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Interview : Marc Webb (500 Jours Ensemble)

Le 18/03/2010 à 11:25
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Interview de Marc Webb, réalisateur de 500 Jours Ensemble

Réalisé par Marc Webb, 500 Jours Ensemble met en scène Joseph Gordon-Levitt et Zooey Deschanel dans une romance dont le développement et l'issue ne ressemble en rien aux clichés du genre. Jouant habilement sur des effets de réalisation et de narration inventifs et bien dosés, le jeune cinéaste revisite intelligemment le genre habituellement trop formaté de la comédie romantique pour lui apporter un véritable coup de frais.

De passage à Paris en septembre dernier, Marc Webb a répondu à nos questions. Il nous en dit un peu plus sur ses intentions dans le film et nous livre sa vision critique du genre.

 

Retrouvez dans cette page l'interview vidéo et sa retranscription écrite.

 

Sortie DVD et Blu-Ray : 17 mars 2010

 

 

FilmsActu : Etiez-vous déjà venu à Paris auparavant ?

Marc Webb : Oui, je suis déjà venu plusieurs fois. J'ai tourné le making of d'un clip de Sting il y a des années de cela, avant même de commencer à réaliser moi-même des clips. Auparavant, j'étais venu quand j'étais étudiant.

 

Vous avez travaillé avec Sting ?

Oui (rires). En fait, je ne travaillais pas vraiment « avec » lui mais plutôt « près de » lui. Disons qu'il était dans le même bâtiment. (rires). Je me contentais de le photographier et de travailler sur des documentaires à son sujet. C'était juste après mes études.

 

Comment êtes-vous devenu réalisateur ?

J'ai emménagé à Los Angeles et j'ai travaillé pour un réalisateur de documentaire. Il m'a appris à faire du montage. J'ai donc commencé à monter des petits documentaires, puis à en réaliser. Ensuite je me suis mis à monter des clips et à les réaliser. Pour faire bref, j'ai passé 8 ou 9 ans à faire des clips et des publicités. Jusqu'au jour où j'ai reçu un scénario de film et maintenant je suis ici.

 

Interview de Marc Webb, réalisateur de 500 Jours Ensemble

 

Etiez-vous familier avec le genre de la comédie romantique avant 500 Jours Ensemble ?

Bien sûr que j'étais familier avec le genre. Cependant, je n'étais pas ce que l'on pourrait appeler un fan des comédies romantiques telles qu'on les fait depuis quelques années. Je suppose qu'elles ne me parlaient pas. Je ne cherche pas à les dénigrer, c'est juste un sentiment personnel. Quand le producteur m'a donné ce scénario, il m'a prévenu que c'était une sorte de comédie romantique. J'ai dit oui mais je l'ai mis dans mon sac et j'ai oublié. Mais le titre m'est resté dans la tête et trois ou quatre semaines plus tard, je l'ai sorti de mon sac et j'ai jeté un coup d'œil. A mesure que je le lisais, je le trouvais de plus en plus intéressant. A la fin de la lecture, je me suis dit que les scénaristes ressentaient la même chose que moi vis-à-vis du genre, à savoir qu'il ne représente pas vraiment la réalité. J'ai donc pris grand plaisir à découvrir ce scénario. Ensuite, je me suis rendu au studio, ils m'ont embauché pour réaliser le film et j'ai rencontré les scénaristes. Nous avons retravaillé l'histoire ensemble et nous avons passé un très bon moment parce que nous étions sur la même longueur d'onde.

 

Il est assez atypique et rafraîchissant de suivre cette histoire sous un point de vue masculin...

Oui, mais en fait, ce qui est amusant c'est que nous n'avons pas pensé la chose de cette manière. Certes, l'histoire a été conçue selon le format de la comédie romantique, avec comme toujours un mariage, une romance, etc. Mais les raisons pour lesquelles je me suis senti concerné par cette histoire étaient plus personnelles. J'avais connu des expériences similaires. Je n'ai pas sciemment voulu faire une « version masculine » des événements. Selon moi, les hommes comme les femmes pourront s'identifier à Tom. L'histoire ne parle pas d'un cas général mais d'une phase par laquelle on est tous susceptibles de passer. Elle montre un jeune homme qui nourrit plein d'espoir sur une romance, qui est encore très innocent, et qui va déchanter.

 

Interview de Marc Webb, réalisateur de 500 Jours Ensemble

 

Qu'est-ce qui vous déplaisait dans les comédies romantiques récentes ?

Je ne les trouve pas honnêtes, pas authentiques. Un film très drôle peut tout à fait reposer sur une vérité, même s'il la rend plus accessible en l'exprimant de manière avenante. Les grandes comédies ont justement pour qualité d'être révélatrices d'une vérité quelle qu'elle soit. Mais depuis des années, on voit des tas de films tournant toujours autour de la même idée : si vous êtes un homme, que vous vous épilez le dos et apprenez à danser, vous sortirez avec une top model. C'est stupide, comme aspiration, et cela revient à prendre paresseusement ses désirs pour des réalités. A l'origine, les comédies romantiques des années 30, 40 et 50, et même celles d'aujourd'hui quand elles sont réussies, ont historiquement pour but de discuter des relations entre les sexes. Certaines abordent par exemple la prise de pouvoir des femmes et la manière dont les hommes gèrent cette situation. C'est une manière fun d'aborder ce genre de problèmes de société, qui donnent justement lieu à des débats moins amusants. Pendant longtemps, le genre était donc très pertinent sur le plan sociologique. Mais la plupart des tentatives récentes se contentent de suivre une formule toute faite au lieu de lui donner un sens. Notre film est une sorte de mélange. Nous avons voulu qu'il soit drôle mais qu'il apporte aussi une lueur d'espoir. Nous avons essayé de respecter le genre mais de faire le film à notre manière. En quelque sorte, c'est une réaction aux comédies romantiques d'aujourd'hui. Cela dit, il faut aussi savoir que l'histoire raconte l'expérience personnelle de Scott (Neustadter, scénariste, ndlr), le scénariste.

 

Le film parle aussi de la différence entre la vérité d'une relation amoureuse et la manière dont on s'en souvient. Voyez-vous cette thématique comme centrale dans le film ?

Tout à fait. C'est un film subjectif, entièrement vu à travers le point de vue d'une personne. La vérité est souvent colorée par le désir, par la manière dont vous avez envie de la percevoir. Ce thème revient à plusieurs reprises dans le film, notamment dans la manière dont Tom voit la fin de ses études. A un moment donné de sa vie, il la voit comme une grande victoire : il sort avec la fille et tout est merveilleux. Plus tard, après qu'il a traversé des hauts et des bas dans sa relation avec elle, il lui semble qu'il y a quelque chose d'ironique là-dedans, qu'il est peut-être en train de suivre la voie de ses parents. Le même événement prendra donc des significations très différentes selon les moments où vous vous les remémorez. Ce thème va de pair avec celui des illusions trahies. Pour vous dire la vérité, nous voulions explorer tout cela mais nous ne sommes pas des êtres cyniques. Nous voulions tout de même conserver une part de romantisme, une place pour l'espoir. Nous n'avions pas pour but de condamner cet idéal de l'amour. L'amour est bel et bien là mais il n'arrive pas toujours comme vous l'avez imaginé.

 

Interview de Marc Webb, réalisateur de 500 Jours Ensemble

 

La structure non linéaire du film était-elle prévue dès le départ ?

Oui, tout cela était écrit tel quel dans le scénario. Scott et Michael (H. Weber, scénariste, ndlr) avaient créé cette forme intuitive qu'il leur semblait intéressant d'explorer, une sorte de structure jour par jour. Nous avons changé quelques détails au montage mais le plus gros a été conservé. En fait, nous avons tenté de déterminer le montage avant même de commencer à tourner. Encore une fois, cela fait partie du côté subjectif du film. Nous avons voulu rendre compte du sentiment du personnage et non de la vérité objective de ce qu'il vit. Les effets de montage ou même certaines scènes ont d'ailleurs pour but de montrer à l'écran ce qu'il ressent. Tout est affaire de mémoire. Or vous ne vous rappelez pas de vos relations amoureuses de manière linéaire, vous avez plutôt tendance à rapprocher des moments. Nous avons voulu amener le public à analyser cette relation. La scène IKEA ou la scène de danse sont des moyens de faire des transitions entre des moments, de les juxtaposer et de leur trouver un sens.

 

Comment avez-vous eu l'idée de la scène de danse et quelles étaient vos références ?

Il n'y a pas de référence spécifique. J'entends parfois dire que c'est une scène à la Bollywood mais ça n'a pas grand-chose à voir. J'ai réalisé beaucoup de clips vidéo auparavant et cette scène a été écrite comme une scène de parade, avec quelques pas de danse à la Michael Jackson. J'ai toujours trouvé que la danse avait quelque chose de séduisant, c'est en quelque sorte la manière primaire d'exprimer la joie. Faire danser Tom m'apparaissait comme une évidence pour exprimer ses sentiments dans ce contexte.

 

Le tournage de cette scène était-il un challenge pour Joseph Gordon-Levitt ?

Il est juste hallucinant dès qu'il s'agit de capacités physiques. Que ce soit dans une scène de combat ou de danse, il a un contrôle absolu sur son corps. Il a réussi la scène de danse tout naturellement alors qu'il n'avait eu que quelques heures de répétition. Les danseurs qui l'accompagnent sont tous des professionnels qui répétaient depuis deux jours, ils ont tous assuré. Mais pour le coup, Joe s'est vraiment bien défendu dans cette scène. C'est un gars incroyable.

 

Interview de Marc Webb, réalisateur de 500 Jours Ensemble

 

Pourquoi l'avez-vous choisi pour le rôle de Tom ?

Pour des tas de raisons. La première, c'est qu'il joue très bien. Mais c'est aussi un acteur très vrai. Il y a tellement de fantaisie dans ce film qu'il fallait un acteur qui ancre l'histoire dans la réalité. Joe était la personne idéale. Il ne prend jamais les choses à la légère, il essaie toujours de trouver l'émotion juste dans toutes les situations.

 

Aviez-vous vu ses films indépendants, comme par exemple Mysterious Skin ou Brick ?

Bien sûr ! Je n'ai pas vu la sitcom américaine 3rd Rock from the Sun, même si c'est à mon avis par ce biais que la plupart des gens le connaissent. Mais j'ai vu Mysterious Skin, The Lookout et Brick, qui sont tous les trois des films fantastiques. Aussi étrange que cela puisse paraître, son rôle dans Mysterious Skin est celui qui à mon sens fait le plus écho à celui-ci. C'est bien sûr un film très différent. Mais il y a quelque chose d'enfantin dans sa manière de sourire et il possède en quelque sorte un sense of wonder. The Lookout décrit un univers plus brutal, plus sévère. Quant à Brick, c'est un film très brillant mais très manipulateur, très austère dans sa caractérisation des personnages. Je recherchais plutôt ce côté enfantin et ce sense of wonder qu'il manifeste dans Mysterious Skin.

 

Qu'en est-il de Zooey Deschanel ?

Zooey était la première arrivée sur le projet, notre première décision de casting. Le film repose énormément sur ce choix. Elle est complètement unique. Les femmes peuvent s'identifier à elle et les hommes l'admirer mais elle n'est pas ce genre de beauté universelle qu'on voit habituellement. Elle n'a rien d'un model, même si elle est très belle. Il y a quelque chose de particulier dans sa beauté. De plus, elle est très intelligente, très talentueuse et elle a énormément de sensibilité. Elle possède aussi une sorte d'inertie, comme si elle était constamment entourée d'une aura de bonne volonté. C'est très important parce que le personnage de Summer n'est pas évident. Après tout, l'histoire est exclusivement racontée à travers le point de vue du garçon.  Elle reste enveloppée d'une sorte de mystère. Il fallait que son personnage continue de nous intéresser, de nous intriguer tout en maintenant cette espèce de tempérament mercurien.

 

On arrive effectivement à comprendre son point de vue...

Oui, mais de manière graduelle. Au début, vous vous demandez qui est cette femme et ce qu'elle veut exactement, mais au bout du compte, vous arrivez à une sorte de compréhension. Ce qui est intéressant, c'est que les jugements sur elle varient d'une personne à l'autre. Les personnes de la génération de nos parents ont tendance à la trouver beaucoup moins sympathique que ceux de notre génération. En tout cas en ce qui concerne les Etats-Unis. Ils se disent : « c'est un gentil garçon, pourquoi tu ne te cases pas avec lui ? ». Mais les gens qui savent ce que c'est que d'être célibataire entre vingt et trente ans, ou même après, ont beaucoup plus de sympathie pour elle. Mine de rien, Tom lui met un énorme poids sur les épaules en la mettant sur un piédestal. C'est dangereux pour une relation.

 

Interview de Marc Webb, réalisateur de 500 Jours Ensemble

 

Quels sont les réalisateurs qui vous inspirent ?

Pour ce film, Woody Allen a été une source d'inspiration évidente. De manière générale, les artistes qui ont de l'affection pour les êtres humains qui évoluent dans leurs films sont des sources d'inspiration constante pour moi. J'admire aussi des réalisateurs comme Godard qui recherchent toujours de nouvelles formes de cinéma. Mais nous ne faisons pas partie de la même génération, bien évidemment.

 

Et pour la suite, comptez-vous explorer d'autres genres ou continuer dans la comédie romantique ?

Je ne me vois pas faire ça car la dernière chose dont j'ai envie est de me répéter.  On ne peut jamais savoir de quoi est fait l'avenir mais j'aimerais bien, par exemple, faire un film d'horreur, ou même un film musical. Je ne veux vraiment pas me répéter et je souhaite explorer d'autres genres.

 

Vous aimez les films d'horreur ? Lesquels ?

Oui. En plus, je pense qu'en tant que réalisateur, le film d'horreur constitue un véritable test. Il s'agit aussi d'une affaire de point de vue, c'est ce qui les rend intéressants à regarder. J'ai adoré Hostel, par exemple, mais il y a aussi L'Orphelinat qui est fantastique, ou encore Ring - la version japonaise est vraiment très bonne et la version américaine n'est pas mal non plus. Il y a aussi Les Autres d'Alejandro Amenabar : j'adore tous ses films mais celui-ci a quelque chose de spécial. Voilà pour les films récents. Pour le reste, j'adore Le Bébé de Rosemary de Polanski mais aussi Pique-nique à Hanging Rock de Peter Weir, dont j'aime beaucoup le ton et l'atmosphère. Le film d'horreur un genre très viscéral et j'aimerais bien m'y frotter.

Propos recueillis par Elodie Leroy

 

Première publication de l'interview écrite : 02/10/2009








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