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Bienvenue chez les Ch'tis

Le 25/02/2008 à 18:31
Par
Notre avis
8 10

 

Tout simplement la meilleure comédie française depuis Nos Jours heureux. Brillante, drôle et touchante, parfois même poétique - comme lorsque le personnage d'Antoine nous est montré comme un joueur de carillon solitaire, une séquence que n'aurait pas renié un certain Tim BurtonBienvenue chez les ch'tis sera sans aucun doute une des plus belles réussites de l'année.


Critique de Bienvenue chez les Ch'tis avec Dany Boon et Kad Merad

Lorsque Pathé nous avait prévenus que l'un des films sur lequel ils comptaient le plus cette année était Bienvenue chez les Ch'tis, c'est avec un regard plein d'interrogation que nous leur avions répondu. Son réalisateur, Danny Boon, a quand même fait La Maison du Bonheur, film pas vraiment drôle ou seule la prouesse technologique d'avoir tourné avec la toute dernière caméra Panavison HD (la Genesis, utilisée sur Superman Returns et Apocalypto) valait le coup de se déplacer en salle... pour peu que ce genre de détail intéresse le spectateur. « Vous verrez bien » nous avaient-ils rétorqué, avec le sourire de ceux qui savent. Aujourd'hui nous avons vu. Et bigre, ils avaient raison.

 

Critique de Bienvenue chez les Ch'tis avec Dany Boon et Kad Merad

 

La recette est pourtant simple. Prenez un élément X. Sortez-le de son environnement naturel pour le plonger dans un milieu qu'il appréhende, si possible opposé à l'environnement naturel précédemment cité. Observez la réaction les mains dans les poches en attendant qu'il se passe quelque chose. Rien de plus basique, on apprend ça au collège.

 

Des films comme ça, le 7e art en a vu défiler plus d'un. Mais là ou Dany Boon réussit à surprendre son monde, c'est qu'il a eu la délicieuse idée de plonger son élément X - Kad Merad, en directeur des PTT de la côte d'Azur - dans un environnement uniquement connu du grand public que par clichés interposés : le Nord pas de Calais. Vous savez, ce département que tout le monde imagine peuplé de mineurs comme dans les romans de Zola, où il pleut toute l'année et où toutes les maisons sont en briques rouges. Ce coin oublié de la France que chantait Jacques Brel avec une mélancolie telle que la simple évocation d'une ville du Nord nous renvoyait à chacun l'image d'une terre morte et sans espoirs.

 

Les lieus communs ont décidemment la peau dure et il ne tenait qu'à ce ch'ti gars de la haut qu'est Boon pour leur tordre le cou. Et en sortant de la salle, on finit par comprendre que non, il ne pleut pas 360 jours par an dans le Nord. Première réussite pour Boon donc : le choix du lieu de l'action, qui mine de rien offre un dépaysement comme on aimerait en voir plus souvent.

 

Deuxième réussite : le choix des personnages. Que ce soit Philippe Abrams (Kad Merad, brillant) ou Antoine Bailleul (Boon himself) le facteur de Bergues, amoureux transit de la jolie Annabelle (Anne Marivin) ou encore Yann et Fabrice (Guy Lecluse et Philippe Duquesne) en agents des PTT, tous sont tour à tour drôle, touchant et parfois même attendrissant. Seule Zoé Felix ne se montre pas vraiment convaincante, la faute à un jeu trop théâtrale par rapport aux autres comédiens et qui souffre surtout d'un personnage un peu trop stéréotypé et pas forcément agréable à voir à l'écran (une dépressive chiante, ça fait pas rêver). En comparaison, la délicieuse Anne Marivin crève l'écran, elle qui nous avait déjà fait craquer dans Pur Week-end d'Olivier Doran, et qui, par son sourire ravageur (ah, cette fossette !) et son regard plein d'étoiles nous donnerait envie de lui crier « 'ch'tè quèr » avec le pire accent ch'ti possible. Mention spéciale enfin à Boon l'acteur, dont le personnage de clown triste qu'on pourrait presque qualifier de torturé, nous offre les plus belles scènes du film. On sent vraiment l'acteur/réalisateur proche de son personnage, et on percoit surtout tout au long du film son amour pour les gens du Nord, dont il nous offre une peinture pleine de sincérité et qui nous donnerait presqu'envie d'aller habituer là-haut, au dessus de la porte de la Chapelle, même au dessus de l'aéroport Charles de Gaulle. C'est dire.

 

D'ailleurs, par certains aspect, le tandem Merad / Boon nous rappellerait presque l'autre duo, historique, que formait Louis de Funès et Bourvil. Francis Weber avait un jour comparé Boon avec le troupier qui chantait la « taketaketique du gendarme », on comprend mieux pourquoi aujourd'hui. Et son association avec le flegmatique-et -sérieux-mais-finalement-assez-déconneur Kad (ce qu'était de Funès dans certains de ses rôles) est aujourd'hui un des plus drôle du cinéma hexagonal.

 

Critique de Bienvenue chez les Ch'tis avec Dany Boon et Kad Merad

 

Parlons maintenant du dialecte ch'ti, ou le « cheutimi » comme dirait Michel Galabru dans une scène surréaliste à mi-chemin entre le Parrain et un film de Marcel Pagnol. S'il y a bien un registre de l'humour international qui se montre particulièrement périlleux à aborder sans tomber dans le cliché, c'est bien celui de l'accent. On pense notamment aux récente Têtes à claques, dont l'accent canadien est finalement la seule chose que l'on retiendra d'elles. Boon décide ici de ne pas en faire qu'un petit ressort comique gratuit et place cet accent au cœur même de l'histoire, confrontant le personnage de Kad a ce baragouin étrange dans plusieurs scènes du film, dont une hilarante dans un restaurant du vieux Lille, pour mieux faire ressortir tout le potentiel drôlatique d'un tel décalage. Le contraire nous aurait quand même étonné de la part de celui qui depuis plus de 15 ans fait rire la France entière avec ses « hein ! » et se « kwo ? ».

 

Bref, un carton plein pour cette comédie, dont on regrettera juste un premier quart d'heure un peu faiblard (il faut attendre de voir Kad débarquer à Bergues pour que le film prenne vraiment son envol) et quelques scènes un peu redondantes. En revanche, dès qu'il se lâche pour de vrai, le film devient vraiment hilarant, comme dans cette scène complètement burlesque où tous les collègues de Kad font une farce à la femme de ce dernier. 10 minutes totalement folles, assumées jusqu'au bout, excessives mais sans tomber dans le too much. On sent que l'expérience que Boon a eu avec Weber lui a vraiment servie, et ce qui ne fonctionnait pas dans son précédent film tombe toujours pile quand il faut dans Bienvenue chez les ch'tis. La comédie n'est finalement qu'une question de timing, et Dany Boon a finalement trouvé le bon.

 

Critique de Bienvenue chez les Ch'tis avec Dany Boon et Kad Merad





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