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Martyrs

Notre avis
9 10

Martyrs offre une proposition de cinéma qui relève du fantasme dans la production franco-française actuelle, surtout pour un film de genre. Son existence tient du miracle. Uppercut digne des productions sauvages des années 70, Martyrs est la claque que l'on attendait depuis des années. Pour une fois, un film français va remuer les tripes !


Critique Martyrs Martyrs, second long métrage de Pascal Laugier, génère un véritable buzz depuis sa présentation au Marché du film du festival de Cannes : menace d'interdiction aux moins de 18 ans (ce qui revenait à le démolir), manifestation devant le ministère de la culture, forums et débats interminables sur la légitimité de la violence au cinéma. Aujourd'hui, c'est devenu le film dont tout le monde parle. Sans nécessairement l'avoir vu, d'ailleurs. Le verdict ? C'est un choc, un vrai de vrai, qui appartient à la catégorie rare et précieuse des films qui remuent les tripes et hantent nos pensées pendant longtemps. A une heure où on aime proposer de la verroterie en bobine gonflée au numérique, il serait sans doute bon d'écouter son auteur, connu jusque là pour un beau coup d'essai (Saint-Ange) dans lequel il rendait hommage au cinéma fantastique bien viscéral des années 70 en lorgnant vers Argento et ses influences gothiques. Au minimum, ce premier film annonçait le talent visuel de Pascal Laugier. A différents degrés, Martyrs possède quelques points communs avec l'œuvre précédente (introduction avec des enfants, duo féminin, volonté de perdre le spectateur dans une dernière partie très "bizarre" - ici bien plus longue). Mais tout ça dans un registre bien différent et moins illustratif : la forme et le fond sont ici poings et pieds liés, dans une intimité qui donne au film toute sa force.

Critique Martyrs

 

L'idéal pour le savourer serait d'y aller vierge de tout présupposé critique. De ne pas écouter les autres. De fuir les forums. D'attendre sa découverte et de se faire lentement bouffer par la fureur et l'énergie inouïes de ce grand film français, qui ne tombe jamais dans les défauts des dernières productions franco-françaises de genre comme A l'intérieur (certes bien mais loin de la perfection). Ce qui fait la différence, c'est une vraie construction dramaturgique qui digère les clichés pour emmener toujours ailleurs et là où nous n'osions plus penser aller. Un véritable jeu de chausse-trappe. Martyrs est une plongée dans les secrets tapis du quotidien, racontant ce qui se passe dans les caves de monstres ordinaires. C'est aussi une véritable histoire d'amour où une fille se perd pour une autre, en totale abnégation, en totale soumission. C'est enfin et surtout une vraie réflexion cinématographique sur le cinéma d'horreur en général, Martyrs multipliant les pistes ludiques et fréquentant différents genres pour brouiller tous les repères.

 

Une réflexion renforcée par tout le bordel autour de cette censure qui ne dit pas son nom et relance de plus belle un immense paradoxe de notre société : pourquoi diable le film dérange à ce point à l'heure de la "banalisation de la violence" ? Une question qui ne trouve pas de réponse que dans un autre paradoxe, celui d'une profonde volonté réactionnaire et viscérale de censure dans un pays qui officiellement la répudie. Une bonne raison supplémentaire pour justifier l'existence de Martyrs, heureusement sauvé de cette interdiction fatale, et qui vient taper dans la fourmilière, intelligemment, justement sans le voyeurisme de la violence étalée aujourd'hui.

 

Critique Martyrs

 

A l'écran, cette fougue se traduit visuellement par des parti pris radicaux : une mise en scène incroyable qui épouse les sentiments anxieux des personnages, des rebondissements scénaristiques géniaux constamment surprenants, le script ayant toujours une longueur d'avance sur nous. La violence physique mais surtout mentale est tellement puissante que certains risquent de ne pas comprendre ce qui se passe. Les deux interprètes principales (Mylène Jampanoi et Morjana El Alaoui) sont phénoménales parce qu'elles se métamorphosent au gré des situations. Si nous devions trouver une référence, nous citerions moins les films de crieuses (on le répète, ce n'est pas un film d'horreur !) mais ceux d'ambiance comme Possession avec Isabelle Adjani, de Andrzej Zulawski, jonction idéale entre film d'auteur et film de genre. Pour les néophytes, il est bon de rappeler que ce vaudeville gore reposait sur une mise en scène hallucinante mais aussi l'interprétation d'une actrice qui n'avait peur de rien, pas même du ridicule, pour impressionner le regard.

 

Critique Martyrs

 

Dans le genre, Jampanoï et Alaoui vont très loin, avec un naturel confondant, sans jamais se corrompre dans un excès de performance qui aurait nuit au propos. Une marque propre aux grandes actrices, qui répondent ici toujours aux exigences du réalisateur poussant le spectateur à se poser des questions. Dans un état second, mû par le besoin de la catharsis, Laugier traite tout ça sans apitoiement ni point de vue ostentatoire pour que le spectateur adulte soit capable de réfléchir par lui-même, sans qu'on lui impose de discours pré mâché. Alors, oui, l'impact de Martyrs sur le spectateur pourrait être comparable aux films de Haneke (sans le moralisme) et de Pasolini (sans la théorie). Mais il y a la rage singulière de Pascal Laugier qui emporte tout sur son passage. Une rage expiatoire qui fait toute l'intensité de ce voyage inoubliable au bout de la nuit et qui va littéralement vous faire bouffer la terre. Dans le bon sens du terme, puisqu'au final Martyrs utilise sa rage pour... dénoncer la violence. Aucun spectateur n'en sortira indemne. Vous êtes prévenus !

 

Critique rédigée par Kevin Prin et Alex Meclerc





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