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Frontière(s)

Le 14/01/2008 à 11:29
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Notre avis
6 10 Fans de film crado, malsains, gore, trash, mais complètement vain, Frontière(s) est fait pour vous. Gens a récité son texte sans trop de fautes et a prouvé après Hitman qu'il avait des qualités de metteur en scène et méritait son statut de bon faiseur. Mais il reste quand même une chose qui ne passe pas. Si au nom de la diversité culturelle, un film comme Frontière(s) se doit d'exister, il faudrait maintenant que les réalisateurs français cherchent un peu plus l'originalité dans leur approche du genre, et pas seulement l'application à la lettre de vieilles formules usées depuis longtemps. Parce que sans vouloir paraître tatillon, Massacre à la tronçonneuse date quand même de 1974.

Critique Frontière(s)

Cela faisait deux ans qu'on nous parlait de Frontière(s). Deux ans qu'on nous annonçait que ce film allait marquer d'une pierre blanche le cinéma de genre français. Deux ans que son réalisateur Xavier Gens était annoncé comme le Tobe Hooper hexagonal, puis tour à tour comme le nouveau Kassovitz, puis le nouveau Gans, puis le nouveau Aja. Entre temps le film avait été vendu à plusieurs dizaines de pays lors du dernier festival de Cannes et Gens avait cédé aux sirènes hollywoodiennes en réalisant le piteux Hitman, tourné alors que Frontière(s) était encore en post-production. Le second sortit d'ailleurs avant le premier, pour pouvoir mettre "par le réalisateur de Hitman" sur l'affiche, la preuve que le film était difficile à vendre différement. Trop bizarre, trop violent, trop différent. Le film était devenue un mythe alors même que personne ne l'avait encore vu.

 

Critique Frontière(s)

 

Après la sortie de l'aventure de l'agent 47 vinrent les premières craintes sur la qualité de Frontière(s). Heureusement, elles furent vite balayées lorsqu'il fut clair que Gens n'avait pas fait le poids face aux pontes ricains au moment du montage. Hitman fut donc un nouveau projet "Foxed" comme on dit aujourd'hui, c'est à dire une franchise massacrée par le studio Fox, ne voyant dans ce genre de film qu'une éventuelle machine à sous surfant sur la mode des adaptations de jeux vidéos à l'écran. Bref, si on attendait Gens au tournant pour voir si il méritait son auréole de réalisateur hardcore, il ne restait plus qu'à voir son premier bébé.


Ne tournons pas autour du pot : Frontière(s) est sans trop de difficultés un des meilleurs films de genre vus en France depuis quelques années, loin devant les Chrysalis, A l'intérieur, Ils, et consort. On sent véritablement une hargne dans le cinéma de Gens, ainsi qu'un amour du genre qui fait que contrairement à d'autres, il ne cherche pas à se montrer plus malin que le sujet ambitionné (comme l'était Sheitan), mais au contraire à respecter les codes tout en se les réappropriant. C'est malheureusement à la fois le point fort et le talon d'Achille de Frontière(s). Car en sortant de la salle, s'il paraît évident que le film a des qualités, il est fortement regrettable qu'elles aient toutes déjà été vues ailleurs. Une sorte de Best-of du film trash en quelque sorte, toujours juste, mais jamais vraiment innovant. Déjà-vu dirait Néo...

 

Critique Frontière(s)

 

On retrouve donc les sempiternels ados paumés au fin fond de la cambrousse qui se font attaquer par une famille de dégénérés nazis et cannibales qui se feront un plaisir de les découper en morceaux pour remplir les plateaux en inox Guy Degrenne lors du repas dominical. On retrouvera aussi les thématiques usées jusqu'à l'os du retour à l'état sauvage, de la maternité et de la confrontation du monde rural et du modernisme. On retrouvera aussi le sous texte socialo-politico-banlieusard déjà présent dans A l'intérieur. On retrouvera plein de choses, intéressantes certes, mais tellement vues et revues qu'on les croirait tombées dans le domaine public.

 

Qu'apporte Frontière(s) alors ? Pas grand chose pour ceux qui ont déjà vu Massacre à la tronçonneuse, l'original, le remake, la suite du remake, le remake de la suite et tous les films qui ont suivi, si ce n'est un hommage bien foutu et quelques séquences rigolotes pour peu qu'on aime les femmes pleines de sang dégommant du redneck à grand coup de calibre 22. Du travail bien fait, un casting plutôt réussi - permettant au grand public de découvrir le talent de comédiens comme David Saracino, Karina Testa ou encore la petite et attachante Maud Forget - et une réalisation inspirée font qu'au final ce film n'aura pas à rougir face à la concurrence, surtout lorsqu'on sait qu'il a été réalisé avec trois francs et même pas six sous. On déplorera juste le choix d'Estelle Lefebure, complètement à côté de ses pompes pendant les 3/4 du métrage ainsi que d'un certain choix artistique, en particulier celui de la lumière, qui oscille entre le bon et le carrément laid. Laurent Barès, chef opérateur du film, était déjà responsable du naufrage artistique d'A l'intérieur et il récidive cette fois-ci avec des choix plus que douteux. Les plans d'extérieur en nuit américaine verdâtre sont tellement affreux qu'on ne croit pas une seule seconde que le film se passe de nuit, tandis que les intérieurs continuent à être inexplicablement plongés dans une purée de pois du plus mauvais effet.

 

Mais la mayonnaise prend bien malgré ces défauts esthétiques et on serait presque tentés de dire que l'accroche présente sur l'affiche ("Ce film accumule les scènes de boucherie particulièrement réalistes et éprouvantes") est un euphémisme.

 

Critique Frontière(s)







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