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"Alita est un film de James Cameron qu'il n'a pas pu réaliser" Robert Rodriguez en interview

Après des années de production, Alita Battle Angel, pari fou en matière de SF et 3D, débarque enfin dans nos salles de cinéma. Développé, scénarisé et produit par James Cameron, le film a finalement été réalisé par Robert Rodriguez.

 

Cela a été l'occasion pour nous de discuter quelques minutes avec l'homme derrière Sin City, Une Nuit en Enfer, Planète Terreur et bien sûr Machete mais aussi avec Jon Landau, partenaire de James Cameron depuis Titanic.

 

Alita Battle Angel est désormais disponible en DVD et Blu-Ray.

 

Alita Battle Angel

 

ROBERT RODRIGUEZ

 

Quelle a été votre réaction quand James Cameron vous a demandé de réaliser Alita à sa place ?
J’ai été surexcité avant de me demander comment j’allais bien pouvoir m’y prendre. Mais il m’a mis en confiance d’emblée. On se connait depuis 25 ans. Je sais qu’il a été impressionné par Sin City et par tout le travail sur le digital que j’ai pu faire. J’ai tourné le premier film en digital 3D avec ses caméras. On a toujours été proche à parler de trucs de geek, de technique. James m’a dit, "ce n’est qu’une histoire de proportion. Ici, tout est plus démesuré mais tu l’as déjà fait auparavant. Juste pas à cette échelle." Je n’avais jamais fait de performance capture mais il m’a donné des cours. Je suis allé sur ses plateaux et il m’a révélé tous ses secrets. Cela a aidé. Mais c’était vraiment excitant pour moi.

Par le passé, vous aviez refusé un bon nombre de blockbusters, du X-Men, du Hulk, du Superman…
Parce que ce n’était pas des projets aboutis contrairement à Alita. Ils nécessitaient encore tellement de travail dans leurs scénarios et pour moi quitte à passer beaucoup de temps et à mettre autant d’énergie à réparer quelque chose, autant le faire sur des idées qui sont les miennes et qui m’appartiennent. J’ai préféré faire Desperado, Spy Kids, des projets que j’ai écrit. Et la plupart du temps sur un gros film, le studio dépense tellement d’argent qu’il va te dire qui caster, quelle fin filmer, comment le filmer. Ils vont vouloir récupérer leur argent et c’est compréhensible. Mais je préfère les petits budgets et donner l’impression qu’ils ont coûté plus cher en échange de plus de liberté créatrice. Comme ça je peux faire ce que je veux. Allez hop Sin City en noir et blanc avec trois histoires différentes, je prends Mickey Rourke en premier rôle, je peux faire ce que je veux et j’adore ça. Mais faire Alita avec Jim (Cameron) était différent. Ce n’était pas comme faire un film de gros studio mais un film pour Jim. Travailler avec lui, c’était comme de faire un film indépendant, juste un GROS film indépendant. Mais cela avait la même vibe, le même esprit, la même sensation de liberté. Tout ce que l’on voulait faire, on le faisait. C’est la meilleure façon de faire un gros film dont je pouvais rêver. Je me sens comme le type le plus chanceux au monde.

 

Alita Battle Angel

 

Quel était le piège à éviter sur Alita ?

Il y en avait des tonnes... mais je dirais de ne pas hollywoodiser le manga comme le font tous les blockbusters. Il ne fallait pas perdre son âme et son émotion en route. Je pense que j'étais la personne pour ce défi n'habitant pas à Hollywood et défendant corps et âme mon indépendance artistique depuis mes débuts.


Qu’est ce qui vous plait chez Alita ? On retrouve un personnage féminin fort, un thème récurrent dans vos films.
J’ai grandi avec cinq soeurs. C’était étrange pour moi d’aller au cinéma, d’adorer les films, mais de ne jamais voir d’acteurs hispaniques devant la caméra dans les rôles principaux et de ne jamais voir de femmes. Il n’y avait jamais de femmes dans les rôles principaux. Je ne comprenais pas. Mes soeurs étaient tellement badass. Quand j’étais à la fac, je dessinais une BD qui s’appelait Los Hooligans, inspirée de mes sœurs. Je les ai ensuites déclinées dans mes films. Dans Spy Kids, la petite fille principale est basée sur mes soeurs. Elle était dure, cool, intelligente comme elles. Et le petit garçon était maladroit comme je l’étais. Pour Alita, je savais aussi que Jim cherchait les personnages féminins forts. En lisant le scénario, j’ai compris pourquoi il voulait le faire. Et quand il m’a proposé de prendre sa place, j’ai immédiatement été partant. L’underdog ultime est le personnage qui est sous estimé par tous même par lui-même. C’est ce qui était si cool à propos d’Alita. Elle pense n’avoir aucune valeur car elle s’est réveillée dans une décharge en ayant perdu la mémoire. Puis elle découvre qu’elle a de grands pouvoirs et qu’elle peut changer le monde. Je pouvais m’identifier à ce personnage de fille de 13 ans. Je me suis alors dit que le monde entier pouvait certainement s’identifier à elle. C’est la force de Jim. Ecrire des histoires qui touchent tous les âges, les genres, les cultures.

Avez-vous eu des désaccords cependant sur certains aspects du film ?
Pas vraiment des désaccords mais oui nous avions parfois des visions différentes de ce qu’il fallait faire. Il m’a encouragé à faire le film à ma manière mais je voulais le faire comme lui l’aurait fait. Il m’a offert quelques pistes pour comprendre ce qui fait qu’un film est un film de James Cameron. J’ai dû complètement changer ma manière de travailler. Mon travail est toujours très fantaisiste, fun, inventé, avec des mondes et des gadgets improbables, avec des lois physiques irréalistes. Mais cela ne fonctionne pas avec Jim. Le mot fantaisie est une insulte chez lui. Il m’expliquait les choses, et cela avait du sens. Cela a été comme un déclic chez moi. J’ai compris pourquoi ses films fonctionnaient si bien. Ils sont à la fois fun mais très sérieux et réels. Pour lui, la science fiction ne peut fonctionner que si elle possède de véritables bases scientifiques. Elle doit paraître crédible. Autrement personne ne croira à l’histoire. Cela a voulu dire que j’ai jeté mes écrans verts. On a tout tourné dans des décors réels avec des vrais acteurs. Tout doit paraître vrai. Comme si on tournait Terminator 2 et pas Sin City. Il faut que l’on ait la sensation que cela arrive vraiment. La plupart du temps, il me disait "je le ferais autrement mais fais le à ta manière", alors que moi je me disais "je vais le faire à ta manière(rires)." Il sait si bien où il va. Il est bien plus malin que moi (rires).

 

Alita Battle Angel


SI Machete devait affronter Alita, qui gagnerait ?
C’est dur. Machete a beau être indestructible.... Je pense qu’il voudrait juste s’associer avec Alita. Il lui dirait "pourquoi combattre l’indestructible ?". Surtout qu’Alita tuerait très certainement Machete.

Avez-vous d’autres projets de rêve que vous n’avez pas encore réalisé ?
Oui plusieurs. J’essaie de les remettre en développement. Je me rends compte que certains ont un vrai potentiel. J'ai des scénarios dans mes tiroirs écrits il y a 15 ans. Et j’aime toujours leurs idées que je n’ai pas encore vu au cinéma. Donc, oui je veux m’y consacrer.

Machete In Space est l’un d’entre eux ?
Dans un sens oui. J’adorais pouvoir le faire. Mais par manque de temps, je crois que je préfère me concentrer sur autre chose. Mais bon, on ne sait jamais.

Quel film a changé votre vie ?
Il y en a un paquet. New York 1997 bien sûr. Parce que John Carpenter composait la musique, réalisait, écrivait le scénario. Cela me paraissait le job le plus fun au monde. Terminator quand j’étais au lycée. Cela a été un film incroyable. Un petit budget comme New York 1997 mais comme c'est James Cameron, ils ont pu rendre le film plus gros qu’il ne l’était. Ces films m’ont plus inspiré que de gros films qui me paraissaient inaccessibles. Dans des petits budgets, il y a aussi les Sam Raimi, les Spike Lee, qui m’ont fait dire je peux faire un film avec peu d’argent en étant très créatif.


JON LANDAU

 

Alita Battle Angel


SI j’ai bien compris, James Cameron et vous avez entendu parler d’Alita grâce à Guillermo Del Toro ?
En 1999, notre ami Guillermo Del Toro nous parle d’Alita Battle Angel. Jim et moi avons tout de suite vu dans le manga un film que l’on voulait faire. Jim voulait le réaliser. Pendant les 5 premières années de développement du film, c’était un film que James Cameron allait réaliser.

Que s’est-il passé ? Avatar ?
Lorsque l’on a enfin eu un script qui plaisait à Jim, Avatar, un script que Jim avait écrit 10 ans plus tôt, devenait techniquement enfin réalisable. On s’est dit, faisons Avatar puis on enchainera avec Alita. Et ce que l’on apprendrait sur Avatar servira à Alita. Quand Avatar est devenu aussi gigantesque et que l’on s’est rendu compte que Jim allait réaliser ses suites, on a commencé à chercher un réalisateur de remplacement. On ne voulait pas juste confier le film à quelqu’un, Alita était trop important pour nous, mais on cherchait un réalisateur que l’on pourrait guider et avec qui on pourrait étroitement collaborer. Robert Rodriguez était celui-là. Et si Avatar a aidé Alita, tout ce que l’on a fait sur Alita va aider Avatar et ses suites.

De quelles manières ?
Dans les détails que l’on peut aujourd’hui apporter à un la performance capture. Weta Digital est tellement plus performant pour les détails dans les visages. Quand j’ai montré Alita à Rosa Salazar dans notre salle de projection privée, on était juste tous les deux, elle a oublié qu’elle regardait un personnage en CGI. C’est à ce niveau de réalisme.

 


L’avancée technologique n’est donc pas finie au cinéma ? On a encore des choses à découvrir ?
La technologie est à un point aujourd’hui où l’on peut aujourd’hui raconter des histoires qu’il était impossible de raconter il y a encore quelques années. Mais les avancées technologiques vont nous permettre de le faire de mieux en mieux. Les plans rapprochés sur les visages sont essentiels au cinéma. Et si on peut générer des personnages créer par ordinateur aussi touchants et engageants, imaginez les opportunités qui s’offrent à nous et qui permettront aux acteurs d’interpréter des personnages qu’ils n’auraient jamais pu jouer. Rosa n’aurait pas pu jouer une Alita de 13 ans. Mais avec ce processus, si.

Pourquoi ce choix de Robert Rodriguez. Il vient de petits budgets aux tournages plus chaotique et punk que ne le sont ceux de James Cameron.
On a choisi Robert car si on regarde bien ses films, ils possèdent des personnages féminins forts. Il traite souvent des rapports familiaux. Si on enlève toute la fantaisie de ses films, ils ont des bases solides c’est ce qui fait qu’ils fonctionnent. Quand Robert a pris le script de 186 pages de Jim et en 4 mois l’a réduit à 128 pages en conservant toutes les émotions et la passion que Jim y avait inclus et ne sacrifiant pas le développement des personnages, on a su qu’il avait compris ce qui était important pour nous dans ce film. Puis il m’a dit : "Quand j’ai tourné Sin City, j’ai voulu faire un film à la Frank Miller. Quand je ferai Alita, je veux faire un film de James Cameron."

Bien que l’on reconnaisse l’univers de James Cameron, il y a des aspects qui lui sont propres qui surgissent par moment comme des éléments d’horreur ou des passages plus cartoons.
Il y a cet équilibre. On ne voulait pas que Robert perde ce qui le rend unique, on a voulu Robert pour qui il est. C’est cette association entre la sensibilité de Robert et le potentiel technique et la sensibilité artistique de Lightstorm (compagnie de James Cameron et Jon Landau) qui fait qu’Alita est une expérience cinématographique.

 

Alita Battle Angel


Avatar a révolutionné la 3D à sa sortie. Depuis, la 3D est essentiellement devenue un argument commercial et non plus artistique. Qu’en pensez-vous ?
La 3D doit avoir une raison artistique dans un film. On ne croit pas à ce processus de transformer un film en 3D six semaines avant sa sortie et demander au public de l’accepter. Pour nous, la 3D doit être une fenêtre sur un autre monde et pas un monde sortant d’une fenêtre. Robert soutient la même philosophie. On a tourné Alita en 3D. Alita n’a pas été converti en post production. La 3D fait parti de notre façon de raconter l’histoire.

James Cameron a-t-il d’autres projets cachés comme Alita en stock ?
Jim est un esprit incroyable. Il a des quantités de projets dingues. Si un jour, il se sort d’Avatar, je suis sûr qu’il y en a qu’il adorerait tourner.

Vous avez déjà Alita 2 en tête ?
C’est au public de décider. Kishiro, qui a écrit le manga, a publié plus de 30 livres avec de nouvelles histoires dans des lieux différents et avec des personnages différents. On s’est concentré sur les 4 premiers livres. Si le public en veut plus, Robert, Jim, Rosa et moi sommes prêts pour Alita 2 et même plus.

 

 

Alita Battle Angel



Par Olivier Portnoi Réagir


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