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Funny People

Notre avis
6 10

Son nom est connu de tous, pourtant il n'a pourtant réalisé que trois films. Judd Apatow, nouvel empereur de la comédie "rated-R" américaine, revient derrière la caméra deux ans après En cloque, mode d'emploi et nous propose un film qui risque de diviser. Avec Funny People, œuvre existentielle tantôt amère, tantôt délirante (à l'histoire rappelant quelque peu la sublime bande-dessinée L'accablante apathie des dimanches à rosbif de Vassant et Larher), emmenée par un Adam Sandler poignant, le réalisateur signe certainement son film le plus introspectif. Et s'il laisse un peu de côté ses gros délires régressifs, il n'a en revanche rien perdu de son talent pour créer des personnages profondément humains qu'il place dans des situations qui font mouche presque à tous les coups. On regrettera hélas qu'à l'instar de ses précédents films, la seconde partie de ce Funny People soit plombée par une chute de rythme et une volonté de vouloir à tout prix insuffler une touche de romantisme dans son histoire. C'est peut-être ça aussi la patapato ("patte Apatow") ... la marque d'un "auteur" ?


Critique du film Funny People, de Judd Apatow avec Adam Sandler et Seth Rogen

Judd Apatow qui réalise un film "sérieux". Au départ on n'y croyait guère. Non pas que ses deux précédents ne pouvaient prétendre à ce titre, mais ils étaient tellement noyés sous une masse de gags qu'on en oubliait presque leur morale tendrement touchante. De son côté, Funny People est bel et bien un drame. Un drame doux-amer, dans un registre qui n'est pas sans rappeler quelques films de Cameron Crowe ou encore l'énorme Pour le pire et pour le meilleur de James L. Brooks, mais avec en plus une touche d'humour un peu gras du bide et totalement régressif. Bref, un drame à la sauce Apatow, mais un drame quand même.

 

Racontant comment George Simmons, une star de la comédie, va vivre ce qu'il pense être ses derniers mois, entraînant dans sa quête de rédemption un jeune wannabe-comedian (seule personne au monde à qui il ose parler de ses souffrances mégalomanes et misanthropes), Funny People surprend. Par son ton tout d'abord, alternant séquences de grosses gaudrioles 100% Apatow et apartés fulgurants d'amertume (Simmons, allongé sur son lit, prêt à s'endormir, fait étale de sa prétention pour rabaisser l'homme qui est en train de l'aider). Par son décalage aussi, qui rend tristes les scènes sensées être drôles, et inversement (une bidonnante séquence où un médecin annonce au héros qu'il est très malade), chose possible grâce à une très grande finesse dans le traitement des dialogues et des personnages, les deux gros points forts du film. Par sa réalisation enfin, puisque Apatow a laissé derrière lui sa mise en scène de série télé (40 ans, toujours puceau, malgré ses grandes qualités, représentait quand même le degré 0 de mise en scène) et s'est attaché les services d'une pointure (Janusz Kaminsky, chef opérateur attitré de Steven Spielberg) pour tenter de développer ses personnages autrement qu'avec son script.

 

Critique du film Critique du film Funny People, de Judd Apatow avec Adam Sandler et Seth Rogen, de Judd Apatow avec Adam Sandler et Seth Rogen

 

Des personnages comme celui de George Simmons, on aimerait en voir toutes les semaines sur nos écrans. Tantôt odieux, tantôt hilarant, capable de vous tirer une larme (de rire ou de tristesse) juste avant de vous dégoûter de la race humaine, il représente ce que le star-système peut créer de plus contradictoire : un être connu de tous mais replié sur lui-même, un peu mégalo, très narcissique, et tentant toujours de dissimuler ses émotions en jouant la carte de l'humour - humour qui représente pour lui un véritable exutoire puisqu'il utilisera à plusieurs moments dans le film pour essayer en vain de parler de ses soucis à son public, sans que ce dernier ne perçoive une quelconque forme de sérieux dans ses propos. Dans le rôle de Simmons, on retrouve Adam Sandler, sublime. Le comédien, boudé on ne sait trop pourquoi par le public français, nous propose ici une partition sans fautes, qui rappelle un peu celles qu'il nous avait offertes il y a quelques années dans Big Daddy ou Punch Drunk Love. A ses côtés, Seth Rogen, le compagnon de toujours d'Apatow, fera office d'identifiant pour le spectateur, l'œil par lequel on découvrira ce Daniel Planview-like. Le duo présent à l'écran fait presque toujours mouche. D'un côté la star pleine de confiance en apparence mais ébranlée de l'intérieur. De l'autre, le jeune padawan peu sûr de lui, mais finalement bien plus à l'aise dans ses baskets que son mentor. Un tandem pas franchement original, mais qui entre les mains d'Apatow fonctionne parfaitement. Comme quoi, c'est dans les vieux pots ... Arrive ensuite une brochette de seconds rôles hauts en couleur (Eric Bana en tête de file), dans laquelle on retrouve la "famille Apatow", dans les deux sens du terme. Ses filles d'abord (Maude et Iris), mais aussi sa famille de cinéma : Jason Schwartzman, Jonah Hill et Leslie Mann. C'est aussi pour ça qu'on l'aime Judd : devant un de ses films, on a l'impression de retrouver une bande d'amis qu'on avait perdus de vue pendant deux ans... seul Paul Rudd manquera à l'appel, mais il sera cité dans le film. L'honneur est sauf !

 

Critique du film Critique du film Funny People, de Judd Apatow avec Adam Sandler et Seth Rogen, de Judd Apatow avec Adam Sandler et Seth Rogen

 

 

Hélas, si l'on peut faire preuve d'une admiration presque sans bornes pour Apatow et sa bande (réalisateurs, scénaristes, comédiens), une constante un brin énervante demeure dans son œuvre : la baisse du rythme de ses films dans leur seconde partie. Déjà plombantes dans 40 ans, toujours puceau et En cloque, mode d'emploi (ainsi que dans plusieurs de ses productions, Sans Sarah, rien ne va par exemple), ces deuxièmes parties qui cherchent à tous prix à se montrer "conscientes" sonnent souvent comme la fausse note d'une partition jouée jusqu'alors sans anicroche. Et Funny People n'échappe pas à la règle, puisque après 1h30 magnifique de questionnement existentiel, le film bascule dans la comédie romantique un peu balourde qui tente d'apporter une dimension un brin superficielle à une histoire qui fonctionnait jusque là très bien sans elle. Exactement comme dans 40 ans, toujours puceau... Dans une interminable séquence à San Francisco où Simmons tentera de reconquérir son amour perdu, le film s'embourbe, laisse de côté quelques sous intrigues secondaires pourtant juteuses (la love story de Seth Rogen) et nous fait lourdement ressentir que le film dure 2h25. Alors, après 30 minutes de bons sentiments mielleux, la conclusion du film, pourtant savoureuse - pas vraiment happy mais pleine de bon sens - paraît un peu tomber comme un cheveu sur la soupe. Et après son plan final gnan-gnan qui n'a pas l'air d'assumer sa morale, on ressortira de la salle avec un goût d'inachevé dans la bouche.

 

En Bref, il est difficile de faire abstraction de cette seconde moitié particulièrement pesante, qui rend le film injustement bancal. Mais malgré cela, rien que pour sa première heure et demi, brillante, nous ne saurions que trop vous conseiller de jeter un coup d'œil averti à cette douce fable portée d'une part par deux comédiens géniaux et aussi et surtout par un metteur en scène qui n'a pas fini de nous séduire.

 

Critique du film Critique du film Funny People, de Judd Apatow avec Adam Sandler et Seth Rogen, de Judd Apatow avec Adam Sandler et Seth Rogen





Par Michèle Bori Réagir


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