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Documentaire : Viande d'origine française !

Le 14/11/2009 à 00:35
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Interview des réalisateurs de Viande d'origine française Parce qu'il n'y a pas que le Football dans la vie, Viande d'Origine Française se pose ce soir comme la contre-programmation idéale pour tous ceux qui n'en auraient rien à fiche du premier match des barrages des bleus. Viande d'origine française, qu'est ce que c'est ? Un documentaire inédit, une création originale de Canal Plus, signée Xavier Sayanoff et Tristan Schulmann (déjà réalisateurs de Suck my Geek) et ayant pour but de dresser un état des lieux du cinéma d'horreur en France. A travers de nombreuses interviews de différents protagonistes de cette "nouvelle nouvelle vague" (Xavier Gens, Yannick Dahan & Benjamin Rocher, Pascal Laugier, Fabrice Du Welz, Alexandre Aja, Jean-Marc Vincent et quelques autres), les deux réalisateurs nous offrent, non sans humour, un constat un peu alarmiste sur ce genre qui peine à trouver ses marques dans notre beau pays. Et en complément de ce film de 52 minutes diffusé ce soir sur Canal + durant la nuit des chocottes (il sera suivi des films Martyrs, Eden lake et Diary of the Dead), rien de telle qu'une petite interview des deux principaux intéressés.

 

Diffusion sur Canal + le 14 Novembre 2009 à 22h30.

 

Interview des réalisateurs de Viande d'origine françaiseMartyrs

 

A qui s'adresse ce documentaire ?

(rires) Tristan Schulmann : C'est exactement la même question que nous nous étions posé sur Suck My Geek ! On aurait pu partir dans l'optique de faire un documentaire vraiment "grand public". Mais en y réfléchissant, on s'est vite rendu compte qu'en 52 minutes, on aurait juste eu le temps de présenter les films et les réalisateurs, sans pouvoir rentrer dans le vif du sujet. Hors, on savait que notre film serait programmé durant une nuit de l'horreur, avant Martyrs et Eden Lake. On s'est donc dit que le public qui allait regarder Viande d'origine française était plutôt connaisseur du cinéma d'horreur et avait déjà vu quelques-uns de ces films. On l'admet volontiers, c'est un des points faibles de notre documentaire : les personnes non-initiées risquent de décrocher dès les premières minutes. Ca va vite, il y a beaucoup d'informations qui sont balancées et il faut donc avoir quelques connaissances "de base" pour s'y retrouver.

 

Vous l'avez montré à des gens qui justement sont étranger à ce cinéma ?

TS : Oui, tout à fait. On a organisé une projection avec des amis qui n'y connaissent rien au cinéma d'horreur et le film les a fait rire. C'est déjà un bon point : au moins, même si ça ne les intéresse pas, ça les fait marrer !

 

Comment vous êtes-vous retrouvés sur Viande d'origine française ?

TS : A la base, c'est une commande de Canal Plus. Ils sont venus nous voir en nous demandant de préparer un documentaire sur le "cinéma de genre" en France. C'était un sujet gigantesque, qui nous permettait de parler de plus d'une centaine de films, appartenant à des genres totalement différents. Nous avons donc rendu un premier synopsis et c'est là qu'on nous a dit que ce qu'ils voulaient dire, ce n'était pas "cinéma de genre", mais "cinéma d'horreur". Tout de suite, ca fait moins de films...

 

Interview des réalisateurs de Viande d'origine françaiseLa Horde

 

Et dans la mesure où Canal est aussi le principal financier du cinéma d'horreur français, avez-vous des choses imposées par la chaine ?

TS : Il faut savoir que Canal finance 80% des films en France, donc forcément, ils ont leur mot à dire sur à peu près tous les films ! Pour le coup, c'est vrai qu'ils ont été plus regardants que sur Suck my geek et ils voulaient un doc qui mette un peu en valeur leur collection "french frayeur". Mis à part ça, on a eu toutes les libertés possibles concernant le ton et la forme, qui devait quand même rester un peu dans l'esprit de nos précédents travaux. C'est aussi pour cela qu'ils sont venus vers nous.

 

Xavier Sayanoff : Finalement, il y a une chose qu'ils nous ont imposée, c'est Hélène de Fougerolles ! A l'origine, nous devions avoir Béatrice Dalle (A l'intérieur), mais cette dernière s'est hélas désistée. Nous voulions l'avoir elle, non pas comme "actrice ayant joué dans un film d'horreur", mais un peu comme ... Béatrice Dalle quoi ! Elle a cette aura, ce mystique totalement unique qui nous semblait parfaitement correspondre à l'image des films d'horreur français, loin du cinéma traditionnel. Quand elle s'est décommandée, on s'est dit que tant pis, on allait faire sans actrice. Mais Canal a insisté pour qu'on ait un témoignage d'une comédienne, pour que les spectateurs qui ne connaissent pas Laugier ou Du Welz y trouve au moins une tête familière. C'est alors qu'on s'est retourné vers Hélène, qu'on connaissait un peu et qui a joué dans Mutants, Les dents de la nuit et Innocence. Avec le recul, c'était une bonne idée de la faire intervenir. On ne la voit pas beaucoup mais elle apporte quelque chose de différents au discours. Un autre point de vue ... en plus elle a fait ça avec le cœur, donc c'est tout bon !

 

Lorsque vous vous êtes lancés dans les demandes d'interviews, avez-vous essuyé des refus de la part de personne ne voulant pas évoquer le sujet ?

TS : Richard Granpierre (Eskwad, producteur de Martyrs), pour la simple et bonne raison qu'il en a assez de parler de ce sujet. Il a fait cinquante interviews là-dessus, ca se comprend un peu. Et en échange, il nous a filé tous les extraits de Martyrs gratos, ce qui est super sympa. Sinon, on aurait voulu avoir le regard et le témoignage de quelques "opposants" à ce cinéma. On a une interview de François Clerc de chez Gaumont, mais il est plus pragmatique qu'opposant. On a donc fait une demande auprès des gens de l'UNAF (Union Nationale des Associations Familiales) et de Famille de France, mais ils ont refusé. Ils ne sont pas bêtes non plus : ils savent bien que dans ce genre de doc, ils pourraient vite passer pour d'affreux censeurs... Sinon, on avait un passage du film qui abordait le problème des films -16 et -18 qui se retrouvent systématiquement privés d'écrans dans les grands multiplex. A part les Saw, parce que ca rapporte de l'argent. Donc on avait cette interview, mais on a fini par la retirer du montage final, juste pour une question de rythme. Ce n'était pas une décision politique, c'est juste que ca s'intégrait mal dans le film.

 

D'autres séquences ont sauté ?

TS : Oui, plusieurs ! En fait, Canal ne voulait pas qu'on fasse l'historique de l'horreur en France. Et nous avions une longue interview d'Alain Roback (Babyblood) qui a du être supprimée au montage, car elle ne rentrait pas dans la thématique de cette nouvelle vague d'horreur à la française des années 2000.

 

Interview des réalisateurs de Viande d'origine françaiseFrontière(s)

 

Vous ne parlez pas non plus des B-Movies de Fidélité !

TS : C'est vrai. Mais il faut admettre qu'à part Maléfique, les B-Movies étaient tous ratés. C'est vraiment Haute Tension d'Alexandre Aja qui a engendré la dernière vague des Frontière(s), A l'intérieur & cie et qui a permis à ces films de voir le jour. Pas Babyblood et les B-Movies.

XS : C'est vrai qu'on aurait peut-être dû un peu plus insister sur l'importance de Haute Tension. C'est vraiment LE film qui a prouvé que les films d'horreur français pouvaient être rentables et fonctionner à l'étranger. Alors qu'avant, presque toutes les tentatives avaient été des échecs commerciaux, à part Promenons-nous dans les bois, Saint-Ange et à un degré moindre, Maléfique.

 

Qu'avez vous ressenti chez tous les réalisateurs que vous avez interviewé ?

TS : Ils sont tous différents, mais ils ont quand même tous la même amertume, le même spleen lorsqu'ils parlent de leur expérience.

XS : De la frustration aussi. Comme le dit Xavier Gens à un moment : la seule envie de ces réalisateurs, c'est de donner quelque chose au public. Et on ne leur donne pas les moyens de le faire. Ce sont un peu tous des gamins qui ont juste envie de faire plaisir et à qui on ne dit pas "merci".

TS : Et ils ne sont pas intégré dans le monde du cinéma. Gens dit qu'ils sont un peu les "Kaïra" du cinéma, ceux qui restent dans leur coin et qui font des films qu'on ne veut pas voir. De plus, aucun de ces réalisateurs ne se reconnait dans le cinéma français. C'est le point de départ de tout. Ils se demandent tous comment c'est possible qu'en 2009 on en soit toujours au même point et qu'on voit toujours les mêmes têtes.

 

Mais est ce qu'ils ne se marginalisent pas tous seuls ? Certains n'ont-ils pas créé un "Club du Vendredi 13" qui fait un peu office de petit cercle à l'extérieur du grand cercle ?

TS : C'est vrai qu'on peut avoir cette impression. Mais c'est faux. Ils ne forment absolument pas une super bande de potes qui font du bruit dans leur coin. Certains sont amis en effet, mais la plupart ne se connaissent pas vraiment. Et puis ce Club du Vendredi 13 n'a pas vraiment de poids. Seul Xavier Gens est à fond et souhaite faire passer des lois ou créer des Césars des maquillages. A notre avis, c'est assez contradictoire avec l'envie de faire un cinéma à contre-courant. Soit tu fais un cinéma différent et tu acceptes de ne pas être aux Césars. Soit tu acceptes de mettre de l'eau dans ton vin. C'est généralement ce qu'ils font, vu que la plupart se sont aujourd'hui tourné vers le polar, genre un peu plus populaire que l'horreur.

 

Interview des réalisateurs de Viande d'origine françaiseA l'intérieur

 

Pensez-vous que le mélange des genres serait favorable au cinéma d'horreur ? Des comédies d'horreur telles que Les dents de la nuit seraient-elles un bon vecteur pour amener progressivement le grand public vers l'horreur "pure" ??

TS : En théorie, oui. C'est vrai que des films comme Martyrs ou Vinyan sont très hermétiques et absolument incompatibles avec ce que demande le public actuel. Maintenant, on se rend compte que le mélange des genres est quelque chose qui effraie encore plus le public français que l'horreur. Les Dents de la nuit a couté 6 Millions d'euros et ca a été un flop. Bref, ce n'est pas demain la veille qu'on aura un Shaun of the Dead en France ! Avant de faire du transgenre réussis, essayons de faire du genre réussi !

XS : Il y a des films réussis !

TS : Oui, mais pas "très réussis", dans le sens ou tout le monde (public, critique, gens de la profession) est unanime pour dire que c'est réussi.

XS : Vinyan c'est quand même une sacrée expérience !

TS : Mais c'est fermé. Le public lambda décroche au bout de 10 minutes !

 

Mais alors, les réalisateurs sont un peu fautifs de cet échec, aussi relatif soit-il ?

XS : C'est un cercle vicieux. La majorité d'entre eux a fait ces films en imaginant que ca allait être la seule fois de leur vie où ils seraient totalement libres. C'est pourquoi ils ont été à fond dans leur démarche. C'est un réflexe totalement compréhensible.

 

Et aujourd'hui, quel est l'avenir du cinéma d'horreur en France, si il en a un ?

TS : Rien n'indique qu'il va mourir ... mais rien non plus n'indique qu'il va perdurer ! Les films sont rentables parce qu'ils coutent peu d'argent et qu'ils se vendent bien à l'étranger et en vidéo.

XS : C'est ça le pire dans cette histoire : le système fonctionne pas si mal que ça ! L'horreur est un genre assez rentable en France tant qu'on reste dans les mêmes conditions de financement. Ce n'est pas comme la science-fiction par exemple, qui elle est complètement à la cave. Bref, tout le monde est plus ou moins content, sauf les réalisateurs. Et un peu le public, même s'il faut bien l'avouer, les personnes visées par ces films représentent au maximum 200 000 personnes en France. Mais rien n'indique aujourd'hui que le genre puisse faire un bond en avant et voir éclore des films faits avec 7 millions d'euros, ce qui serait révolutionnaire, ou des films qui attireraient 1 million de personne en salle. On est encore loin de l'Espagne, qui avec L'Orphelinat, Abandonnée ou REC a su faire des hits au box-office.

TS : Et dans les films qui restent à sortir, il y a La Horde, La Meute, Captif, Djinns ... on voit mal l'un de ceux-là exploser tous les records. Peut-être La Horde, mais uniquement parce qu'il est moins hermétique que le reste, plus fun et qu'il peut rameuter le public de Banlieue 13. Les gens iront pour voir des zombies se faire exploser, c'est tout.

XS : L'autre espoir, c'est Fantomas de Christophe Gans. Il avait réussi un exploit avec Le Pacte des loups, faire un film de genre à gros budget qui marche au box-office et ce serait génial s'il pouvait faire pareil avec Fantomas. Ca redonnerait peut-être un coup de manivelle à la machine. Mais le problème, c'est qu'on passe de petits films à 2 millions d'euros, à une grosse superproduction à 40 millions. Il n'y a rien entre les deux. La Horde va être rentable parce qu'il n'a quasiment rien couté, et Fantomas va être rentable parce que le nom est connu et parle au public. Tous les films intermédiaires n'ont aucune viabilité sur grand écran.

 

Interview des réalisateurs de Viande d'origine françaiseVinyan

 

Et qu'est ce qui pourrait changer la donne ?

TS : Il faudrait changer le mode de financement des films, tout simplement. Aujourd'hui, si tu veux du budget, il te faut une ou deux télévisions qui financent ton film. Hors, les télés ne veulent pas d'horreur, ce qui compréhensible aussi, car ce n'est pas exploitable pour eux en prime-time. On imagine mal Martyrs à 20h50 sur TF1 un dimanche soir ! Tant que la télé a la main mise sur le cinéma, il n'y aura que très peu de films transgressifs.

XS : Et en plus, même si une chaine décidait d'investir dans l'horreur, ca ne fonctionnerait pas car la chaine aimerait avoir le contrôle du film. C'est incompatible : on ne peut pas faire du cinéma transgressif quand on fait un produit vendu à la télévision française !

TS : C'est vrai. La solution viendra peut-être du direct-to-video, mais là la France est encore en retard d'un millénaire. Ou alors, on pourrait se retourner vers les investisseurs étrangers. On l'a vu par le passé : de grands films ont été faits en coproduction avec des pays étrangers. Et là le "genre" est intéressant, car il est vendeur. Ce n'est pas Daniel Thomson qui attirerait des investisseurs européens, asiatiques ou américains, car ces films sont invendables sur d'autres marchés que celui hexagonal.

 

Et pour finir, si vous deviez retenir un film d'horreur français ?

XS : si on répond la Horde de Yannick et Benjamin, on va être taxé de copinage ? (rires) Non, je dirais Calvaire moi.

TS : Calvaire aussi.

XS : Calvaire et Vinyan. J'aime beaucoup Du Welz !

 

Et vous seriez intéressé par l'expérience de la réalisation de fiction ?

TS : Oui, mais après tout ce qu'on vient de dire, certainement pas dans l'horreur.

XS : C'est vrai. Le cinéma de genre, on aime ça, mais ce n'est pas notre principal kiff. Nous, ce qui nous plait, c'est de faire rire les gens. C'est pour ça que nos docs sont aussi légers et funs. Donc si on passe à la réalisation, on serait plutôt tenté par la comédie !


 

Interview des réalisateurs de Viande d'origine françaiseHaute Tension

 

 

Propos recueillis par Arnaud Mangin et Pierre Delorme

Retranscription : Pierre Delorme








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