Joker : Psychopathe, joueur, destructeur
Le 08/08/2008 à 08:04Par Arnaud Mangin
Pour compléter notre critique de l'absolument génial The Dark Knight, il nous a semblé nécessaire de revenir sur l'un des atouts majeurs de cette belle pièce de cinéma. Une suite transformant magistralement l'essai. L'heure n'est plus à l'analyse du travail de Christopher Nolan mais plutôt à la transcendante extravagance dont le film transpire à pleines goûtes et personnifiée dans l'insaisissable Joker. Méchant parmi les méchants, et probablement le plus grand seigneur du crime de l'univers des comics books. Un retour en grande pompe et une relecture flirtant avec le classique immédiat, se rangeant sans difficulté aux côtés de ses deux aînés Jack Nicholson (pour Burton) et Mark Hamill (La série animée). Aux côtés ? Mais non ! Parce qu'il revêt d'une façon encore inédite le costard pourpre de dandy, sa chevelure grasse verdâtre, un sourire carnassier et un peinturlurage façon crème nivea qui ferait trembler The Crow, le très regretté Heath Ledger nous offre la plus belle incarnation du personnage que n'importe quel fan n'aurait osé fantasmer.
Nous nous y attendions parce qu'il y a des comédiens, comme ça, des images, des extraits et autres outils de communication qui instaurent la confiance. Et pourtant, nous étions encore loin de nous douter qu'en allant piocher dans le sacro-saint des icônes maléfiques, le film transposerait ici le Mal à l'état pur. Le plus imprévisible, le plus insaisissable, sans morale, sans but, sans attache et sans visage (l'un des nombreux thèmes porteurs de The Dark Knight) instaurant la dangerosité comme aucun méchant de cinéma ne l'avait fait depuis de longues, longues années. Nominé aux Oscars pour l'année prochaine à titre posthume, Heath Ledger emmène en tout cas avec lui le secret de Joker, véritable homme-mystère pour le coup, dont la vie ne sera jamais au cœur de l'histoire et qui brillera pourtant comme un pivot émissaire du Mal enivré par le chaos qu'il provoque et accentue jusqu'à son paroxysme. Le film regorge de bonnes idées à ne plus savoir qu'en faire, mais celle-ci est assurément la meilleure. On ne sait d'où il vient, où il va, ce qu'il a vécu et ce qu'il compte faire mais sa drogue composée de peur, de démence, de folie et de haine est la plus dangereuse de toutes.
Alors oui, dans The Dark Knight, le Joker n'est que l'étincelle qui fait germer le brasier et l'intelligence du film est d'avoir justement proposé le personnage à contre emploi là où l'univers de Batman prend justement constamment le soin d'expliquer la création de ses différentes bêtes de foire. Si c'est le cas pour d'autres Bad Guys dans cet opus, on ne saura jamais rien de l'ami Jacko. Pas d'empreinte, pas d'identité, un visage sans âge, pas le moindre sentiment malgré un évident potentiel séducteur (Harley Quinn répond aux abonnés absents) et une histoire passée, à propos de sa défiguration, qui change constamment de disque à chaque fois que quelqu'un daigne l'écouter. Une icône, une vraie, du sadisme poussé dans ses retranchements qui fait purement et simplement disparaître l'acteur d'une façon méconnaissable derrière le clown analyste social. Pas une crapule. Un anarchiste distribuant la mort comme il fait virevolter ses cartes, qui cherche à exposer au monde tout ce que l'humain (lui comme les autres) a de plus pourri avec une facilité déconcertante là où l'autre con en costume noir perd un temps incommensurable à encenser le Bien...
Une ultime prestation qui frôle le magistral, une folie habitée, une terreur dégagée, un humour partagé. L'un de ces types qui vous rappellent à quel point le cinéma peut véhiculer de la magie (et il nous en propose un joli tour au début du film) en plus d'offrir à Batman son plus grand défi.
Chapeau l'artiste...
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