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Le Ruban Blanc

Le 21/10/2009 à 11:00
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Notre avis
5 10 Palme d'Or polémique pour une oeuvre se voulant terriblement provocante mais, qui, aveuglée par sa superbe, rate son coup. Michael Haneke est un grand, un vrai cinéaste. Un cinéaste qui a pour défaut un sérieux manque d'humilité. De film en film, Haneke semble effectivement se complaire - avec une horripilante suffisance - à jouer dans la cour des auteurs incompris par la médiocrité de la plèbe. Le Ruban Blanc ne déroge en rien à ce triste constat. Le cinéaste aimerait y poursuivre une thématique commune à l'ensemble de son oeuvre (le décorticage en règle de la violence nichée au coeur de la société) mais se perd dans son austérité et son refus catégorique (position trop facile) de poser un quelconque regard sur les événements. Quand bien même la photo est à couper le souffle, Le Ruban Blanc est à conseiller en priorité aux inconditionnels du cinéaste, les autres s'ennuieront profondément.
Découvrez ci-dessous la critique du film Le Ruban Blanc.

Critique du Ruban Blanc de Michael Haneke, Palme d'Or au Festival de Cannes 2009 Critique du Ruban Blanc de Michael Haneke, Palme d'Or au Festival de Cannes 2009
Michael Haneke n'en est pas à sa première polémique cannoise. Le cinéaste autrichien est même coutumier du fait. En 1989 son premier film Le Septième Continent jetait un froid glacial sur la croisette. Au tour de Funny Games en 1997 puis de La Pianiste en 2001 qui lui valu de repartir avec le Grand Prix du Jury à la main ainsi que, pour Benoît Magimel et Isabelle Huppert, un Prix pour leur interprétation. Ce n’est pourtant pas tant par son film que la polémique fait cette fois-ci rage, mais par les conditions de l’attribution de la Palme d’or par la Présidente du Jury… Isabelle Huppert (nous ne reviendrons pas sur cette affaire et n'alimenterons pas les rumeurs de copinage, non ce n'est pas notre genre). Et pour cause, Le Ruban Blanc en lui-même n’est en rien provoquant. Sans doute aspirerait-il à l’être, mais la thèse exposée par ces 2h30 de métrage n’est en rien inédite.

Critique du Ruban Blanc de Michael Haneke, Palme d'Or au Festival de Cannes 2009
1913. A la veille de la Première Guerre Mondiale, dans un village sous égide protestante de l'Allemagne du Nord. Une série d'étranges accidents font trembler le village. La première victime, le médecin du village, fait une chute de cheval causée par un fil invisible tendu entre deux arbres. Puis s'ensuivent le saccage d'un potager, l'incendie d'une grange, le kidnapping d'un handicapé mental, le décès d'une paysanne... Qui est (sont) le(s) coupable(s) ? Pendant que le spectateur mène l'enquête (sont-ce les paysans qui n'en peuvent plus d'être considérés comme des moins que rien ? ou encore le pasteur et sa rigidité autoritaire ?), Haneke décortique méticuleusement le quotidien secret des membres de la communauté. Nourrie par les principes protestants, cette communauté hiératique et répressive cache derrière des façades puritaines des visages autrement plus sombres, des parents aux grands propriétaires des terres alentours en passant par le pasteur, chacun d'eux exerçant abusivement leur autorité (psychologique et physique) sur leurs enfants, employés et fidèles. Michael Haneke poursuit ainsi son exploration de la violence sourde insidieusement nichée au coeur de la société. Mais si dans Caché le cinéaste parvenait à faire mouche en abordant le sujet de la Guerre d'Algérie, Le Ruban Blanc ne repose que sur une thèse simpliste exposée avec un schématisme désarmant. L'exploitation et la répression sociale engendrent la violence, les victimes pouvant se transformer en monstres bien plus odieux que leurs bourreaux... Un rapport de cause à effet binaire qui n'appelle pour autant pas les victimes des systèmes totalitaires à la rébellion. Le Ruban Blanc s'avère même sur ce point profondément pessimiste, se clôturant sur l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand à Sarajevo et la déclaration de la Première Guerre Mondiale. Un temps envisagé comme une mini-série TV, l'histoire aurait effectivement gagné à être développée sur une plus longue durée afin de se donner le temps de fouiller la dizaine de ses personnages (réduits ici uniquement à leur fonction au sein de la société), l'organisation de cette communauté patriarcale, sans oublier bien entendu son propos sur la violence.

Critique du Ruban Blanc de Michael Haneke, Palme d'Or au Festival de Cannes 2009
Portée par un noir et blanc rigoureux et cadré à la serpe (on pense à Ingmar Bergman et Carl Theodor Dreyer époque Gertrud), la mise en scène ascétique s'impose par son austérité et son radicalisme sans jamais parvenir à se faire réellement pesante (et c'est quand même un comble chez Haneke !). C'est un fait : en gagnant en excellence esthétique, la mise en scène du cinéaste a perdu de son implacabilité. La terreur latente de ses premiers essais n'est plus, remplacée qu'elle est par une approche théorique trop prononcée qui va de pair avec un refus catégorique d'impliquer son public. Comme si le plaisir cinématographique n'était pour le cinéaste que chose obscène. Le projet en soi aurait pu être intéressant, il aurait seulement fallu lui laisser le temps de s'étoffer. En l'état, Haneke ne propose jamais plus qu'un dispositif artificiel auteuriste qui aime à se regarder le nombril.







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