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Coffret John Cassavetes

Notre avis
9 10 De ces cinq films mettant en valeur l'âme d'un cinéaste hors-pair, Faces joue le rôle de véritable premier jalon d'une carrière placée sous le signe de l'indépendance. Si Shadows pose lentement mais sûrement les bases d'un cinéma sensible et personnel, Une femme sous influence révèle Gena Rowlands, une des plus grandes comédiennes de l'histoire du cinéma. Bien que souffrant de quelques longueurs, Meurtre d'un bookmaker chinois est un film qu'on a de cesse de réévaluer à chaque diffusion. Ces cinq films (vivement que sorte Husbands !) vus à la suite dressent à eux-seuls le portrait de l'homme complexe qu'était John Cassavetes, cinéaste mythique qui ouvrit alors la brèche vers un nouveau cinéma, celui de la vérité.

Critique Coffret John Cassavetes

Shadows 14/20


En 1956, John Cassavetes fonde à New York un atelier théâtral, le Variety Arts Studio, où il fait travailler ses élèves sur des improvisations. Au cours de 1958, John Cassavetes participe à une émission télévisée et lance un appel afin de récolter des fonds lui permettant de tourner un long métrage. Il décide de le réaliser en 16 mm sur des improvisations faites en atelier et, à l'aide de quelques dollars amassés, part tourner avec sa troupe dans les rues de New York et demande au jazzman Charles Mingus d'improviser lui aussi la musique. En rupture totale, dynamitant les codes du cinéma traditionnel avec l'aide de comédiens inconnus, un vent nouveau souffle sur le cinéma américain. Une première version du film ne le satisfait pas alors il retourne certaines scènes et en supprime d'autres. Il dira que le seul but de Shadows était « de mieux connaître leur métier tout en effaçant les marques destinées aux comédiens dans le but de les laisser vivre ».

 

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Shadows marque les débuts de John Cassavetes dont on retrouve quelques prémices techniques qui feront sa marque de fabrique, notamment avec les visages des comédiens qu'on ne quitte jamais et surtout l'usage de la caméra à l'épaule permettant une liberté d'action totale des acteurs. Shadows porte sur de jeunes Noirs et Métis confrontés à la discrimination raciale ainsi que sur leur quête d'identité, déambulant de nuit dans les rues humides de New York.

Ce premier film expérimental obtient contre toute attente un succès international en particulier en Europe, marquée par l'émergence de la Nouvelle Vague. Le Cinéma spontané dit « vérité » est né.

 


Faces 20/20


« L'émotion était improvisée, le texte était écrit ». Ainsi s'exprime John Cassavetes en parlant de Faces. Repéré par les studios après le succès de Shadows, il réalise La Ballade des sans espoir puis Un enfant attend pour le compte des studios. Sa collaboration avec le producteur Stanley Kramer lui laisse d'ailleurs un goût foncièrement amer car ce dernier remonte le film. John Cassavetes s'éloigne d'Hollywood et écrit Faces. Après les 6 mois de tournage en 1965, John Cassavetes passera trois ans sur le banc de montage. Pour trouver les fonds nécessaires, il hypothèque sa maison, joue dans quelques films comme Rosemary's Baby ou Les Douze salopards qui lui vaudra une nomination aux Oscars. Comme d'habitude, il laisse une grande liberté à ses comédiens bien que le texte soit entièrement écrit. On sait aujourd'hui que toutes les prises de vue du premier mois ont été purement et simplement jetées. Le premier montage durait 3h40 mais il semble aujourd'hui que ces scènes coupées soient entièrement perdues.

 

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Faces est un film expérimental. La première heure ne ressemble à rien et caractérise une nuit d'ivresse faite de fous rires, d'alcool qui coule à flot, de critiques, de cris où sont tour à tour critiqués les fonctionnaires, les hôpitaux et les classes moyennes. La seconde partie est beaucoup plus axée sur le déchirement d'un couple et marquée par l'extraordinaire performance de Seymour Cassel. John Cassavetes parle avant toute chose des rapports entre hommes et femmes, de l'inexorabilité, de l'infidélité, de l'absence de communication et des conventions. Caméra à l'épaule, il s'entoure d'une équipe de semi-professionnels. En filmant au plus près la complexité des relations amoureuses, le cinéaste parvient à faire surgir de chaque plan une incroyable vérité émotionnelle en collant aux visages (faces) des comédiens. Le film sort enfin en 1968, un succès qui sera couronné par le Prix d'interprétation au Festival de Venise pour John Marley.



Une femme sous influence 18/20

 

Après Minnie et Moskowitz, John Cassavetes écrit Une femme sous influence pour sa femme Gena Rowlands. Pensant tout d'abord créer cette histoire pour le théâtre, Gena Rowlands sait qu'elle ne pourrait interpréter le rôle épuisant de Mabel tous les soirs. Commencent alors les problèmes du financement (Cassavetes ira jusqu'à faire hypothéquer sa maison) puis la phase de tournage (13 semaines). Aujourd'hui, Une femme sous influence demeure la pièce maîtresse de l'oeuvre de John Cassavetes. Le couple formé par Peter Falk et Gena Rowlands a bouleversé des générations de cinéphiles. Le cinéaste traite ici de la violence des contraintes sociales pesant sur l'individu à travers le portrait de Mabel, mère de famille fantasque et tourmentée dont la douce folie provoque le rejet et l'incompréhension de ses proches. Gena Rowlands trouve le plus grand rôle de sa carrière tandis que Peter Falk, tout en complexité, est magnifique de sensibilité dans le rôle de cet homme désemparé face aux névroses de sa femme. On croirait que c'est improvisé et pourtant les comédiens respectent à la ligne un scénario entièrement écrit, le metteur en scène insistant sur le fait que l'ordre chronologique soit respecté. Des plans séquences étirés jusqu'à la moelle aux gros plans ne quittant jamais les personnages à l'aide de la caméra à l'épaule, le spectateur ressort éreinté de la projection. Une femme sous influence mettra deux années pour sortir sur les écrans et recevra finalement un accueil  triomphal en 1974. Gena Rowlands sera nominée aux Oscars et recevra le Golden Globe de la meilleure actrice dans un film dramatique.


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Meurtre d'un bookmaker chinois 17/20

 

Les puristes savent que Cosmo Vitelli, le propriétaire endetté d'un cabaret de Los Angeles n'est autre qu'un alter ego de John Cassavetes lui même. Se référant à un genre en particulier, celui du polar, le cinéaste traite en réalité d'un système volant les rêves de certains individus, qui s'interpose entre les rêves et les hommes. Ce système c'est Hollywood, ayant constamment mis des bâtons dans les roues de John Cassavetes qui a finalement préféré s'éclipser pour réaliser ses propres films sans aide financière. Une lutte pour rester honnête magnifiquement interprété par Ben Gazzara. Ouvertement allégorique, Meurtre d'un bookmaker chinois symbolise finalement les batailles incessantes qu'a dû livrer John Cassavetes tout au long de sa carrière afin d'échapper au « milieu ».

 

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Avec ce film basé sur l'attente, le cinéaste joue avec les codes du film de gangsters (on pense très souvent à Melville), raccourcit au maximum les scènes dites d'action et préfère étirer le temps pour montrer Cosmo Vitelli dans son quotidien à qui Ben Gazzara prête son élégance naturelle, dans ses relations professionnelles et entouré de sa véritable famille composée des petits artistes de son cabaret. Présenté dans sa version longue originale, Meurtre d'un bookmaker chinois hypnotise le spectateur pendant plus de deux heures. Durant ce laps de temps, on suit le personnage principal dans ses déambulations, dans ses moments de réflexion, ses doutes et dans ses actions sans jamais le lâcher une seconde. Comme souvent chez Cassavetes, le spectateur prend en cours une histoire qui ne sera pas véritablement résolue, du moins à l'écran.

Tenant une place originale dans la filmographie de son auteur, souvent décrié et mal aimé, Meurtre d'un bookmaker chinois apparaît pourtant aujourd'hui comme un de ses plus grands films. Le cinéaste subira par la suite les foudres de la critique et du public et connaitra son premier échec commercial. En Europe, le film sera mieux accueilli.


 

Opening Night 20/20


Couronnée de l'Ours d'Argent de la meilleure interprétation en 1978, Gena Rowlands trouve dans Opening Night un de ses derniers grands rôles. Hymne à la créativité des gens du spectacle, le film de John Cassavetes est également un hommage aux comédiens, pierre angulaire de son cinéma. Après l'énorme échec commercial de Meurtre d'un bookmaker chinois, John Cassavetes autofinance une fois de plus Opening Night. En 1977, Hollywood connaît un nouvel essor. Star Wars et Rencontres du troisième type cartonnent dans les salles et le cinéma de John Cassavetes paraît bien compromis. Le cinéaste décide alors de se rapprocher du théâtre en écrivant et réalisant Opening Night. Il y traite de la lutte des artistes pour exister, en l'occurrence une femme d'une cinquantaine d'années qui se retrouve face à un rôle de femme déchue angoissée par son âge. Opening Night est le film le plus troublant de son auteur et l'attention du spectateur est constamment sollicitée afin de différencier la fiction de la réalité qui se trouvent habilement mêlées. La frontière est souvent fragile et il suffit de voir l'appartement de Myrtle ressemblant à s'y méprendre à une scène de théâtre, large et quasi-vide, lui laissant amplement l'espace, pour se déplacer chez elle comme sur une scène.

 

Critique Critique Coffret John Cassavetes

 

Est-il utile de préciser que Gena Rowlands est extraordinaire ? La comédienne réalise une des plus grandes performances de l'Histoire du cinéma et continue d'inspirer les actrices encore aujourd'hui. Si la caméra de John Cassavetes s'avère moins mobile que dans ses précédents films, elle capte néanmoins la moindre expression de Myrtle dans sa névrose et dans ses hallucinations. L'utilisation des gros plans est récurrente et ne lâche jamais les personnages durant 2h20 sauf quand la caméra s'incruste parmi les spectateurs lors de la représentation. Une fois n'est pas coutume, quelques éléments surréalistes s'immiscent dans le réalisme du cinéma de John Cassavetes lors de l'apparition fantomatique de la jeune fille renversée qui confronte Myrtle à ses problèmes psychologiques.

Suite au nouvel échec commercial de ce film, John Cassavetes se retrouve obligé d'accepter un film de commande pour la première fois depuis dix ans, ce sera Gloria.

 





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Une femme sous influence

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