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Interview Rodrigo Cortés : le réalisateur de Buried

Le réalisateur Rodrigo Cortés revient sur l'accueil très positif de son film Bur

Alors qu'il a pour l'instant construit l'essentiel de sa carrière à travers des festivals, Buried fait déjà figure de titre incontournable dont le buzz ne cesse de grimper. Comme beaucoup, nous avons adoré cet épatant thriller claustrophobe, qui fait l'unanimité comme rarement. C'est un sujet que nous avons décidé d'évoquer avec son réalisateur, Rodrigo Cortés, qui signe ici son second long métrage et son premier tourné en langue anglaise. Cet entretien ne contient aucun spolier !

 

Filmsactu : L'accueil de Buried est incroyable. Comment vit-on les retours élogieux unanimes et les nombreux prix que remporte le film à travers les festivals, lorsque l'on en est l'instigateur ?

Rodrigo Cortés : Ce qui m'arrive est vraiment au-delà toutes les espérances. Même si l'on espère que les spectateurs vont apprécier le film, on ne peut pas s'attendre à de telles proportions. A chaque fois que je m'engage dans une rue, j'en arrive presque à me dire que je devrais faire attention à ce qu'un piano ne me tombe pas dessus, pour rééquilibrer la balance. J'ai bien conscience que c'est certainement le genre de chose qui n'arrive qu'une seule fois dans une carrière, que ça ne se reproduira sans doute jamais et j'en apprécie chaque instant.

 

Le réalisateur Rodrigo Cortés revient sur l'accueil très positif de son film Bur

 

Avez-vous eu de mauvaises critiques ou rencontré des gens qui n'ont pas aimé ?

Je n'ai pas encore entendu ou lu de critique qui m'ait vraiment interpellé. Il y en a beaucoup de bonnes et sur vingt critiques, dix-neuf sont élogieuses tandis que la négative part toujours dans des extrêmes sur lesquelles il est difficile de discuter. J'ai entendu des arguments qui se limitaient à "C'est le pire film de l'année !" ou "Le pire film jamais fait !". Amené de cette façon là, j'ai du mal à en tirer quelque chose. Je pense que le film peut franchement décevoir, parce que c'est le retour de bâton évident quand on en entend beaucoup de bien partout. Le concept est particulier et les gens n'ont peut-être pas forcément envie de payer leur place pour voir un type dans une boite pendant une heure et demie, mais ils y vont parce qu'on leur a dit que c'était super. La réaction est surtout émotionnelle, je crois. Mais c'est pareil pour les bonnes critiques, parce qu'on peut être agréablement surpris d'avoir pris du plaisir à regarder un film se déroulant dans ces conditions. Du coup, on peut s'emballer uniquement parce que c'est mieux que ce qu'on aurait pu imaginer, je ne sais pas.

 

Avoir tous les projecteurs sur soi, c'est une pression immédiate, mais également pour l'avenir. Cela risque-t-il d'avoir une influence sur votre prochain projet ?

Franchement, je me suis totalement déconnecté de tout. J'évite de réfléchir à quoi que ce soit pour l'instant et encore moins de trouver une explication logique à tout ça parce que j'ai envie de m'immuniser contre une stratégie quelconque. Mon prochain projet est en fait un film sur le quel je travaillais déjà avant que Buried arrive et je vais tout simplement reprendre là où je m'étais arrêté. Je ne compte pas réutiliser les ficelles de Buried pour modifier ce que j'avais déjà en tête et encore moins me demander sur quel genre de cinéma je dois me positionner pour faciliter ma carrière. Quand on fait un film, il ne faut pas penser aux éléments périphériques, en espérant pouvoir les contrôler. Parce que ça ne se contrôle vraiment pas. Si j'avais raisonné de façon stratégique pour chercher le succès à tout prix, je n'aurais jamais tourné un film dans une boite avec un seul comédien. La seule chose qu'un metteur en scène puisse faire, c'est se dévouer totalement à son œuvre, y mettre son cœur et son corps pour en faire le meilleur film possible. Tout ce qui se passe autour, c'est hors de notre portée...

 

Le réalisateur Rodrigo Cortés revient sur l'accueil très positif de son film Bur

 

Et la crainte de décevoir, après avoir ébloui tout le monde ?

A partir du moment où vous vous levez le matin, vous allez décevoir quelqu'un, de façon directe ou indirecte. Encore plus dans le domaine artistique puisque lorsque l'on propose plusieurs œuvres, chacune va être reçue différemment par la même personne. Si on conçoit des films en fonction du précédent, on n'avance plus. Si je fais une sorte de Buried 2, avec un type coincé sous l'eau en train de repenser à son existence, on me dira "vous l'avez déjà fait". Si je fais une enquête policière traditionnelle, on me dira que je tombe dans la facilité et si je fais une poursuite sur une planète extra-terrestre, on me dira que j'ai succombé aux studios, etc. Quoi que je fasse, j'aurais des remarques. Autant que j'en profite pour faire ce que j'ai envie...

 

Certains cinéastes disent que leur meilleur film, c'est le prochain.

(Rires) Ce n'est pas faux ! Comme on n'est jamais certain qu'il y en aura un prochain, on ne peut que l'idéaliser.

 

L'une des tendances à Hollywood consiste à se bagarrer pour obtenir le petit cinéaste indépendant dont tout le monde parle et qui a surpris le métier. Est-ce une chose à laquelle vous pensez et peut-être avez-vous déjà été contacté ?

Ce qui est paradoxal, c'est que, effectivement, un grand studio peut s'intéresser à quelqu'un qui s'est fait remarquer avec son film indépendant mais il ne lui laissera jamais la liberté de reproduire ce qui a fait le succès de son film. J'ai des envies créatives et narratives bien particulières sur lesquelles je peux être intransigeant. Dans Buried, il y a des scènes qu'un studio refuserait de voir dans son film ou des thèmes abordés qui seraient trop sensibles. Jamais un film de studio ne débutera par une séquence de trois minutes se déroulant intégralement dans le noir, même si ses dirigeants auront adoré l'idée dans le mien. Mais Hollywood, ce n'est ni un but, ni une fin en soit. C'est juste un endroit. Et des endroits, il y en a beaucoup d'autres ailleurs.

 

Le réalisateur Rodrigo Cortés revient sur l'accueil très positif de son film Bur

 

Ce n'est donc pas une question de "Où"...

Non, c'est une question de "quoi" et "comment". Si un réalisateur comme Christopher Nolan accepte de travailler à Hollywood pour faire les films qu'il a envie, c'est parce qu'il a le contrôle. Un contrôle qu'il a acquis étape par étape. Peu de réalisateurs ont ce pouvoir. Aujourd'hui il propose un film comme Inception qui est un divertissement différent de ce que fait habituellement Hollywood parce qu'il peut l'imposer. En plus ça marche, donc il pourra en faire un autre. Je ne suis pas contre l'idée de réaliser une superproduction à 100 millions de dollars pour un grand studio Hollywoodien, mais je sais pertinemment que je ne pourrais pas en faire ce que je veux. Mieux vaut faire un tout petit film à Paris, à Madrid ou Berlin, sur lequel le rôle du réalisateur est respecté.



Par Arnaud Mangin Réagir


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