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Derrière les murs, de la 3D à la française !

Derrière les murs, le premier film français en 3D relief

L'année 2009 pourrait se résumer en un mot : relief. Avatar, Le Drôle de Noël de Scrooge, Tempête de boulettes géantes, Là-Haut, Coraline, Mission G, Destination Final 4, Volt, Monstres contre Aliens et quelques autres auront convaincu l'industrie et auront décidé le public à venir découvrir la 3D relief. Depuis, les américains nous bombardent de projets utilisant - avec plus ou moins de réussite - ce tout nouveau procédé de cinéma 3D. Pour faire simple, quasiment tous les gros blockbusters prévus pour les deux prochaines années sont annoncés en relief. Fort heureusement pour nous les français, face à ce raz-de-marée, les exploitants hexagonaux parviennent (enfin) à suivre la cadence. MK2 et CGR assurent une excellente couverture du format, Gaumont a décidé d'ouvrir quatre nouvelles salles IMAX 3D en France et même la très rétrograde firme UGC s'est décidée à franchir le cap ! Pourtant, un constat s'impose : ce sont toujours des films américains qui occupent ces salles. On attendait Luc Besson, Thomas Langmann ou Mathieu Kassovitz pour jouer les pionniers avec cette nouvelle technologie. Loupé ! Ce seront deux jeunes réalisateurs, Pascal Sid et Julien Lacombe, qui auront la "chance" d'être les premiers à tourner un long-métrage en relief dans notre beau pays. Ce film, c'est Derrière les murs. Le premier d'une longue liste, où se côtoient Fantômas de Christophe Gans, Le Marsupilami d'Alain Chabat, La Fresque de Luc Jacquet et peut-être même Astérix chez les Bretons de Laurent Tirard !

 

Derrière les murs, le premier film français en 3D reliefArtwork de Derrière les murs

 

Le film raconte comment en 1922, Nicole, une jeune romancière en panne d'inspiration, va se décider à s'isoler dans une maison de campagne pour écrire son nouveau livre. Quand Nicole découvre une salle condamnée au sous-sol de la maison, elle se met à écrire avec une troublante facilité. Mais très vite, des visions et des cauchemars font leur apparition tandis que de mystérieuses disparitions de petites filles sèment le trouble dans le village. Un thriller dans la lignée de Les Autres d'Alejandro Amenabar, quelque part entre Lovecraft et le cinéma fantastique espagnol contemporain. "Il y a plus d'un an, nous avons commencé à travailler sur un long-métrage pour MK2, explique Pascal Sid. Un film de guerre intitulé Camerone, qui était prévu en 3D. C'était vraiment le tout début du cinéma relief, à peu près quand Fly Me To The Moon sortait. Mais c'était un film assez gros. On s'est dit que ce ne serait pas un mal de se faire une autre expérience en relief avant. C'est ainsi que nous avons pensé à Derrière les murs. Le projet était dans nos cartons depuis trois ans environ. C'est un film qui a vraiment eu plusieurs vies : il est passé dans les mains de plusieurs producteurs avant d'arriver dans celles de Sombrero Productions (ndlr : producteurs de Vertige d'Abel Ferry, Dans tes bras d'Hubert Gillet et bientôt Captifs de Yoann Gozlan). C'est avec eux qu'on a pris la décision, il y a environ six mois, de faire le film en 3D."


Derrière les murs, le premier film français en 3D relief

Julien Lacombe et Pascal Sid

 

La 3D stéréoscopique ne sera donc pas restée longtemps la chasse gardée d'Hollywood. En France, le cinéma peut aussi se concevoir en trois dimensions. "Il faut désacraliser un peu la 3D. Ca a l'air compliqué comme ça, vu de loin, mais une fois qu'on est sur le plateau, ca n'a rien d'effrayant" explique Pascal Sid. Pourtant, beaucoup d'interrogations demeurent. L'industrie hexagonale est-elle prête ? Un film en 3D est-il viable ? Comment mettre en scène un film en relief ? Et puis d'abord, à quoi ça sert le relief ?

 

Réponse de Pascal Sid : "A nos yeux, la stéréoscopie est un procédé qui permet une plus grand immersion. Par exemple, un personnage rentre dans une pièce avec un mur de pierre : avec la 3D, on voit le relief de la roche ! Ca ne fait pas décor en papier. Le film gagne en réalisme." Julien Lacombe surenchérit : "On a tous connu le relief de foire (ndla : celui des années 80, de Captain Eo et cie...). La publicité Haribo que l'on voit au début des films en 3D par exemple, joue à fond sur ce relief-là. Les bonbons qui flottent, qui viennent vers nous, qu'on pense pouvoir toucher ... c'est très ludique. Mais le relief d'aujourd'hui ne se résume plus à ça. Nous, nous le voyons plus comme une boite ouverte sur un monde en trois dimensions." Fini alors les effets de jaillissements qui nous ont émerveillés quand nous étions enfants ? Oui et non. Car pour Pascal et Julien, un effet de mise en scène ne doit en aucun cas prendre le pas sur l'histoire. "Le jaillissement est quelque chose de très fun et de très flatteur pour le relief. Une main qui sort de l'écran par exemple, c'est toujours impressionnant. Mais est-ce vraiment utile à la narration ? Quoiqu'il en soit, c'est le genre d'effets qu'on utilisera très peu dans Derrière les murs, contrairement aux films américains, qui, dès qu'ils en ont l'occasion font sortir quelque chose de l'écran."

 

Pascal et Julien ont donc potassé leur sujet. Mieux, ils sont tout à fait conscients qu'ils se frottent là à une toute nouvelle manière de mettre en scène. Le second explique d'ailleurs "C'est évident qu'il faudra attendre quelques années avant de cerner totalement ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas dans ce procédé. C'est évident aussi qu'il y a des pièges et que certains - peut-être nous - tomberont dedans. C'est une chose tout à fait inévitable, puisque nous sommes aux prémices d'une nouvelle technique de mise en scène. Mais en même temps, c'est très excitant d'expérimenter cette nouvelle manière de faire des plans... beaucoup plus que de refaire ce qui a été fait 10 000 fois avant par des cinéastes meilleurs que nous."

 

"On a tous connu le relief de foire [...] Mais le relief d'aujourd'hui ne se résume plus à ça. Nous, nous le voyons plus comme une boite ouverte sur un monde en trois dimensions."

 

D'ailleurs, dès lors que l'on parle de mise en scène, les deux compères ne jurent que par un mot : la préparation. "On travaille énormément sur le découpage en amont du film. Il est important de penser chaque plan en relief avant de tourner. Et ce, pour plusieurs raisons. D'abord parce qu'un simple changement de focale sur le plateau entraine une grosse perte de temps, due au remplacement des deux optiques du système de prise de vue et de la resynchronisation complète du matériel. Ensuite, parce qu'il faut réfléchir à la 3D dans sa globalité, pas au plan par plan. Quelle scène mérite du relief ? Quelle autre au contraire, doit être plus plate ? Penser le relief d'un film, c'est un peu comme réfléchir au rythme de son histoire."

 

Mais beaucoup de choses ne sont pas faisables en 3D ... du moins, c'est ce qu'on essaye de nous faire croire. Julien Lacombe nous arrête tout de suite. "Contrairement aux idées reçues, la stéréoscopie ne limite pas la mise en scène. On entend ici et là que faire de la caméra à l'épaule en 3D est impossible, ou encore que les travellings arrière ne fonctionnent pas. Mais c'est loin d'être la vérité. Bien sûr, il y a des choses qui fonctionnent moins bien que d'autres. Le sur-découpage, par exemple, ne passe pas du tout, car lorsqu'on a 4 plans à la seconde, l'œil n'a pas le temps de percevoir le relief."

 

Derrière les murs, le premier film français en 3D reliefArtowrk de Derrière les murs

 

Son collègue rajoute "la longue focale est également quelque chose qui fonctionne moins bien en 3D. A cause de l'écrasement des perspectives. Mais pour autant, pas question de nous limiter à des courtes focales, filmer très large, tout disposer en relief et de laisser le spectateur choisir ce qu'il veut voir ! Voilà encore un lieu commun sur la 3D : penser qu'elle ne sert qu'à mettre en valeur de grands décors. C'est un contresens total, car la perception du relief ne va pas au delà de 20 m ! Au contraire, c'est dans un décor fermé, une pièce par exemple, avec beaucoup de détails, de volumes, que le relief est intéressant. La narration fait que l'on se doit de donner un point d'intention au spectateur. C'est un des gros challenges de la mise en scène en relief : alterner judicieusement les passages en 3D et les séquences "plates". De toute façon, on ne peut pas imposer 1h30 de relief au spectateur non-stop. Ca épuise l'œil." (cf notre article : la 3D fatigue les yeux). En conclusion, tourner en 3D, c'est avant tout se frotter à un nouveau langage cinématographique. Si le monde entier cite Avatar en exemple, Pascal Sid et Julien Lacombe ont eux une référence un peu différente. "Pour nous, celui qui a vraiment tout compris à la 3D, c'est Robert Zemeckis. En termes de relief et de mise en scène dans l'espace 3D, Le drôle de Noël de Scrooge, c'est le top. C'est un film qui ne peut être vu qu'en 3D, car son découpage, plus lent, plus posé, est véritablement pensé pour ce procédé."

 

"C'est un des gros challenges de la mise en scène en relief : alterner judicieusement les passages en 3D et les séquences "plates" !"


Un grand nombre des films sortant actuellement au cinéma sont des films où le relief a été réalisé en postproduction (Alice au pays des merveilles, Le choc des titans). Derrière les murs, lui, sera tourné en 3D, à l'aide du système Binocle conçu par une société française. Pourquoi un tournage en 3D plutôt qu'une conversion en aval ? A Julien de répondre. "Le tournage en stéréoscopie découle directement de deux contraintes. La contrainte artistique d'abord. Si on veut que l'effet de relief soit réussi, la stéréoscopie s'impose d'elle même puisque les tentatives récentes de faire de la 3D en postproduction ne donne pas de résultat vraiment probant (cf notre article : Michael Bay parle de la 3D). Une contrainte économique ensuite, car "reliefiser" un film, ca coute très cher." D'ailleurs, puisqu'on en est à parler de gros sous, le producteur du film Thomas Verhaeghe se permet une intervention. "Tourner en 3D, c'est 30 à 40 % de budget en plus. On est donc passé de 2,5 millions à 3,5 millions d'euros. Ensuite, c'est un tournage un peu plus long, puisque les temps d'installation sont plus compliqués. Tourner en relief, c'est aussi une équipe de prises de vue renforcée, avec notamment la présence d'un stéréographe (ndla : un superviseur de l'effet relief). Enfin, c'est une postproduction plus onéreuse, puisqu'on se doit de livrer des copies en 2D et en 3D." Pascal Sid apporte alors ses connaissances techniques sur le sujet. "Le système stéréoscopique entraine la perte d'un diaph' au tournage. On ne peut donc pas utiliser n'importe quelle caméra. La RED par exemple, qui au demeurant fait de très belles images, n'a pas un capteur assez sensible pour la stéréoscopie. On est donc obligé d'utiliser la Genesis de Panavision, qui est la caméra la plus sensible du marché ... mais aussi la plus chère."


Derrière les murs, le premier film français en 3D reliefBrigger III de Binocle, équipé de caméras Genesis de Panavision

 

30 à 40% de budget en plus, une équipe renforcée, des caméras chères ... voilà des propos à première vue peu rassurants en termes de production. En effet, nous nous frottons ici directement à un problème récurrent dans le cinéma hexagonal où le film de "genre" (horreur, action, aventure, policier, SF ... soit les genres où la 3D a le plus d'impact !) est de très loin le parent pauvre du PAF. Peu de films de ce type sont faits avec plus de quelques millions d'euros et les rares tentatives qui ont abouties ne se sont jamais montrées totalement convaincantes. Mais Thomas Verhaeghe se veut positif et voit au contraire la 3D comme la possibilité de changer la donne. "En termes de production, la 3D a cristallisé quelques envies. MK2, qui était attaché au film en tant que distributeur, y a vu une double opportunité. D'abord sur le territoire national, où il dispose d'un parc de salles 3D assez important à faire tourner. Ensuite pour la vente à l'international, puisqu'au jour d'aujourd'hui, tous les "films de genre" concurrents à Derrière les murs - les films américains notamment - sont proposés en relief. C'est inévitable : si l'on veut être concurrentiel, il faut passer à la 3D."

 

Les réalisateurs opinent du chef. Julien le premier : "Il ne faut pas que le cinéma français prenne trop de retard sur Hollywood. Pour cela, il faut que quelqu'un fasse le premier pas. Pas seulement des réalisateurs et des producteurs, mais aussi des laboratoires et des loueurs, qui doivent prouver à l'industrie hexagonale que faire un film en relief n'est pas une chose insurmontable." Pascal ensuite : "L'industrie française est prête et l'industrie ne demande qu'à travailler ! Beaucoup de projets ont été annoncés en relief, mais aucun ne s'est concrétisé, car ils étaient peut-être trop "gros". Lorsque nous sommes arrivés avec notre scénario, les gens nous ont tout de suite suivis car le projet les enthousiasmait, d'une part, et parce qu'il ne leur paraissait pas infaisable. C'est ainsi que nous avons la chance d'avoir beaucoup de partenariats sur ce film." La 3D pourrait-elle être l'avenir du cinéma de genre français ?

 

"Les stéréographes français sont prêts. Ils sont là, ils sont compétents et ils ont même été consultés par les américains !"

 

Derrière les murs, le premier film français en 3D relief

Même si les propos de l'équipe sont résolument optimistes, ils savent qu'ils devront sans doute abattre quelques murs pour arriver à leurs fins. "On entend pas mal de gens qui se disent opposés à la 3D. C'est un combat d'arrière-garde à nos yeux. On a entendu les mêmes discours sur le cinéma sonore, puis sur le cinéma en couleur, puis sur le cinémascope ..." Pour eux, les principaux adversaires de la 3D ne sont pas les mentalités rétrogrades ... mais la 3D elle-même ! "Il faut faire attention à ne pas lasser le spectateur en sortant trop de films "reliefisés". Ces films qui n'ont pas été pensé pour la 3D et où le résultat est plus que décevant. Si on sort deux ou trois de films de ce genre chaque mois, ca peut faire très mal, car les gens finiront par en tirer de mauvaises conclusions." Mais une fois encore, malgré cette réalité qui pourrait en décourager plus d'un, Pascal et Julien préfèrent voir le bon côté des choses. "Il y a un véritable regain d'intérêt des spectateurs, qui se déplacent en salle pour voir de la 3D ! Pour l'instant, c'est quelque chose qu'on ne peut pas pirater et tant mieux. C'est pour cela que les salles investissent. C'est pour cela que Luc Besson et Mathieu Kassovitz ont déjà prévu de faire des films en relief. Le fait que nous soyons les premiers à tourner signifie juste que nous sommes la première goutte d'une énorme vague."

 

Et comme les deux compères sont aussi cinéphiles que cinéastes, ils ne peuvent s'empêcher de glisser un petit mot sur leurs attentes en tant que spectateurs. "Cela va être très intéressant de voir comment les grands cinéastes vont s'adapter à la 3D. On attend vraiment de voir ce que Steven Spielberg pourra en faire, par exemple. Et lorsqu'on entend que Scorsese va tourner un film en relief, on ne peut qu'être emballés", s'extasie Julien, avant que Pascal ne conclue "Ce qui est marrant dans tout ça, c'est que ces grands noms vous certainement tous se frotter à cette nouvelle technologie et ils seront donc obligés de changer des choses dans leur manière de filmer. Ainsi, ils se retrouveront tous plus ou moins au même niveau que des réalisateurs moins expérimentés." Et si la vrai révolution apportée par la 3D ne venait pas du procédé en lui-même, mais de la manière dont les cinéastes parviendront à le dompter ? Quoiqu'il en soit, on attend avec impatience de découvrir comment ces deux jeunes et ambitieux réalisateurs arriveront à se s'appropier cette nouvelle technologie. Et surtout, s'il parviendront à la mettre au service de leur alléchant scénario, puisque que comme le rappelle Thomas Verhaeghe "Que ce soit en 2D ou en 3D, l'important, c'est l'histoire que l'on raconte." Amen.

 

 

Propos recueillis par Pierre Delorme

Remerciements à Laurent Renard et David Sarrio

 

Quelques liens utiles :

- la critique du film Derrière les murs sur Filmsactu

- www.4-16prod.com (site des réalisateurs Pascal Sid et Julien Lacombe)

- www.binocle.com (site officiel du système Binocle)

- www.stereographe.com (un site sur la 3D particulièrement complet)

- www.sombrero.fr (site de la société de production de Derrière les murs)

 




Par Michèle Bori 1 commentaires


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Derniers commentaires
Par Traxx il y a 8 an(s)
Merci pour l'interview, très intéressante !

Je me demande ce que va donner DERRIERE LES MURS : dans la lignée de Fragile, Saint Ange, La secte sans nom, L'orphelinat, et No-do de Elio Quiroca ?

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