du dessin-animé. Fondée au sortir de la guerre en 1948 sous le nom de Nihon Douga, elle prend en 1956 le nom de Toei Animation en devenant une filiale de la Toei, société de production de films. Son premier grand succès est Le Serpent Blanc, long métrage réalisé en 1958 par Kazuhiko Okabe qui fait date dans l'histoire de l'animation japonaise. S'ensuivront de nombreuses productions télévisées, parmi lesquelles les adaptations des œuvres de Go Nagai, telles que Cutey Honey et Mazinger Z. De nombreuses séries de la Toei Animation font partie des premiers grands succès de l'animation japonaise à la télévision française et ce dès la fin des années 70 . Les années 80 sont tout aussi fructueuses grâce aux séries diffusées durant la grande époque du Club Dorothée : Dragon Ball, Ken Le Survivant et Saint Seiya font désormais partie de la légende.

 

L'actualité de la Toei Animation continue d'être brûlante en France à l'heure actuelle, avec le succès de One Piece, série d'action et d'aventures qui bénéficiera d'une exposition importante à la convention Japan Expo 2008. Nous avons justement eu le privilège d'être reçus dans les bureaux de la Toei Animation Europe pour un entretien avec M. Kanji Kazahaya, Directeur des opérations de la filiale européenne établie à Paris depuis décembre 2004.


Toei Animation Europe : l'interviewM. Kanji Kazahaya, Directeur des opérations de Toei Animation Europe S.A.S.

Comment est financée une série d'animation au Japon ? La diffusion des premiers épisodes permet-elle de générer les ressources nécessaires à la poursuite d'un programme ?

Kanji Kazahaya : Pas vraiment. Je ne suis pas familier avec les modes de financement de l'animation en France. Au Japon, la diffusion des premiers épisodes ne rapporte pas suffisamment d'argent. En outre, les réseaux télévisuels réservent de moins en moins de créneaux aux dessins-animés. Ceci est partiellement dû au nombre de sponsors disponibles pour l'animation au niveau national qu'ils soient liés à l'alimentation tels que MacDonald's ou Kellogg's ou qu'ils soient des annonceurs locaux. La question est de savoir comment amortir les coûts de production. En premier lieu, il y a les droits de diffusion sur le marché japonais ; ensuite viennent les licences et les produits dérivés sur les marchés étrangers, en France mais aussi dans d'autres pays. Les coûts sont par conséquent amortis sur plusieurs années.

 

A quel public exactement s'adressent les œuvres de la Toei ?

Le public ciblé est systématiquement de 6 à 11 ans. Généralement, les garçons ont plus tendance à collectionner les produits liés aux super-héros tels que Superman et Spider-Man et bien sûr à Dragon Ball ou Digimon. En revanche, le choix est plus limité pour les filles. Barbie et Pretty Cure fonctionnent bien au Japon mais il n'y en a pas autant que pour les garçons. Les filles grandissent plus vite, ce qui explique que les opportunités de produits dérivés soient moins étendues. Dans le même temps, afin de satisfaire les créateurs, nous continuons de réaliser des séries destinées à un public plus adulte, comme Ayakashi, Mononoke ou Gegege no Kitarô. Ces œuvres représentent des challenges pour les artistes qui peuvent explorer de nouvelles technologies ou délivrer des messages plus personnels. Elles ne constituent pas l'essentiel du marché mais nous tenons à les produire.

 

De quelle manière s'effectuent les choix artistiques au sein de la Toei lors de la création d'une série ?

Notre modèle d'entreprise s'appuie avant tout sur la grille de programmation des chaînes de télévision. L'un des créneaux les plus importants est le dimanche matin pendant lequel notre public regarde la télévision. De 8h30 à 9h, nous nous focalisons sur les filles de 4 à 8 ans et nous diffusons Pretty Cure, série dans laquelle elles peuvent s'identifier à des héroïnes fortes et mignonnes à la fois. Puis de 9h à 10h, le programme s'adresse aux garçons et nous proposons des séries telles que One Piece ou Digimon, qui mettent l'accent sur l'esprit de camaraderie. Quand l'heure de diffusion devient plus tardive, aux alentours de minuit, nous disposons de davantage de liberté pour nous tourner vers des programmes plus adultes, comme Hakaba Kitarô ou Ayakashi. Ces séries peuvent contenir une certaine violence mais possèdent également un plus grand éventail d'expressions et un aboutissement artistique plus complet.

 

Des séries conçues pour une cible spécifique, garçons ou filles, parviennent-elles à transcender leur public ?

Bien sûr. Une série comme One Piece paraît en prépublication dans le Weekly Shônen Jump, magazine lu en majeure partie par des garçons. Mais que lorsque les volumes paraissent, ce sont les filles qui les lisent. Garçons et filles s'intéressent à One Piece et c'est pour cela que les génériques de début et de fin sont très populaires et appréciés des uns et des autres. Pour d'autres séries destinées à un public féminin comme Pretty Cure, on remarque que beaucoup de jeunes garçons adorent ces héroïnes et suivent aussi leurs aventures.

 

L'informatique ayant gagné en popularité, êtes-vous parvenu à réaliser des épisodes sans user de méthodes traditionnelles ?

En juin, nous avons réalisé une série du nom de RoboDz. Chaque épisode de 3 minutes est entièrement fait en 3D et diffusé sur la chaîne TOON DISNEY au Japon. En même temps, nous produisons en collaboration avec une compagnie coréenne la série My Three Daughters, avec la technologie Flash destinée à une forte adéquation avec internet. Nous créons le character design, le scénario et d'autres éléments. Mais nous continuons à nous demander quelles sont les limitations induites par la 3D. Qu'en est-il des coûts et profits ? La 3D par ordinateur est une technologie merveilleuse, mais elle coûte cher. Moins qu'autrefois, certes, mais cet écueil subsiste. Le meilleur exemple de réussite est celui du studio Pixar qui produit d'impressionnants films d'animation en 3D et réalise de beaux profits. Lorsque nous revenons à nos projets, nous ne cessons de nous interroger sur les coûts de l'animation en 3D et les moyens de les amortir. Ceci peut limiter la liberté de mouvement dans nos animations. A ce titre, une autre limite s'impose à nous. Dans le cas d'une animation traditionnelle en 2D, nos personnages bénéficient d'une grande liberté de mouvement, ce qui est très différent et plus économique en matière d'animation. C'est pour cela que nous continuons à réaliser de nombreuses séries en 2D, tout en développant la technique 3D. Mononoke est l'exemple type d'une animation ressemblant à de la 2D, où la 3D est utilisée pour réaliser des rendus proches des Ukiyo-e (estampes japonaises).


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Gegege no Kitarô

 

Existe-t-il au sein de la Toei Animation une politique de sauvegarde du savoir-faire lié aux techniques traditionnelles par celluloïd ?

C'est une question difficile pour quelqu'un comme moi. Je dois interroger les équipes de réalisation ! (rires). Je sais qu'il existe une communication interactive entre les équipes qui travaillent en 3D et celles qui utilisent les méthodes traditionnelles. Mais je n'en sais pas plus. (rires)

 

La Toei Animation possède-t-elle en son sein une école de formation d'animateurs ?

En effet. Le Toei Aimation Institute donne une chance à des étudiants qui veulent rejoindre le monde de l'animation. En ce qui concerne l'animation 3D, il existe d'autres écoles.

 

Quel est le rythme de production pour une série ? Les épisodes sont-ils réalisés en totalité avant la première diffusion ?

Nous ne produisons pas tous les épisodes avant la première diffusion. Au Japon, la Toei Animation fournit ses productions à des chaînes nationales au rythme de quatre créneaux par semaine et nous discutons avec les personnes travaillant dans le domaine de la télévision afin de déterminer quelle sera la série la mieux adaptée. Le printemps et l'automne sont les périodes où sont lancées les nouvelles séries. Nous leurs proposons continuellement de nouvelles idées. Lorsqu'ils sont intéressés, nous commençons à concevoir le character design, le scénario etc... Ensuite, nous réalisons les deux premiers épisodes juste avant leur diffusion, par exemple en avril pour les séries du printemps. Enfin, le programme est validé par le média dans les deux semaines qui précèdent sa diffusion. Et le travail de réalisation continue.

 

La création d'une nouvelle série se fait-elle entièrement en interne ?

Nous avons notre propre équipe de production interne ainsi que des infrastructures mais notre production implique beaucoup plus d'acteurs. Nous déléguons ainsi une partie de la production. Un des principaux acteurs est notre filiale des Philippines, Toei Animation Philipine. Et selon la nature et le sujet de la série, nous faisons intervenir d'autres partenaires.

 

Pensez-vous que des œuvres réalisées en collaboration avec des artistes étrangers verront le jour dans l'avenir, comme Oban Star-Racer ?

Oui, nous croyons aux possibilités infinies de la collaboration internationale et la Toei Animation est ouverte à un travail réalisé conjointement avec des artistes français. C'est d'ailleurs pour cette raison que mon équipe s'est rendue au Festival d'Annecy qui permet de discuter avec des artistes d'autres pays, dont les expériences et les visions sont différentes.

 

Certaines œuvres récentes sont hors normes, comme Mononoke dont le graphisme est très particulier. La Toei envisage-t-elle de produire d'autres séries aussi novatrices ?

La Toei Animation continue en permanence d'explorer les nouvelles techniques d'animation. Nous nous posons toujours la question de savoir ce qui justifie qu'une histoire soit adaptée en animation, et pourquoi elle fonctionne. Avec Mononoke, nous nous sommes rendus compte que le fait de réaliser des images ressemblant aux Ukiyo-e était essentiel. Nous avons eu de grandes discussions concernant les techniques à employer pour les obtenir, et nous y sommes parvenus. Dans le cas de RoboDz pour la chaîne Jetix, nous avons développé les technologies 3D pour réaliser ces épisodes.

 

Pouvez-vous nous dire quelques mots au sujet de RoboDz, qui est produit en collaboration avec Disney ?

A l'origine, l'équipe 3D a créé le concept des robots vivant avec les humains. Nous avons trouvé cela intéressant et nous nous sommes penchés sur la façon de le mettre en images. Nous avions le financement et la technique. Heureusement, l'idée a fortement plu à Disney Japan. RoboDz est une série très intéressante constituée d'épisodes très courts qui mêlent robots et combat. Elle n'est pas particulièrement violente et tous les enfants peuvent la regarder.


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Saint Seiya


Quelles sont les motivations qui ont amené la société Toei Animation à s'implanter en Europe et plus particulièrement à Paris, en France ?

Nous avons un longue histoire en Europe. Dans le milieu des années 70, nos propriétés comme Goldorak ou Candy Candy ont été diffusées sur les chaînes de télévision européennes et ont été grandement appréciées plus spécialement en France, en Espagne et en Italie. Parmi ces trois pays, la France est géographiquement importante car elle se situe au centre de ces trois pays. Désormais nous avons besoin d'être en contact direct avec le public européen. C'est pourquoi nous avons décidé d'ouvrir notre bureau à Paris, ville depuis laquelle nous avons un accès simplifié aux autres marchés.

 

La Toei est-elle présente sur les festivals européens ?

Depuis sa création, la Toei Animation a toujours activement cherché à promouvoir ses réalisations via les festivals. Certaines séries ont été sélectionnées et même récompensées, comme Ayakashi, Gegege no Kitarô ou Hakiba Kitarô, et ce à des festivals tels que Annecy, le Stuttgart Film Festival ou Cartoons on the Bay. En complément de cela, nous participons depuis 2006 au marché du film d'animation d'Annecy ainsi qu'au MIPTV et au MIPCOM.

 

Le marché du manga français est en seconde place derrière le Japon. Pensez-vous que celui de l'animation suivra le même chemin ?

Nombre d'animations se basent sur des mangas mais l'univers de l'animation n'est pas limité à cela. One Piece est adapté d'un manga tandis que Pretty Cure est une animation originale. Nous apprécions que les mangas permettent de faire découvrir nos animations mais je rêve que cela ne limite pas l'étendue de la japanimation, qui comprend aussi des œuvres originales telles que Mononoke.

 

Les modes de distribution évoluant, est-il envisageable de bénéficier dans un futur proche du Pay-Per-View via Internet ou via la téléphonie ?

Oui bien sûr ! Nous devons être très prudents dans l'évaluation de chaque marché qui est spécifique. Nous devons nous demander si nous devrions ou non migrer rapidement vers le marché digital. Par exemple en Corée, le DVD est de l'histoire ancienne. D'un autre côté, sur le marché français, nous vendons encore beaucoup de DVD. En outre, le coût du service digital est encore prohibitif du point de vue du consommateur. Au Japon, grâce aux opérateurs mobiles, nous proposons déjà le streaming d'épisodes complets sur des téléphones mobiles. Les opérateurs téléphoniques peuvent se le permettre car le réseau japonais dispose d'un haut débit. En revanche en France, le réseau n'offre pas encore des tarifs adéquats. Ainsi, notre exploitation dans le monde digital est tributaire de l'environnement spécifique à chaque marché.

 

Quels sont les projets de Toei Animation Europe concernant ces nouveaux médias ?

La Toei Animation s'invite sur le marché européen de la diffusion digitale. Nous prévoyons de diffuser certaines de nos séries phares sur l'Internet européen, la télévision via Internet ainsi que la téléphonie mobile à partir de la fin 2008. Nos titres devraient être proposés sous de nombreuses déclinaisons, depuis les wallpapers jusqu'aux épisodes en VOD en passant par d'autres produits qui convergeront vers une expérience enrichissante pour l'utilisateur final. Si vous aimez nos séries, vous pourrez les regarder sur votre téléviseur mais aussi les emmener partout avec vous, que ce soit sur votre ordinateur portable ou dans votre poche.


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One Piece

 

En France, nombreuses sont les séries de la Toei à avoir bercé notre enfance, comme Goldorak, Candy Candy, Capitaine Flam ou encore Saint Seiya. Pensez vous que la nouvelle génération sera celle de Magical Doremi, et One Piece ?

Notre rêve est effectivement que ces séries deviennent des classiques et que le public continue de s'en souvenir longtemps après. C'est une de nos principales motivations lorsque nous présentons ces séries en France.

 

Avez-vous un droit de regard sur les packagings des séries éditées en France ?

Toei Animation Europe procède à la vérification de tous les produits officiels vendus sur le marché. Nous ne nous contentons pas de donner notre aval, nous vérifions également la qualité de chaque produit à chaque étape du processus de fabrication, afin de nous assurer que celui-ci répond aux attentes des fans et des consommateurs. Toei Animation accorde une grande importance à cet aspect et nous demandons des corrections à chaque fois que cela est nécessaire. Nous travaillons pour cela avec une charte graphique approuvée par Tokyo et que chaque licencié reçoit avant la conception du produit.

 

Votre site présente de nombreuses séries inconnues en Europe telles que Gegege no Kitarô ou Lovely Complex. Ne pensez-vous pas que cela risque d'encourager le piratage via des pressages illégaux ?

C'est une bonne question. Nous devons bien sûr prévenir le piratage, mais nous devons aussi montrer nos nouvelles séries. Nous ne pouvons pas ne pas les présenter, juste parce qu'il existe un risque de piratage. Actuellement, Internet est partout et tout le monde peut diffuser nos animations. C'est pour cela que nous montrons notre travail sur des supports de qualité. En même temps, nous ne pouvons pas éteindre Internet. Nous devons être "Internet friendly".

 

Quelle est l'actualité de la Toei Animation Europe ?

Nous proposons la série One Piece avec un nouveau doublage très proche de celui de la série originale. One Piece est très populaire dans de nombreux pays mais nous avions à cœur de proposer un doublage français de grande qualité. Japan Expo 2008 sera l'occasion idéale de dévoiler l'édition premium du DVD de One Piece et de témoigner ainsi de notre intérêt pour le marché français.

 

Quel message adresseriez-vous au public français ?

En premier lieu, la Toei Animation est très heureuse d'être présente en France et nous apprécions le public français pour l'intérêt qu'il porte à l'animation et au manga en général qui est une part de notre culture. Nous apprécions énormément vos avis sur nos animations. Quand vous nous demandiez si nous étions ouverts à des coproductions, la question qui se pose est de savoir ce vous désireriez voir. C'est pour cela qu'avoir un bureau en France est si important, en ce que cela nous aide à mieux connaître la perception de l'animation japonaise en Europe.

 

Propos recueillis par Frédéric Frot et Caroline Leroy

Nous remercions M. Kanji Kazahaya et M. Thomas Deliens pour cet entretien.





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Toei Animation

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