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L'Ennemi Intime

Le 03/10/2007 à 16:31
Par
Notre avis
2 10

A tous les points de vue, L'Ennemi Intime est un sacré ratage. On appréciait vraiment Florent Emilio Siri pour le soin visuel apporté à ses films car jusqu'à présent il en usait pour souligner les ambitions de son scénario. Ici, même si les ingrédients sont là, c'est tout le contraire qui se produit et on assiste à l'accouchement d'un film poseur et maniéré, pas crédible une seconde. Une déception immense.


Critique L'Ennemi Intime

Avec L'Ennemi Intime, Florent Emilio-Siri réalise un film complaisant et esthétisant où la forme n'est pas la meilleure amie du fond. Un grand spectacle hors sujet orné d'un chantage émotionnel hardcore. La montagne accouche malheureusement d'une souris. C'est pourtant indiqué sur les affiches promotionnelles du film : "L'Ennemi intime, c'est le Platoon de la guerre d'Algérie". On ne rigole plus. Nous sommes en 1959. Les opérations militaires s'intensifient. Dans les hautes montagnes Kabyles, Terrien, un lieutenant idéaliste, prend le commandement d'une section de l'armée française. Il y rencontre le sergent Dougnac, un militaire désabusé. Leurs différences et la dure réalité du terrain vont vite mettre à l'épreuve les deux hommes. Perdus dans une guerre qui ne dit pas son nom, ils vont découvrir qu'ils n'ont comme pire ennemi qu'eux-mêmes.

 

Critique L'Ennemi Intime

 

Florent-Emilio Siri s'attaque donc à la guerre d'Algérie, terrain récemment débroussaillé par deux films académiques (Indigènes et Mon colonel). L'Ennemi intime veut jouer dans la catégorie plus risquée des films contestataires fabriqués dans les années 1970 par Yves Boisset. D'un bout à l'autre, Florent Emilio-Siri cherche à ausculter ce qui se passe dans la tête d'un soldat qui perd la raison et à réaliser secrètement l'équivalent français de l'inestimable Voyage au bout de l'enfer de Michael Cimino. Si on excepte le personnel Une minute de silence, Florent-Emilio Siri a prouvé que ses effets stylistiques fonctionnaient en totale adéquation - et donc magistralement - avec des sujets qui réclamaient l'outrance grandguignolesque. Nid de Guêpes, son second long métrage, était une merveille de série B made in France, remake officieux d'Assaut niché quelque part entre Rio Bravo et La Nuit des morts vivants. Bruce Willis, fasciné, l'a même convié à Hollywood pour mettre en scène Otage où une certaine maestria formelle faisait passer la pilule d'un script de commande. Bref, que du bon.

 

Critique L'Ennemi Intime

 

Hélas, avec L'Ennemi intime, Siri construit son film de guerre comme un western clinquant, un divertissement en totale admiration de lui-même pourvu d'une photo et d'une mise en scène qui aimeraient sans doute évoquer le Sam Peckinpah de Croix de fer sans l'envergure du génie mais avec la tartufferie du disciple. Un tel sujet réclame une densité scénaristique et une rigueur indispensable que le film, démoli à chaque instant par le traitement visuel, ne possède jamais. Evidemment nous n'aurions jamais souhaité que le réalisateur sacrifie le soin formel qu'il porte à ses films sur l'autel du plombant naturalisme et d'une rigueur académique pour plaire aux critiques. Mais la profusion d'effets totalement déplacés dont la seule ambition consiste à épater le spectateur (la grosse explosion au napalm) annihile toute émotion, tout intérêt, toute croyance au film. En comparaison, nous sommes à mille lieux d'un uppercut prodigieux comme Requiem pour un massacre (Elem Klimov, 1985) qui n'a pas pris une ride dans sa fureur, où le cinéaste avait déjà tout compris à la mise en scène, à la profondeur de champ et à la notion de point de vue en relatant les pires atrocités sans le moindre gramme de complaisance.

 

Critique L'Ennemi Intime

 

Toutes les fausses audaces finissent par se retourner contre le film qui se résume à une triste succession de vignettes esthétisantes martelées par la lourde démonstration. Pire encore, lorsque le cinéaste semble à court d'idées, il se court se replier sur les pénibles clichés guerriers, les divisions entre hommes, les touches humoristiques navrantes. Dans des conditions pareilles, on ne s'étonne malheureusement pas de voir les interprètes se mettre au diapason et en faire des tonnes. Magimel est ainsi déguisé en cowboy gominé, Dupontel semble réciter un texte auquel il ne croit pas, etc.






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